Économie

Le mégaprojet de centrales solaires en Algérie est-il réalisable ?

L’Algérie prépare le lancement d’un mégaprojet de construction de centrales photovoltaïques d’une capacité totale de 4 000 MW à l’échéance 2024. Est-ce que c’est réalisable ?

Tewfik Hasni, expert en énergie. Nous retenons un point positif, la volonté politique affirmée de développer les énergies renouvelables. Maintenant à la question de réaliser une capacité de 4 000 MW à l’échéance 2024, il faut savoir que ceci s’intégrait dans des objectifs affichés de 22 000 MW pour notre marché avec 10 000 MW à l’export. Nous avons déjà précisé que nous avons notre programme de développement basé sur un scénario de modèle de consommation énergétique qui découlait sur un besoin de 14 000 MW, seulement à l’échéance 2030, mais en centrales électriques hybrides : solaire thermique-solaire photovoltaïque (PV)-gaz torché. Les rendements du solaire thermique sont 3 fois plus importants que ceux du PV. Le programme de 4000 MW en PV sur 4 ans ne peut pas permettre d’atteindre les objectifs. Le programme à partir des hybrides définis ci-dessus ne nécessitait que 14 000 MW à l’échéance 2030 au lieu de 22 000 MW à majorité PV et pouvait engager 14 000 MW à l’export pour la même échéance. Le programme de centrales à gaz en cours de Sonelgaz représente près de 10 000 MW. Il est impossible de réduire la consommation de gaz avec cela, même en réalisant notre programme tel que proposé. C’est pour cela qu’il faut laisser le groupe d’experts faire son travail.

Comment pourrait-on garantir sa réussite ?

Les propositions de réformes de l’environnement des affaires, des sources de financement des acteurs, etc., seront définies. Il sera procédé à un road-show où tous les acteurs concernés, aussi bien nationaux qu’étrangers, seront invités. L’échec est certain si on ne respecte pas une telle démarche. Il faut ajouter que les grandes incertitudes sur le sort de l’économie mondiale, ne plaident absolument pas pour permettre la réussite d’un tel projet. Le moment est inadéquat. Le temps de réaliser cette étude sera un temps masqué par la durée de cette crise. Il faut plutôt agir vite pour concrétiser l’étude. La ressource la plus importante dans cette phase reste le temps. Il ne faut pas le gaspiller.

Nous pensons que la route vers la réussite passe par des échecs. Il faut savoir tirer la leçon des échecs passés. De même qu’il faille faire un benchmarking de ce qui a été fait dans des pays similaires, avec des réussites confirmées.

Après cela, il faut savoir définir les termes de références de l’étude en précisant les objectifs précis ciblés. Les facteurs de réussite pour achever les objectifs affichés doivent être, entre autres, arrêtés. L’investissement chez nous aujourd’hui sans réformes de l’environnement de l’investissement est risqué. Certainement encore plus avec la crise actuelle.

L’Algérie est-elle prête pour ce genre de défis ?

Nous pensons que notre pays n’a pas de choix. Nous sommes forts pour relever tous les défis à condition d’une cohésion sociale suffisante. La cohésion sociale ne peut s’acquérir qu’en respectant la voie suivie par nos voisins. Cela consiste à revoir la décision centralisée et mettre à contribution la société civile pour s’assurer de son implication et l’amener à s’approprier le projet.

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