
Le Maroc prévoit de lancer un appel d’offres pour un projet de gaz naturel liquéfié (GNL) de 4,5 milliards de dollars à Jorf Lasfar, a rapporté, lundi 1er octobre, l’agence Reuters, citant le ministre de l’énergie des mines et du développement durable du royaume chérifien, Aziz Rebbah.
Des propos qui viennent confirmer ce que le même ministre avait déjà déclaré à l’agence Bloomberg, en marge de la 8e réunion de l’assemblée générale de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA), tenue en janvier de cette année : « Le Maroc compte lancer un appel d’offres international pour la construction d’un vaste complexe industriel de transformation de gaz naturel pour une enveloppe de 4,6 milliards de dollars ».
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Maroc cheval de Troie des Américains en Europe ?
Si pour le moment peu d’informations ont filtré sur le montage financier et sur les parties impliquées dans ce méga projet, on sait en revanche que les Etats-Unis sont en première ligne pour mener les travaux. C’est d’ailleurs à partir des USA que les premières informations ont été ébruitées sur la décision du Maroc de se doter d’un terminal gazier. L’agence américaine pour le commerce et le développement (USTDA) a dégagé 1,5 millions de dollars pour l’étude de la faisabilité du projet en le confiant à une boîte américaine, Lixap.
Quoi qu’il en soit, la volonté de l’installation d’un immense complexe de transformation de gaz sur son sol va permettre au Maroc de moins dépendre du gaz algérien et aux Américains de venir concurrencer la Russie sur le marché européen et par ricochet…l’Algérie. Et si on doute de la volonté des Etats-Unis de damer le pion aux Russes sur le marché gazier européen, il suffit d’écouter la colère du Président Trump contre le projet annoncé de gazoduc Nord Stream 2, qui doit acheminer 55 milliards de mètres cube de gaz par an, de la Russie jusqu’en Allemagne. Dans ce qui ressemble à un partenariat gagnant-gagnant entre les Etats-Unis et le Maroc, ce sont les Algériens qui risquent d’en faire les frais et en être les premières victimes.
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C’est en cela que le terminal gazier de Jorf Lasfar n’est pas de nature à rassurer les autorités algériennes, qui suivent de très près l’avancement d’un tel projet. L’Algérie qui est l’un des principaux fournisseurs de gaz en Europe est déjà concurrencée sur le marché européen par le Qatar, qui pratique une politique des prix très agressifs.
Craintes d’Alger
Pour les Algériens, malgré leurs dénégations, les Marocains « veulent bien tuer le gazoduc algérien ». Et avec son nouveau projet « le Maroc sera concurrent direct de l’Algérie en servant de plateforme d’exportation du gaz de schiste américain vers l’Union européenne », explique une source algérienne bien informée.
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Si pendant longtemps, la Sonatrach a fait du marché européen ça chasse gardée, l’entreprise doit dorénavant composer avec de nouveaux acteurs qui lui ont déjà ravi des parts de marché. La part des approvisionnements de l’UE en gaz naturel d’Algérie a chuté de près de la moitié entre 2005 et 2015, alors que celle du Qatar a pratiquement été multipliée par cinq. Cet été et face à la menace, les Algériens se sont empressés de verrouiller de nouveaux contrats avec les Espagnols et les Italiens. Le contrat liant Algériens et Espagnols court sur 9 ans pour la livraison de 9 milliards de mètres cube de gaz annuellement. Quant à la relation avec ENI, elle porte sur la livraison du gaz algérien à raison de 3 millions de mètres cube sur une durée qui n’a pas été dévoilée.
Signe des tensions entre l’Algérie et le Maroc sur cette question, le ministre algérien de l’Énergie Mustapha Guitouni avait annoncé que l’Algérie lançait les travaux d’une déviation du gazoduc Maghreb-Europe qui passe par le Maroc pour alimenter l’Europe via l’Espagne. Pour beaucoup, cette annonce signait l’arrêt de mort du gazoduc Maghreb Europe et la volonté de la partie algérienne de se tourner vers Medgaz pour ses exportations en gaz vers l’Espagne. Le PDG de Sonatrach, Abdelmoumen Ould Keddour était monté au créneau pour démentir l’information et contredire son ministre de tutelle.
Dorénavant est dans l’éventualité de l’arrivé du Maroc sur le marché européen du gaz la question de l’impact sur les exportations algériennes et sur les finances du pays, dont une très large partie provienne des exportations des hydrocarbures, devient lancinante et risque de devenir cauchemardesque pour les autorités du pays.