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« Macron dégage » : ce que les jeunes algériens disent au président français

« Macron dégage » : ce que les jeunes algériens disent au président français

En Janvier 1992, la France a été l’un des premiers pays à réagir par la voix de son président à l’arrêt du processus électoral en Algérie. François Mitterrand n’avait pas apprécié la manière avec laquelle son ami Chadli Bendjedid fut poussé vers la sortie et la spoliation des islamistes du FIS de leur « victoire » par les généraux.

Cette position vaudra au pouvoir socialiste en France et aux nouveaux dirigeants algériens d’entretenir des rapports tendus au moins jusqu’à l’élection de Jacques Chirac en 1995.

Plus d’un quart de siècle plus tard, l’histoire s’apprête peut-être à se répéter. L’Algérie traverse de nouveau des turbulences politiques et de nouveau la France se trouve au cœur d’une polémique, soupçonnée de privilégier le statu quo en soutenant le régime en place.

Une première réaction de Paris a suffi aux Algériens pour conclure à un parti de pris de la France officielle en faveur du pouvoir de Bouteflika, contesté depuis la mi-février par un mouvement populaire sans précédent.

Pourtant, le message de Paris n’est pas tranché. Il confirme plutôt la prudence excessive de la France depuis le début de ce qu’il convient d’appeler la crise algérienne. Les responsables français ont rappelé que l’Algérie était un pays souverain et qu’il appartenait à son peuple de choisir librement ses dirigeants à travers les urnes. C’est certes timoré comme position, comparée par exemple à celle de Washington qui a indirectement mis en garde les autorités algérienne contre toute velléité de répression en rappelant le droit des citoyens à manifester librement. Mais ce n’est pas clairement un soutien au pouvoir en place.

C’est depuis mardi 12 mars que la position de la France est clairement décriée sur les réseaux sociaux et dans la rue algérienne. En cause, un Tweet d’Emmanuel Macron en réaction à l’annonce la veille par le président algérien de renoncer à briguer un cinquième mandat et de reporter l’élection présidentielle prévue le 18 avril.

« La jeunesse algérienne a su exprimer son espoir de changement avec dignité. La décision du Président Bouteflika ouvre une nouvelle page pour la démocratie algérienne. Nous serons aux côtés des Algériens dans cette période nouvelle, avec amitié et avec respect », a écrit le président français.

Ménager la chèvre et le chou, ce n’est pas toujours évident. En se précipitant, Macron a commis une bourde diplomatique monumentale. Sans en avoir peut-être l’intention, il venait de valider à la place des Algériens le plan du pouvoir en place pour se tirer d’affaire. Le plus sage aurait été d’attendre de voir la réaction de la rue et de l’opposition algériennes à cette prolongation inconstitutionnelle du mandat présidentiel. Cette réaction, on la connait maintenant : les Algériens rejettent dans la forme et dans le fond la proposition de Bouteflika.

Depuis, le président français est pris à partie sur les réseaux sociaux et rendez-vous lui est donné pour ce vendredi 15 mars, où de nouvelles grandes marches sont au programme. Dans la matinée, des slogans anti-Macron ont fait leur apparition sur des pancartes dans les rues d’Alger. Dans la thématique retenue par les manifestants, le président français devrait figurer juste derrière son homologue algérien et le système politique dont ils exigent le départ. Ce matin, à Alger, les manfiestants ont scandé « Macron dégage ».

Pour un simple Tweet, qui plus est ambigu ? Pas seulement, puisque Macron, depuis son accession au pouvoir il y a deux ans, s’est distingué par des décisions pas franchement en faveur de la jeunesse algérienne. Les plus emblématiques sont la restriction drastique de la délivrance des visas et l’augmentation des frais d’inscription dans les universités françaises qui a touché les Algériens et pas les Tunisiens par exemple.

Personne ne dénie au président français le droit de prendre souverainement les mesures qu’il juge salvatrice pour son pays, mais les jeunes algérien ont eux aussi le droit de lui délivrer ce message, sans méchanceté : « Tu ne veux pas de nous chez toi, alors laisse nous au moins la liberté de choisir comment vivre chez nous ».

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