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« Le Parlement européen se contente d’adopter des résolutions non contraignantes »

« Le Parlement européen se contente d’adopter des résolutions non contraignantes »

Jeudi, le Parlement européen a voté une résolution sur l’Algérie. En tant que politologue, comment analysez-vous cette résolution ?

Cherif Dris, politologue : En fait, ce n’est pas une première. Le Parlement européen a l’habitude de discuter des questions en rapport avec les droits de l’Homme, la société civile, la démocratie, et les minorités à travers le monde notamment au sud de la Méditerranée. Et là c’est l’Algérie qui est à l’ordre du jour. Ce débat a été suscité par un certain groupe politique de gauche notamment, et la nouveauté c’est que l’extrême droite y a mis son grain de sel. On peut le dire tout bonnement : c’est une forme d’ingérence, et comme je l’ai dit ce n’est pas une première. Et d’autre part le timing choisi n’est pas fortuit, c’est-à-dire à quelques jours de la tenue de l’élection présidentielle, donc cela ne peut que susciter des interrogations sur les desseins et les réelles intentions de ceux qui ont initié ce débat.

Cela dit, le Parlement européen se contente d’adopter des résolutions qui ne sont pas contraignantes et n’auront pas d’incidences sur la politique européenne vis-à-vis de l’Algérie, dans la mesure où l’organe décisionnel est la Commission européenne. Et Frederica me Mogherini, la cheffe de la diplomatie européenne, a quelque peu nuancé la portée de cette résolution en annonçant son soutien aux élections.

Comment expliquez-vous la levée de boucliers en Algérie contre cette résolution ?

Il est tout à fait normal que les Algériens réagissent de cette manière, car à travers ces réactions mêmes ceux qui sont contre les élections entendent démontrer que ce qui se passe en Algérie est une affaire algérienne. Mais de la part des autorités politiques, il y a une certaine exagération de la portée de cette résolution et qui est instrumentalisée aux fins de remobilisation. Ce n’est pas la première fois que les Européens interfèrent dans les affaires internes de l’Algérie et ce ne sera pas la dernière. Il faut donc réagir de façon intelligente et sage, et de ne pas aller vers la surenchère. Je ne dis pas que la réaction des pouvoirs publics n’est pas justifiée, c’est tout à fait normal qu’elles réagissent car il y a une ingérence dans les affaires internes, par contre il y a une surestimation concernant la portée de cette résolution.

Pourquoi ?

Cela ne changerait rien au fait que ce sont des pressions qui sont exercées, mais il faudrait à mon sens que les pouvoirs publics analysent la situation, traitent avec recul et n’aillent pas vers une exagération. On dénonce l’ingérence, mais il y a une réalité : chaque vendredi il y a des centaines de milliers de gens qui sortent et qui dénoncent les élections (du 12 décembre, Ndlr)–ils ne sont pas contre les élections dans l’absolu-, mais aussi le fait qu’il y a un rétrécissement de l’espace des libertés(détenus d’opinion, fermeture des espaces médiatiques). Donc ces élections se déroulent dans un contexte qui n’incite pas les gens à aller voter. Cela dit, on n’a pas de paramètres chiffrés et empiriques qui nous permettent de dire quelle serait la proportion des gens qui vont aller voter ou du moins de ceux qui ne vont pas aller voter.

A moins de deux semaines du scrutin, que peut-il se passer ?

Il n’y a pas de sondages d’opinion qui ont été menés. Les sondages même s’ils ne donnent pas de résultats, ce n’est pas leur rôle d’ailleurs, mais ils permettent de donner des indications sur les intentions des électeurs. Néanmoins, nous avons un élément empirique : les manifestations des mardis et vendredis qui sont des données tangibles. Dans une trentaine de wilayas, les gens sortent chaque vendredi. Cela dit, les dizaines de milliers voire les centaines de milliers qui manifestent pourraient avoir un impact et faire basculer le camp des indécis dans celui du refus. D’ici là tout peut arriver, mais les pouvoirs publics sont déterminés à aller aux élections.

La campagne électorale n’attire pas les foules. Qu’est-ce que cela signifie ?

On voit que ce sont des meetings chahutés, que les candidats ont du mal à mobiliser les foules à chaque fois qu’ils organisent un meeting. Ce sont des indicateurs qui nous donnent une indication sur la manière dont ces élections vont se dérouler. Même si les pouvoirs publics s’accrochent à l’option des élections, le scénario le plus probable c’est qu’on aura une élection avec un taux de participation assez faible.

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