Débats et Contributions

Le militarisme et la solitude de Lahouari Addi

Tribune. N’ayant jamais cessé de vibrer, sa fibre patriotique vient d’entrer en phase d’ébullition, trempée dans le sang des écorchés vifs, sa plume est devenue inconsolable ; il refuse d’abdiquer, il se débat et se démêle comme il peut, mais à l’instar de la plus belle femme du monde, Lahouari Addi ne peut offrir à sa patrie que ce qu’il a (1-3).

Le despotisme et la barre de la solitude

Sans doute appréciés et même admirés, ses écrits passent toutefois carrément, non pas à côte, mais au-dessus de la plaque, sans atteindre les objectifs assignés, ni provoquer les effets escomptés. Incapable d’appréhender un épineux décalage vertical, Mr Lahouari Addi doit s’incliner devant un postulat cinglant : « Quand la barre politico-intellectuelle d’une nation, descend en-deçà d’un certain niveau critique, il devient alors extrêmement difficile, sinon impossible, de la remettre à sa place ! ».

Devenant alors incontournables, le parasitage et l’imposture ne se contentent plus d’agir comme des entraves, mais détournent les cercles de décision et de réflexion ; et du coup, l’excellence se retrouve éjectée hors du spectre audible pour virer en overdose indésirable.

Le contraste étant un élément essentiel de la perception, l’attribut humain le plus affligé par la solitude, est mieux caractérisé collectivement. Que le groupe de n individus excellents soit réel ou juste fictif, par définition, chaque élément est sereinement convaincu qu’il occupe le nième rang, la qualité de la compagnie étant trop précieuse pour concéder une quelconque chance à la rivalité.

En mode despotique souple, les cris de détresse de Addi ne sont pas fatidiques ou passibles d’emprisonnement, mais juste inaudibles et ses prescriptions irrecevables. Les régimes militaires soft s’auréolent d’une façade civile, avec un personnel et un président agissant et sévissant en soldats privilégiés. Forts de leurs atouts persuasifs, les militaristes tiers-mondistes taillent une classe politique sur mesure, pour constater ensuite, avec regret, qu’elle est impotente, et qu’ils ne font que répondre à l’appel du devoir en accordant leur tutorat. Le militariste radical se voit alors bien inspiré d’extrapoler que tous les politiciens civils sont médiocres, sinon des traîtres en puissance. Et avec une petite surdose d’orgueil, tout signe de sagesse ne serait qu’un symptôme de faiblesse ou de manque de virilité.

« Il n’y a d’histoire digne d’attention que celle des peuples libres. L’histoire des peuples soumis au despotisme n’est qu’un recueil d’anecdote ». (De Chamfort)

Quant à l’intellect militaire, il est souvent le premier à payer les frais du militarisme despotique, tant il peine à décrocher un droit de cité, et dépasser les horizons carriéristes, pour prétendre à un quelconque rôle de proposition. L’anniversaire de la tragédie du crash de Boufarik et ses 257 victimes, arrive tristement, mais à point nommé, pour rappeler que les interrogations et les inquiétudes légitimes autour de la maintenance préventive de nos avions militaires, ne peuvent hélas même pas être sereinement débattues entre Algériens. Le nombre de victimes est atterrant, mais c’est le nombre d’accidents qui interpelle le plus. La confidentialité est compréhensible, mais la retenue systématique de toutes les informations ne rassure pas.

Si les œillères militaires facilitent la marche droite et disciplinée des troupes, elles ont, en revanche, toutes les chances de rater les tempêtes latérales dont elles s’auto-infligent le contrôle qui n’est pas le leur. Et si à ce patriotisme zélé se greffent les sirènes de la corruption et la bénédiction de la main étrangère, le militarisme finit, à l’Egyptienne, par instaurer un système à deux collèges, d’autant plus abject qu’il s’érige à l’insu d’une partie de ses bâtisseurs, et d’autant plus irréversible qu’il compromet tous ses clients. En se sentant coupable, un tyran se radicalise, et toute idée d’abandon du trône devient plus traumatisante et davantage inenvisageable ! Ah ce maudit postulat de la barre critique de l’irréversibilité !

« Diriger une armée en temps de paix est une tâche délicate qui, si elle n’est pas accomplie avec lucidité et caractère, et loin des démagogies, risque de détruire un pays de l’intérieur aussi sûrement qu’une agression barbare » (René Victor Pilhes).

Origines et perspectives du militarisme

Wikipédia (4) suffit pour éclairer les novices comme l’auteur. Et sans surprise, la noblesse des thèses fondatrices du militarisme est confirmée. Le principe de base est que l’armée est le meilleur outil au service d’une nation. Les arguments du plus fort étant toujours les mieux accueillis, sinon les plus écoutés, un potentiel militaire conséquent et continuellement amélioré, permet d’entretenir une paix armée avec les voisins, et, au besoin, de ramener à la raison une population indocile.

