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L’incroyable charge de Tayeb Louh contre Ahmed Ouyahia

L’incroyable charge de Tayeb Louh contre Ahmed Ouyahia

Le meeting animé par Tayeb Louh ce lundi 5 novembre devant les représentants de la société civile d’Oran a laissé tout le monde sur sa faim, en ce sens qu’il n’a pas permis d’en savoir plus sur les intentions réelles du président Bouteflika concernant un cinquième mandat.

À défaut donc d’officialiser l’option de « la continuité », le discours du ministre de la Justice s’est distingué par des attaques, certes implicites, mais qui ne laissent pas de doute quant à la partie visée : le Premier ministre Ahmed Ouyahia.

« Dans la dernière loi de finances, des taxes allaient être imposées au simple citoyen sur les documents biométriques, comme la carte d’identité et le passeport. Quand elles sont arrivées au niveau du Conseil des ministres, qui les a annulées ? Le président Bouteflika, bien sûr », lance le Garde des Sceaux.

Tayeb Louh n’a pas fini de régler son compte à celui qui est supposé être son chef hiérarchique direct en soulignant plus loin le rôle du président dans la sauvegarde de « la politique sociale de l’État ». Mais avant de rappeler ces épisodes où Bouteflika s’est attribué le beau rôle, Louh était remonté jusqu’aux années 1990 pour déterrer une vieille casserole que traîne Ahmed Ouyahia depuis sa première expérience de chef du gouvernement sous Liamine Zeroual : l’emprisonnement « injuste » de centaines de cadres d’entreprises publiques :

« Il faut rappeler à tous les Algériens et Algériennes que, suivant les orientations du président de la République et conformément à son programme complémentaire dans tous les secteurs, que les abus dont ont été victimes dans les années 1990 les cadres de l’État, font partie du passé et ne peuvent en aucun cas se reproduire. »

Ces derniers mois, Ahmed Ouyahia a vu plusieurs de ses décisions annulées par le chef de l’État qui a toujours veillé à hériter du « beau rôle ». Le chef de l’Exécutif a, à chaque fois, fait le dos rond, préférant rappeler qu’il est avant tout au service du président de la République.

Mais cette fois, l’attaque est frontale et ne peut s’expliquer par le seul souci de vouloir mettre en valeur l’action et le bilan du président Bouteflika. D’autant plus qu’elle ne vient pas du SG du FLN dont les piques à l’égard de ses alliés au sein de la majorité présidentielle n’ont jamais été prises au sérieux. Elle émane du très sérieux Tayeb Louh qu’on dit « très proche » du chef de l’État et, par dessus tout, ministre de la Justice, Garde des Sceaux dans le gouvernement dirigé par l’homme qu’il traîne publiquement dans la boue.

À coup sûr, un autre objectif est recherché à travers cette sortie. Lequel ? Le sort d’Ouyahia à la tête du gouvernement est-il scellé ? L’éventualité d’un changement au palais de la rue Docteur Saâdane n’est pas à exclure en effet. D’expérience, on sait qu’Ahmed Ouyahia, Premier ministre à plusieurs reprises, a été invité à céder sa place à chaque approche d’un rendez-vous électoral important. Non pas qu’on doute de sa loyauté, mais par souci de sauvegarder les formes : l’homme traîne, à tort ou à raison, une peu reluisante réputation depuis la victoire « suspecte » de son parti, le RND, aux élections de 1997.

Mais il se pourrait que ce ne soit pas là l’unique raison qui expliquerait cet empressement à vouloir se « débarrasser » du Premier ministre. Car le président aurait bien pu l’inviter à partir, comme il l’a fait plus d’une fois par le passé. Même lorsqu’il a été prié en 2012 de céder sa place à la tête de son parti, Ouyahia s’était exécuté sans faire de vagues.

Pourquoi donc ces attaques préalables ? Le chef du RND est-il soupçonné d’avoir quelques « ambitions » ou de « rouler » pour un plan autre que celui de la continuité en prévision de l’élection présidentielle de l’année prochaine ? Rien ne permet à ce stade de l’affirmer, mais les attaques qu’il a subis ce lundi 5 novembre à Oran sont tout sauf innocentes, encore moins gratuites.

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