
Game over pour les Emirats arabes unis ? Cet état du Golfe est explicitement accusé d’être impliqué dans la déstabilisation de plusieurs pays d’Afrique et du monde arabe.
Avec la montée au créneau de l’Arabie Saoudite, l’Algérie est confortée dans ses mises en garde répétées contre les agissements néfastes d’Abou Dhabi.
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“Partout où il y a des conflits, l’argent de cet État est présent, au Mali, en Libye, au Soudan”, a dénoncé en mars 2024 le président de la République Abdelmadjid Tebboune qui a reçu ce lundi le ministre de l’Intérieur saoudien, le Prince Abdelaziz ben Saoud ben Nayef ben Abdelaziz Al Saoud en visite en Algérie.
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En plus d’attiser les conflits dans l’entourage immédiat de l’Algérie, les Emirats arabes unis sont aussi accusés d’ingérence dans les affaires intérieures algériennes.
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L’Algérie confrontée dans ses critiques des Emirats
“On a des problèmes avec celui qui vient chercher à semer le désordre dans notre maison. Et pour des raisons suspectes ! Il s’ingère dans des choses dans lesquelles on a empêché même les grandes puissances ! Comment vais-je te laisser t’ingérer dans les affaires intérieures ? Respectez-vous et on restera des frères”, a lancé Abdelmadjid Tebbouneau cours d’une allocution prononcée en octobre dernier au siège du ministère de la Défense nationale.
En mai, la télévision publique algérienne a lu un éditorial au vitriol à l’égard du “mini-Etat artificiel” des Emirats à la suite d’attaques proférées contre l’identité nationale par Lamine Belghit sur une chaîne de télé émiratie.
Depuis quelques années, les Emirats arabes unis, qui ont signé les accords d’Abraham et normalisé leurs relations avec Israël en 2020, sont sur tous les fronts de la déstabilisation en Afrique et dans le monde arabe, du Mali jusqu’au Yémen, en passant par le Soudan, la Libye, la Somalie…
Ils sont aussi dans le conflit du Sahara occidental, aux côtés du Maroc, en s’empressant d’ouvrir un consulat dans les territoires sahraouis occupés.
Afrique et monde arabe : le retour de l’Arabie Saoudite donne-t-il le glas des Emirats ?
La dernière ingérence en date a été dénoncée par le gouvernement somalien après un rapprochement d’Abou Dhabi avec le Somaliland dans la foulée de la reconnaissance de cette entité séparatiste par Israël auquel les observateurs prêtent le projet de déplacer la population de Gaza dans cette région du Nord-Ouest de la Somalie.
Les derniers événements dans ce pays de la corne de l’Afrique, et la guerre qui dure depuis plus de dix ans au Yémen, ont fini par épuiser la patience des pays de la région, à leur tête la puissante Arabie Saoudite du prince héritier Mohamed Ben Salmane.
Fin décembre dernier, Ryad est sortie de ses gonds, accusant publiquement Abou Dhabi d’agir “dangereusement” au Yémen.
L’Arabie Saoudite est passée pour la première fois à l’action en bombardant le 30 décembre des cargaisons d’armes acheminées à partir des Emirats et destinées à la faction yéménite du Conseil de transition du Sud (STC).
Cette frappe a été suivie d’un ultimatum de 24 heures aux Emirats pour mettre fin à leur présence militaire au Yémen. Le même jour, Abou Dhabi s’est exécuté et son ministre de la Défense a annoncé “la fin des activités des dernières équipes de lutte antiterroriste présentes” au Yémen.
Pour sauver la face de son pays, il a précisé que ce retrait a été décidé par Abou Dhabi “de sa propre initiative, en veillant à la sécurité de son personnel et en coordination avec les partenaires concernés”.
Ces développements marquent le retour de l’Arabie Saoudite sur une scène trop longtemps laissée aux agissements des Emiratis.
“C’est un géant qui se réveille lentement mais sûrement, pour stabiliser les rives de la mer Rouge face à des Emirats qui parient sur la déstabilisation des Etats africains”, analyse un diplomate occidental en poste en Afrique de l’Est, cité par le journal français Le Monde.
Dans la même région, les Emirats arabes unis ont aussi grandement contribué à l’aggravation de la guerre civile au Soudan en apportant un soutien direct et multiforme aux troupes des Forces de soutien rapide (FSR) du chef de guerre Mohamed Hamdan Dagolo, dit Hemideti. Sur ce front aussi, Ryad fait le forcing pour contrebalancer l’action néfaste des Emirats de Mohamed Ben Zayed.
En novembre dernier, Mohamed Ben Salmane, en visite à Washington, a demandé à Donald Trump de s’impliquer dans le conflit soudanais en imposant des sanctions supplémentaires aux Forces de soutien rapide. Jusque-là en retrait du conflit, Ryad prend désormais le parti du général Al Bourhane.
En somme, l’entrée en scène brutale de l’Arabie Saoudite pourrait signifier le début de la fin des agissements des Emirats et du retour de la paix dans les régions en proie à l’action déstabilisatrice de cet État du Golfe. Après le Soudan et le Yémen, Riyad va-t-elle s’impliquer davantage dans les conflits en Libye et au Sahel où les Emirats sont présents et alimentent la guerre.