Tout comme le putschisme, le militarisme zélé est un abus de pouvoir et un manquement aventuriste à la responsabilité. Dans les pays anciennement colonisés, le militarisme s’appuie sur le populisme d’une prétendue légitimité historique ou patriotique, permettant généreusement à l’opportunisme et l’infiltration de réconcilier d’authentiques baroudeurs avec des faux moudjahidine et des courtiers du colonialisme résiduel. Il décrète l’état d’alarmisme permanent pour assujettir la société et adopter une politique d’armement disproportionnée. La force militaire acquise demeure toutefois très relative, car à la merci des vendeurs d’armes, et s’accumule au détriment de la puissance nationale globale, basée sur un développement frontal, incluant les autres secteurs, politique, économique, culturel, touristique, scientifique, diplomatique …

Et ce sont précisément les pays qui se sont débarrassés des régimes féodaux et purement militaristes, qui ont pu réaliser des percées technologiques significatives, pour se doter d’armées modernes et professionnelles, couvertes par une industrie militaire de pointe. La Russie est certes une exception de success-story du totalitarisme en matière d’armement, mais le nombre de mauvaises copies doit dissuader de miser gros. La Russie européenne a damé le pion au bon moment, et partage avec les autres puissances, les faveurs du statu quo et du commerce juteux de l’armement. La mondialisation et le Conseil de sécurité ne réservent aucune place pour de nouvelles puissances militaires. Seule une présence économique est timidement tolérée, et le nombre de places est sans doute limité. Il y a donc urgence !

Introspection critique et urgence du rapprochement algéro-marocain

Avec le concours du totalitarisme tiers-mondiste et arabo-musulman, la mondialisation se déploie outrageusement comme une arme d’asservissement massif, et les conflits civilisationnels par procuration n’ont jamais été aussi abjects et aussi proches de nous. Une révision critique s’impose ! Et en urgence !

Chers décideurs algériens et marocains, je m’adresse à vous ! Vous serez si bien inspirés, de juste ouvrir lucidement les yeux, pour vous rendre compte que la rivalité dans la spirale des concessions faites aux puissances étrangères, est bien plus coûteuse que tout compromis fraternel, définitif ou accommodable. Pas besoin de sortir d’une école de complotisme pour voir que la « fraternité sioniste » est à nos portes, et que le temps joue en faveur de ses pétrodollars, qui ont sans doute déjà fait de grands ravages, qui j’espère n’ont pas atteint le seuil de la fatalité. Pour le nouveau sionisme arabe, vous avez beau être démocrate, nationaliste, rougeâtre, verdâtre, laïc, ou simplement opposé à toute forme d’Islam politique, si vous n’êtes pas un bon « frère sioniste », alors vous êtes forcément un satanique « frère musulman », qui a de fortes chances de s’ignorer, tant il ne connait rien du peuple élu et des races subordonnées.

Chers décideurs, si vous êtes inhibé et manquez d’imagination comme moi, alors, de grâce, laissez juste Mr Lahouari Addi choisir librement un intellectuel marocain et un autre du Polisario, et je vous promets qu’après deux ou trois jours, ils présenteront d’un compromis politique qui satisfera tous les peuples de la région, et garantira un avenir meilleur, et surtout moins précaire, pour les générations futures. A une seule condition, que la proposition soit soumise à l’appréciation des peuples, et non aux positions intransigeantes connues des dirigeants.

Les saisies de drogues et cocaïne sont quasi-quotidiennes en Algérie, et accuser invariablement le Maroc ne tient plus la route et n’emballe plus personne. La consommation des stupéfiants et le narcotrafic étaient presque inexistants avant la fermeture des frontières. Et si on a toujours su que le meilleur douanier est celui qui a déjà fait de la contrebande, les naïfs comme l’auteur viennent d’apprendre qu’un grand baron de la drogue ou de la prédation, ne peut pas être mieux placé que dans les hautes sphères de l’Etat. Le problème est certes bien posé, mais la solution ne semble évidente qu’aux yeux de ceux qui ne s’y opposent pas. Pourtant, il suffit de ne pas être voleur pour éviter le recours aux services d’un receleur. Et, le cas échéant, il suffit d’un sursaut d’honneur pour redresser la tête et échapper aux griffes du maître-chanteur.

Livrées à un arbitrage externe malséant, les rivalités fraternelles se transforment en d’interminables guerres de capitulations et d’à-plat-ventrisme, et les soutiens fluctuants accordés aux uns et aux autres, donnent des illusions de batailles victorieuses, favorisant la poursuite acharnée de la subordination et ses mirages. Les concessions mutuelles qu’auraient à consentir le Maroc, le Polisario, et l’Algérie, en négociant directement, seraient pourtant plus fructueuses et plus conciliantes, et nettement moins coûteuses et moins préjudiciables.

