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Les initiateurs de Nida-22 expliquent leur démarche

Les initiateurs de Nida-22 expliquent leur démarche

Les initiateurs de Nida-22 ont tenu samedi soir une conférence pour détailler leur démarche pour une « transition démocratique, souple et autonome » en Algérie, plus de 20 mois après le début du hirak qui a chassé le président Bouteflika du pouvoir, après vingt ans de règne.

Nida-22 n’est pas un projet politique ni une tentative de structuration horizontale du hirak, mais une initiative destinée à rassembler toutes les sensibilités du mouvement populaire avec l’objectif d’aller vers une conférence nationale inclusive devant aboutir à une « transition démocratique souple et autonome », ont expliqué samedi soir ses initiateurs.

Les avocats Mostefa Bouchachi et Nabila Smaïl, les militants Abdelouahab Fersaoui et Saïd Salhi, l’universitaire Madjid Bencheikh et d’autres membres de l’initiative ont répondu aux questions des journalistes et des internautes. À la modération, le journaliste El Kadi Ihsane et Nesrine Tahari, membre du Collectif Nabni.

De toutes les interventions, il ressort que l’initiative est l’aboutissement d’un long processus entamé après l’élection présidentiel du 12 décembre. Fallait-il attendre tout ce temps, n’est-t-il pas trop tard maintenant que le pouvoir est en meilleure position avec la suspension des marches ?

« Le peuple doit comprendre que pour arriver à un document consensuel, ce n’est pas facile, d’autant qu’il y a plusieurs courants », répond Hicham Khiat, membre de l’initiative.

Le projet vise à enclencher d’abord un débat intra-Hirak, c’est-à-dire entre ses différents acteurs et avec toutes les sensibilités pour aller vers une conférence consensuelle, mais aucune échéance précise n’est fixée, encore moins une feuille de route aux étapes définies.

L’avocat et militant des droits de l’Homme Mostefa Bouchachi explique qu’il faut d’abord recréer un rapport de force en faveur du peuple pour amener le pouvoir à l’ « écouter ».

« L’initiative à elle seule ne suffit pas. Elle doit exprimer les orientations du hirak et l’aspiration des Algériens au changement. Elle ouvre la voie de l’espoir, ce qui fera pencher la balance en sa faveur, c’est d’assumer l’idée du retour du hirak. La force de toute initiative c’est le peuple, il faut faire en sorte dans les prochaines semaines et mois que tous les Algériens se retrouvent et imposent au régime d’écouter le peuple », propose Me Bouchachi.

Faut-il donc reprendre les marches du hirak, suspendues depuis mars pour cause de crise sanitaire de Covid-19 ? Bouchachi souligne que « les hirakistes ont été plus responsables en décidant eux-mêmes de suspendre les marches, mais le hirak est resté dans la tête des Algériens (…) Je pense que les marches doivent reprendre, quand et qui va lancer l’appel ? Il faut faire confiance aux spécialistes. Quand les médecins diront qu’on peut sortir sans danger pour la santé publique, l’initiative va appeler à la reprise ».

Le timing choisi pour lancer l’initiative est longuement abordé. Réponse de Khadir Noureddine :

« Après des mois de consultation, nous l’avons annoncée le 22 octobre, quand on a vu que la maturité est là. Le fait que cela coïncide avec le référendum (du 1er novembre sur la révision constitutionnelle) est un message, comme quoi il y a un autre acteur politique, le peuple, et qu’il n’y a pas que le système qui prend les initiatives ».

« On a atteint l’étape de la Bleuite »

Le mot « maturité » revient dans plus d’une intervention, notamment dans la comparaison avec les initiatives passées, dont celle du 15 juin 2019 émanant presque des mêmes acteurs.

« L’objectif n’est pas comme le disait le slogan scandé dans la rue ‘yetnehaw gaâ’, mais de créer une force dans la rue qui contraindra le régime à écouter et ouvrir des canaux consensuels de dialogue », explique encore Me Bouchachi qui précise néanmoins qu’un consensus avec le pouvoir « ne signifie pas entrer dans un dialogue pour allonger la vie du système ».

Une telle précision était plus que nécessaire, d’autant plus que les inévitables accusations de compromission ont commencé à fuser dès l’annonce de l’initiative.

« On s’attendait à des réactions, c’est normal, notre objectif était d’ouvrir un débat (…) C’est une initiative indépendante du pouvoir. Le chemin du mouvement du 22 février était clair dès le début, c’est le changement de système », répond Saïd Salhi, vice-président de la LADDH.

« Lakhdar Bouregaâ disait qu’on a atteint l’étape de la Bleuite. La seule question qu’il faut se poser c’est est-ce que nous devons rester sans initiative et attendre le Messie ? », reprend Me Nabila Smaïl.

Enfin, sur les questions des divergences idéologiques et des préalables démocratiques, les intervenants ont été unanimes à dire qu’elles ont été prises en charge lors des discussions et dans les documents de l’initiative.

« Le pluralisme idéologique est une richesse, ce que nous  refusons c’est la polarisation, il y a un accord entre des sensibilités différentes sur une conception commune de la démocratie », assure le juriste Mouloud Boumghar.

Enfin, Nabila Smail, par ailleurs militante du FFS, souligne que l’initiative, même si elle est non partisane, n’est pas destinée contre les partis politiques, émettant même le vœu de voir se rencontrer l’initiative du PAD avec celle de Nida 22.

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