Politique

Les scénarios de Makri pour la prochaine présidentielle

Le président du MSP Abderrazak Makri a de l’ambition à revendre et surtout beaucoup d’audace. Les yeux plus que jamais rivés sur la présidentielle d’avril 2019 qu’il a d’ailleurs qualifiée, aujourd’hui à l’occasion de l’ouverture d’une rencontre des représentants locaux de son parti à Alger, d’« échéance capitale », le leader islamiste ne compte pas y aller – dans le cas où les conditions elles seraient réunies bien entendu – en simple figurant mais en porte-étendard de l’opposition.

« Nous répondons à toutes les conditions requises et d’ores et déjà nous nous proposons d’être le candidat de l’opposition. Nous sommes présents dans tout le territoire national et nous allons recueillir les signatures nécessaires à la candidature en un tour de main », a-t-il affirmé.

Moi, président de la République…

Ceci dit, malgré les grands atouts dont dispose son parti, le président du MSP se dit ouvert à toute autre proposition sérieuse qui émanerait des partis d’opposition. Autrement dit, il est prêt à se sacrifier pour une autre personnalité consensuelle de l’opposition capable de réaliser le changement.

Dans le cas contraire, le MSP présentera son propre candidat. « Nous sommes capables d’entrer seuls en compétition et tout le monde connait la force de notre parti », a-t-il assuré. Et s’il gagne les élections, il promet que sa priorité sera « le consensus national ».

Emporté par l’enthousiasme, Makri s’est mis à rêver de ce qu’il fera de l’Algérie, en cas de victoire. « Durant le premier mandat, on fera de l’Algérie une destination touristique attrayante et une plaque tournante des services bancaires et financiers. Air Algérie va rivaliser avec Turkish Airlines, Emirates Airlines ou encore Qatar Airways. Lors du deuxième mandat, on fera en sorte d’assurer la sécurité alimentaire du pays. Des pays moins nantis que le nôtre comme l’Afrique du Sud ou le Brésil l’ont fait, on le fera nous aussi. Et dans 20 ans, si les Algériens adoubent notre candidat, on fera entrer l’Algérie dans le club des 20 plus grandes puissances économiques au monde », a-t-il promis. « La réussite c’est possible, l’échec, la corruption, l’incompétence, la dépendance au pétrole ne sont pas une fatalité », a-t-il insisté.

En plus des scénarios d’une participation sous différentes formes (candidat consensuel, candidat unique d’opposition ou candidature partisane), M. Makri n’a pas écarté l’éventualité de boycotter la prochaine présidentielle notamment dans le cas où Bouteflika brigue un 5e mandat. « Le problème n’est pas le 5e mandat mais de savoir si les élections seront démocratiques ou non. S’il y a un consensus de toutes les institutions de l’État sur la candidature de Bouteflika, cela veut dire que les jeux sont faits », a-t-il soutenu. Mais sa conviction est que les chances de voir un tel scénario se réaliser sont minimes.

La preuve ? « Les partis qui réclament le 5e mandat ont perdu de leur enthousiasme et parlent maintenant de la continuité », a-t-il expliqué. Le président du MPS semble soupçonner l’existence d’une volonté de triturer à nouveau la Constitution pour instituer le septennat et permettre ainsi à Bouteflika de prolonger son règne de deux années supplémentaires.

Ceci dit, le MSP n’a pris aucune décision pour le moment et c’est au Conseil consultatif du MSP de trancher. Il se prononcerait fin décembre prochain.

« Dieu merci, on a une armée forte »

Abordant la dernière vague de limogeages au sein de l’ANP, M. Makri n’a pas voulu trop s’attarder sur ces changements qui sont internes à l’institution militaire non sans se féliciter du fait que l’ANP soit l’institution algérienne la plus forte.

« Dieu merci, on a une armée forte. Mais il est beaucoup mieux que toutes les institutions soient fortes. Ce sont les États ayant des institutions fortes qui réussissent à préserver leur souveraineté », a-t-il soutenu. De son point de vue, deux choix s’offre à l’Armée : accompagner l’initiative du consensus national ou observer la neutralité la plus stricte lors de la prochaine présidentielle.

« Nous sommes soucieux de l’unité de l’Armée et nous voulons qu’elle remplisse ses missions constitutionnelles, ni plus ni moins. L’ANP est un bien de tous les Algériens et elle ne doit pas se mettre au service d’un parti ou d’un candidat. Cette institution jouera-t-elle un rôle lors de la prochaine présidentielle ? Le temps nous le dira », a-t-il dit.

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