Politique

Les principaux enseignements de deux mois de mobilisation populaire

Les révolutions n’ont pas d’âge. Elles peuvent se faire en une nuit ou s’éterniser sur des années, voire des décennies. Celle que les Algériens ont entamée pour asseoir la démocratie et l’Etat de droit bouclera ce lundi 22 avril ses deux mois.

Le bilan ne se fera que lorsque tout cela sera fini, mais une halte s’impose pour évaluer l’évolution de la marche vers le changement. Dès le début, le pouvoir a misé sur l’essoufflement du mouvement. Les manœuvres auxquelles il a eu recours n’avaient pour but que de gagner du temps, en attendant que l’épuisement fasse son œuvre.

Mobilisation intacte, malgré la répression et les obstacles

En neuf vendredis, il a tout essayé mais la mobilisation reste intacte. Ce 19 avril, en sortant en masse dans la rue après les images désolantes de la répression policière le week-end précédent, les Algériens ont envoyé un message très fort : ils n’ont peur de rien et le pouvoir devra essayer autre chose que la manière forte et l’intrigue.

Même le blocage des principaux axes routiers par la gendarmerie n’a pas empêché les marches à Alger de connaître le même succès quasiment chaque vendredi.

Mouvement pacifique

Outre la mobilisation, le caractère pacifique du mouvement a aussi résisté à toutes les tentatives de le dévoyer. Depuis quelques semaines, des casseurs se sont mis à s’introduire parmi les manifestants, causant les rares incidents enregistrés en deux mois de manifestations. Leur intrusion a même servi d’alibi pour ceux qui ont ordonné la répression des marches.

Stoïques et déterminés, les jeunes n’ont répondu à aucune provocation. Même lorsque la police avait lancé ses gaz sur une foule compacte au centre d’Alger, le 12 avril, les gens s’étaient dispersés dans le calme. En deux mois, il y a eu certes deux décès, mais cela n’enlève rien au caractère globalement pacifique du mouvement.

Sur le plan politique aussi, la constance du peuple contraste avec la versatilité du pouvoir qui change de discours chaque semaine avec pour seule régularité sa ferme résolution à se régénérer.

La rue n’a perdu de vue aucun de ses objectifs. C’est à peine si les slogans sont légèrement revus chaque week-end en fonction de ce que le camp d’en face proposait pendant la semaine. Le mot proposition est peut-être trop grand pour qualifier les fausses concessions faites par le régime à la rue.

Départ de Bouteflika, le régime résiste

Le seul geste concret qui a été fait en deux mois de forte mobilisation populaire, c’est le départ du président Bouteflika. Un geste presque inutile puisque le désormais ex-chef de l’Etat, âgé et gravement malade, était de toute façon condamné à partir.

Pour le reste, le pouvoir algérien a prouvé, au fil des manœuvres, que partir ne fait pas partie de ses plans. En insistant sur la solution « constitutionnelle » qui lui garantit le contrôle de la transition, il a montré qu’il ne désespère pas de mettre fin à la contestation sans rien lui céder de notable.

La veille du neuvième vendredi, le chef de l’Etat décrié a annoncé des consultations avec la classe politique pour la préparation de la présidentielle tout aussi rejetée du 4 juillet. Une fuite en avant qui trahit l’obsession des tenants du pouvoir de ne rien lâcher et leur incapacité à imaginer un plan sérieux de sortie de crise.

Armée, acteur clé de la crise

Ces deux mois de mobilisation ont aussi vu l’émergence de l’armée comme acteur clé de la crise et de la vie politique. C’est son chef qui a permis l’accélération de la chute de Bouteflika et c’est à lui que s’adressent désormais les Algériens chaque vendredi, même s’ils sont parfois déroutés par ses professions de foi pas toujours suivies par des actes.

Bref, deux mois après son début, la crise, sur l’essentiel, est comme au premier jour, c’est-à-dire sans qu’une esquisse de solution ne pointe le bout du nez.

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