
Le recteur de la Grande mosquée de Paris a adressé jeudi soir un constat alarmant sur la situation des musulmans en France dans un contexte marqué par la forte hausse des actes islamophobes.
« Je ne saurai taire l’inquiétude profonde qui traverse aujourd’hui nos concitoyens de confession musulmane. Nous assistons malheureusement à une montée préoccupante des actes et des discours antimusulmans. Les menaces, les agressions, les propos stigmatisants blessent et inquiètent. Ils installent un climat délétère qui fragilise la cohésion nationale », a déclaré Chems-Eddine Hafiz, lors de l’iftar des ambassadeurs organisé jeudi soir par l’institution qu’il préside.
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En présence du ministre de l’Intérieur français Laurent Nuñez, il a rappelé « l’assassinat horrible » du jeune malien Aboubakar Cissé le 25 avril 2025 qui a « profondément choqué nos concitoyens musulmans ».
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Un mois plus tard, le 31 mai 2025, un ressortissant tunisien, Hicha Miraoui, tué par la « malveillance raciste » de son voisin, a « ravivé encore une fois ce sentiment d’insécurité », a-t-il dit.
« Ces actes ont été vécus comme le symptôme d’un environnement où la haine peut trouver un terrain fertile », a souligné Chems-Eddine Hafiz alors que la France connaît une montée en puissance de l’extrême droite accompagnée de la libération de la parole raciste et d’une hausse vertigineuse de 88 % des actes antimusulmans en 2025, selon les chiffres officiels.
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L’Islam de France « ne demande ni privilège, ni traitement d’exception »
Stigmatisés, les musulmans en France doivent à chaque fois prouver leur attachement à leur pays. « Beaucoup de nos concitoyens musulmans ont le sentiment d’être constamment sommés de se justifier, d’être perçus à travers le prisme de la suspicion », a critiqué Chems-Eddine Hafiz en soulignant : « Pourtant, ils sont profondément attachés à leur pays, la France ».
« Le désarroi est réel et palpable », a-t-il déclaré. Cet iftar qu’organise chaque année l’institution religieuse musulmane fondée il y a un siècle en hommage aux soldats musulmans tombés pour la France durant la Première Guerre mondiale a été l’occasion pour M. Hafiz de dévoiler les résultats d’un sondage commandé par la Grande mosquée de Paris.
Il a annoncé la publication d’un deuxième sondage sur « combien de citoyens musulmans adhèrent aux valeurs de la République ». « 90 % des musulmans sondés estiment qu’il est parfaitement possible d’être intégrés dans la société française, tout en pratiquant leur religion », a-t-il révélé.
Pour le recteur de la Grande mosquée de Paris, l’Islam de France « ne demande ni privilège, ni traitement d’exception, il demande simplement l’équité, la considération et le respect dus à tous les citoyens. »
Dans son discours, Chems-Eddine Hafiz a fait part des difficultés rencontrées par des imams de la Grande mosquée de Paris pour renouveler leurs titres de séjour.
Il a révélé que certains d’entre eux sont frappés d’OQTF, alors que les imams détachés d’Algérie pour des prêches en France n’ont jamais enfreint la loi. Il a demandé au ministre de l’Intérieur d’intervenir pour débloquer leur situation.