La légitimité populaire et les devoirs de l’armée

Seule la légitimité populaire, exprimée à travers des urnes propres, peut favoriser l’émergence d’une classe politique capable d’assainir les rouages de l’Etat, et appréhender courageusement les conflits régionaux pour l’intérêt de tous. Les régimes illégitimes et corrompus pensent, quant à eux, qu’il suffit de gagner la course des concessions et compromissions vis-à-vis des maîtres, pour faire pencher la balance du côté de la précieuse continuité. Odieuse continuité dans l’asservissement des peuples, dilapidation assidue des ressources, et souveraineté hypothéquée.

C’est grâce à la légitimité populaire qu’une armée débarrassée des soucis et distractions politiques, retrouve le statut et le respect qui lui sont dus. Etant mieux dirigée et structurée, elle peut effectivement améliorer ses capacités humaines et matérielles, ainsi que son engagement moral et sa vigilance opérationnelle, pour s’acquitter convenablement de ses missions nobles, en temps de paix ou de guerre. Loin de vouloir réduire le budget militaire, les élus du peuple veillent plutôt à en faire un meilleur usage, à travers l’émergence de compétences assurant une gestion rationnelle des ressources et une maintenance vigilante de la logistique.

Les régimes militaristes qui oppriment les populations en prétendant les défendre, finissent par miner de l’intérieur les valeurs patriotiques, et compromettre la capacité d’affronter les épreuves difficiles. La redoutable Garde républicaine de Saddam Hussein, qui s’est désintégrée en quelques heures lors de l’invasion américaine, est un exemple édifiant. Seuls de braves éléments de cette armée ont rejoint la résistance populaire. Le moral et la résilience des troupes ne sont pas seulement tributaires du rapport des forces en jeu, mais aussi et surtout de la justesse de leur cause, ainsi que la probité et l’exemplarité des chefs.

Le peuple algérien vient de redécouvrir subitement sa grandeur, et semble lui aussi, absolument résolu à s’accrocher au trône de sa dignité ! Et ce n’est ni pour les yeux de x, ni pour l’orgueil de y, que la société, les militaires retraités en tête, interpelle les devoirs garants de son armée, en s’adressant à ses responsables actifs avec autant de respect et de délicatesse. C’est parce que toutes les ressources militaires du pays sont entre leurs mains, que le peuple sollicite légitimement la protection et l’assistance des officiers et des djounouds dans le recouvrement de sa souveraineté.

Ce sursaut populaire miraculeux, ce pacifisme de Gandhi à grande échelle, ce Jihad al-akbar, qui forcent respect et admiration, peuvent-ils augurer d’un meilleur avenir pour le pays et pour toute la région ? C’est tout le mal que pourraient souhaiter les braves martyrs ! Les glorieux chouhadas qui ont mené un Jihad sans ambiguïté, contre une invasion extérieure, doivent se réjouir de voir leurs descendants, comprendre enfin que c’est la voie du Jihad al-akbar qui doit être suivie pour éviter les conflits fratricides et la guerre civile.

Le premier crime sur Terre fournit la preuve sublime. Le fils d’Adam, Caïn, était en plein droit de se défendre contre son frère Abel, mais il a préféré éviter la sale guerre. Pas par lâcheté ou soumission, mais de manière pacifique assumée et revendicative : « Si tu portes ta main sur moi pour me tuer, je ne porterai pas ma main sur toi pour te tuer, je crains Allah, le Seigneur de l’Univers ! Je veux que tu écopes de mes péchés et des tiens, et tu seras alors parmi les gens voués au Feu. Telle est la récompense des injustes ! Son âme l’incita à tuer son frère, et il le tua, et rejoignit ainsi le groupe des perdants ! » Coran 5/(28-30).

Les valeureux chouhadas sont, en outre, confortablement installés là où ils peuvent saisir, mieux que nous, le sens et la portée du hadith suivant du Prophète (PSSL) : « Quand le commandement d’une nation est confié à ceux qui n’en sont pas dignes, alors attends toi à l’échéance de l’heure ». Mais en dépit de leur profonde déception, ils savent également, sereinement mieux que nous, que le pessimisme véhiculé par ce hadith, et par le postulat de l’irréversibilité de la barre critique, n’est pas absolu, mais localisé et circonscrit dans le domaine spatio-temporel. Au pays des millions de chouhadas, les immenses sacrifices déjà consentis, en quantité et en qualité, devraient suffire pour inspirer et forcer, tôt ou tard, des sorties de crise, tout aussi glorieuses que pacifiques !

*Abdelhamid Charif est Professeur en Génie Civil

Références :

(1) https://www.tsa-algerie.com/qui-gouverne-en-algerie/

(2) https://www.tsa-algerie.com/lahouari-addi-repond-a-la-lettre-de-bouteflika/

(3) https://www.tsa-algerie.com/a-qui-appartient-la-souverainete-nationale-au-peuple-ou-a-letat-major/

(4) https://fr.wikipedia.org/wiki/Militarisme

 

 

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