Société

L’inspirante histoire d’un Algérien aveugle devenu avocat au Canada

Juba Sahrane est un Algérien de 25 ans devenu aveugle en 2007 après avoir été opéré dans un hôpital algérien pour retirer une tumeur dans l’œil. Pronostiqué mort par son médecin traitant en Algérie, il finira par être guéri à l’étranger et est devenu avocat au Canada où il réside actuellement.

Son histoire inspirante est racontée par Le Journal de Montréal ce dimanche.

« Pour le médecin qui m’avait opéré, j’étais condamné à mourir. Mes parents ont pu obtenir in extremis un visa pour que je reçoive des soins en France. Ma mère et moi, on s’est sauvé de l’hôpital et on a quitté l’Algérie », raconte Juba Sahrane.

L’opération pour traiter son cancer de l’œil le rend aveugle et lui fait perdre l’ouïe à l’oreille gauche. Les soins qu’il obtient en France lui permettent cependant de survivre son cancer.

Une fois guéri, sa famille déménage à Montréal en juin 2008, alors qu’il est âgé de 14 ans. « J’ai passé une année très difficile. Du jour au lendemain, je perdais la vue, mon autonomie et tous mes amis. Ma vie était chamboulée au complet », affirme Juba.

Au Canada, il intègre un établissement spécialisé pour les personnes aveugles ou malvoyantes. En plus des cours réguliers, il apprenait à lire le braille, à se déplacer avec canne et à utiliser des outils informatiques l’aidant à fonctionner dans son quotidien. Juba Sahrane explique que son passage par cet établissement « m’a permis de m’outiller pour me lancer dans le monde. Quand on est différent, il faut avoir une confiance à toute épreuve ».

La solitude a également été un facteur supplémentaire causé par son handicap. « Les gens sont bienveillants avec toi, mais ils ne pensent pas à toi quand ils organisent des activités. C’est la même difficulté pour rencontrer une fille. Ça a été très difficile de me faire des amis jusqu’à l’université », indique Juba.

Se distinguant par d’excellentes notes, Juba obtient l’équivalent du baccalauréat au Québec (Cégep) avant d’étudier le droit à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) de 2014 à 2017. « J’ai choisi le droit parce que ça me semblait la meilleure voie pour me trouver du travail. Ce n’était pas seulement une question d’argent. Je voulais donner un sens à ma vie », affirme-t-il, estimant que pour les non-voyants, les choix d’études menant à une carrière sont plutôt limités.

Les études de droit de Juba Sahrane l’ont mené à effectuer deux stages en plus d’avoir travaillé quelques mois chez Bombardier. « Le domaine du droit est accessible aux non-voyants, surtout dans les grandes organisations où tout est informatisé. La difficulté, c’est de convaincre les employeurs de te donner une chance », estime-t-il.

Juba effectue par la suite un stage de huit mois à l’Organisation internationale du travail, une agence des Nations Unies située à Genève (Suisse), où il a eu à travailler dans une unité dédiée à aider différents pays à implanter des systèmes d’assurances. « J’ai fait de ma déficience une force. À Genève, les gens avaient tendance à venir vers moi pour me prêter leur bras. En discutant avec eux, ils m’invitaient à prendre un café. De fil en aiguille, le café devenait un lunch, le lunch un souper, le souper un réseau. À la fin de mon stage, presque tout le personnel me connaissait et la directrice de mon unité me confiait des missions de plus en plus importantes en raison de ma “notoriété” », raconte-t-il.

Cette étape terminée, Juba a commencé en août dernier une maîtrise en droit international et en politique internationale appliquée à l’Université de Sherbrooke. Cette maîtrise a été rendue possible grâce à une bourse de 12 500 dollars canadiens d’une fondation canadienne encourageant les étudiants aveugles ou malvoyants à poursuivre des études de deuxième cycle. « Je pense que notre communauté doit prendre sa place comme l’ont fait les femmes au 20e siècle. Pour réussir, il faut que nous nous battions pour occuper les plus hautes fonctions dans la société. Pourquoi pas un juge, un dirigeant d’entreprise ou un ministre aveugle ? On est capable de faire tout ça », conclut-il.

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