
La visite du président Abdelmadjid Tebboune en Italie est largement commentée en France, sous le prisme évidemment de la crise algéro-française. La lune de miel entre Alger et Rome contraste en effet avec les relations exécrables qu’entretiennent l’Algérie et la France depuis une année. Les commentateurs d’extrême-droite avouent que les images parvenues de Rome mercredi 23 juillet font mal.
Le président Tebboune est arrivé mardi dans la capitale italienne pour une visite officielle, la deuxième pour lui en trois ans. Mercredi, il a été reçu avec tout le faste du protocole italien par le président Sergio Mattarella et la présidente du Conseil Giorgia Meloni. Surtout, les deux pays ont signé un nombre infini d’accords de partenariat dans divers domaines : industrie, énergie, agriculture, transition énergétique, sécurité, immigration…
A lire aussi : Algérie : onze nouvelles wilayas créées, voici la liste
La visite de Tebboune en Italie vue de France
Cela au moment où Alger et Paris ne se parlent plus et leur relation est “totalement bloquée et gelée” comme l’a décrite en mai dernier le chef de la diplomatie française Jean-Noël Barrot.
Depuis quelques jours, le courant anti-algérien en France a cru pouvoir miser sur la solidarité européenne après le lancement d’une procédure d’arbitrage par l’Union européenne contre l’Algérie sur les importations et l’investissement. Les propos tenus mercredi sur certains médias français trahissent une grosse déception.
A lire aussi : ALERTE. Passeports diplomatiques : l’Algérie répond à la France
“C’est extrêmement humiliant quand on est Français, c’est quelque chose de difficilement supportable”, a avoué sur le plateau d’Europe 1 le journaliste d’extrême-droite Louis de Raguenel, en faisant remarquer que “c’est une visite d’État, avec tout le protocole” et “pas une visite discrète”. Pour lui, “si Giorgia Meloni l’a fait, c’est qu’elle se sent autorisée à le faire, elle n’a absolument pas peur de nous”.
“Giorgia Meloni défend les intérêts stratégiques de son pays et nous, ce serait bien qu’on se mette à défendre les intérêts stratégiques de notre pays, plutôt que d’être sans cesse dans la morale et dans la défense d’intérêts qui ne sont pas ceux de la France”, a ajouté le journaliste. Une allusion peut-être à la décision d’Emmanuel Macron de soutenir la “marocanité” du Sahara occidental ?
A lire aussi : Réouverture des frontières : Tebboune se prononcera dimanche
Tebboune en Italie : des images “insupportables” pour le courant anti-algérien en France
L’idée est en effet partagée parmi le courant anti-algérien en France. Cette semaine, Patrick Stefani, représentant pour l’immigration du ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau, a clairement signifié que la faute dans la crise actuelle entre Alger et Paris incombe à Emmanuel Macron et sa décision sur le Sahara occidental.
Ça commence déjà à pleurnicher à Paris 🇫🇷 La visite du président Tebboune en Italie 🇮🇹 fait grincer des dents côté français. Quand l’Algérie avance sur la scène internationale, certains ne le digèrent pas.#Algérie #Tebboune #Italie #France pic.twitter.com/ECS7HpC4y1
— Léo (@Yazid_Dz_16) July 23, 2025
Toujours sur le plateau d’Europe 1, l’essayiste Bernard Cohen Hadad a évoqué une “gifle” infligée par Giorgia Meloni à la France. “Ça ne rend pas heureux d’être français quand on voit cette gifle. Parce que c’est une gifle pour la diplomatie française”, a-t-il dit. Et si la faute incombait à ce même courant qui, avant même le début de la crise en juillet 2024, avait fait de l’Algérie et de son immigration un point de fixation.
L’Italie mise sur l’Algérie pour son plan de développement
Lassée par les tensions avec Paris, l’Algérie s’est tournée vers d’autres partenaires, explique-t-il simplement. Pour Dario Cristiani, chercheur auprès de l’Istituto Affari Internazionali, l’explication à ce qui se passe est dans les enjeux que Rome a mieux su cerner que Paris.
“L’Italie veut devenir le pivot des relations entre l’UE et l’Algérie. De tous les pays européens, l’Italie est le seul à ne pas s’être prononcé en faveur du Maroc sur la question du Sahara occidental. Elle a besoin du soutien d’Alger pour la réussite de son plan de développement économique du continent africain pour limiter l’émigration”, analyse-t-il auprès du journal français Les Échos.
France 24 rappelle que la visite du président Tebboune à Rome « scelle les relations au beau fixe entre l’Algérie et l’Italie, tandis que celles avec la France sont au point mort. »
Pour le magazine d’extrême droite Le Point, « cette géométrie variable des relations euromaghrébines révèle une stratégie italienne parfaitement calibrée, transformant chaque soubresaut franco-algérien en opportunité d’influence. »