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Maroc – Les invectives d’un journal contre l’épouse du roi révèlent une crise au sein de la famille royale

Maroc – Les invectives d’un journal contre l’épouse du roi révèlent une crise au sein de la famille royale

« Le Crapouillot marocain » est un de ces journaux en ligne crées au Maghreb à la va-vite dont le nom du directeur ni l’adresse ne figurent sur le site. Leurs quelques articles sans intérêts attirent peu de lecteurs, mais ils servent parfois au pouvoir ou à ceux qui en sont proches pour lancer des messages, des avertissements ou à régler des comptes.

« Le Crapouillot marocain » en a lancé deux la semaine dernière adressés à la même personne : la princesse Lalla Salma, épouse du roi Mohamed VI du Maroc. Pour que les messages parviennent clairement à leurs destinataires, ils ont fait successivement la « une » du journal depuis le 27 février et jusqu’au 4 mars.

Qui plus est le contenu des ces deux articles a été envoyé anonymement par email à des dizaines, peut-être des centaines, de personnes –journalistes, diplomates ou académiciens – qui se consacrent au Maroc. Et dire que jusqu’à, présent les affaires de la famille royale étaient un sujet tabou pour la presse marocaine !

L’absence d’une princesse dilettante était le titre du premier « papier », non signé, publié le 27 février et La cool attitude trompeuse d’une princesse celui du second, publié trois jours après. L’intitulé résume bien les invectives qui vont suivre contre Lalla Salma, âgée de 39 ans, épouse du monarque alaouite depuis 2002 et mère du prince héritier, Moulay Hassan, et de la princesse Lalla Khadija. Avant de devenir première dame, elle avait fait des études d’ingénieur à l’École nationale supérieure d’informatique et d’analyse de systèmes de Rabat.

SAR la Princesse Lalla Salma préside à Marrakech la célébration de la Journée nationale de lutte contre le cancer en novembre 2017.


SAR la Princesse Lalla Salma préside la cérémonie d’inauguration du musée « Yves Saint Laurent Marrakech »


Mohamed VI (54 ans) s’est fait opérer le 26 janvier, à la clinique Ambroise Paré à Paris, par radiofréquence d’un flutter auriculaire, selon un communiqué signé par quatre médecins rendu public le jour-même à travers la MAP (agence de presse officielle). L’opération a été un succès. L’arythmie a été corrigée ; son rythme cardiaque est désormais normalisé.

À cette occasion, « dans un même et seul élan d’attachement paternel et fraternel », les enfants, le frère et les sœurs du roi se sont rendus auprès du patient pour « lui apporter le réconfort », selon « Le Crapouillot ». Une photo, diffusée par la MAP, les montre tous réunis autour du souverain convalescent.


Le roi Mohamed VI du Maroc entouré de ses enfants, son frère et ses soeurs le 26 févier à la clinique Ambroise Paré de Paris après avoir été operé d’une arythmie cardiaque par radiofréquence. (© MAP)


À ce rendez-vous parisien dans une chambre d’hôpital, il manquait cependant Lalla Salma « qui s’est fichtrement montrée indifférente à cette osmose familiale, en refusant de s’exposer à l’hiver glacial de la Ville Lumière, choisissant de se rendre plutôt en villégiature à Marrekech et de s’y balader dans ses rues ensoleillées », ajoute le journal. Elle est « plus obnubilée par l’entretien de son image glamour que par le devoir naturel de veiller au chevet de son mari ».

Trois jours plus tard, « Le Crapouillot » revient à la charge. L’assaut est cette-fois plus direct. Lalla Salma est décrite comme une femme « dédaigneuse et méprisante » avec un caractère « colérique et agressif » et qui s’obstine « à croiser le fer avec les membres de la royale belle-famille » et ce malgré « des rappels à l’ordre récurrents de son époux ». Elle n’en tient apparemment pas compte.

Après avoir présenté ce tableau, le journal se demande si les relations entre « Mohamed VI et son épouse ne seraient plus tout à fait au beau fixe ».

Ce que se demandent certains lecteurs avertis marocains, c’est si la publication autorisée, sinon encouragée, de telles invectives contre la première dame du Maroc ne constituent pas une annonce de divorce.

Avant que cette photo de l’hôpital ne mette en relief des désaccords, on voyait peu le couple royal ensemble au Maroc ou à l’étranger ou Mohamed VI passe maintenant le plus clair de son temps. Pendant les six mois du milieu de l’année 2017, d’avril à septembre, il est resté 45% du temps à l’étranger, d’abord en famille à Cuba et en Floride, puis sans elle, en France.

Depuis le 11 décembre dernier, il n’a passé qu’une bonne semaine au Maroc. Ce jour-là, il s’est rendu à Paris pour un déjeuner à l’Élysée le lendemain, et il y est resté jusqu’au 28. Après un bref passage de quelques heures à Rabat, pour présider une veillée religieuse à l’occasion du 19anniversaire de la mort de son père, Hassan II, il est reparti pour le Gabon. De là, il est à nouveau retourné directement en France en tout début d’année annulant, pour des « raisons d’agenda », la première visite d’État que le roi ou la reine d’Espagne s’apprêtaient à effectuer au Maroc du 9 au 11 janvier.

À ces dates-là, Mohamed VI était en France, entre Paris et le château familial de Betz, dans l’Oise. Dans la soirée du 8 janvier, il s’est même fait prendre en photo, dans un restaurant parisien, avec l’actrice de téléréalité Mélanie Amar. Une vidéo datée du 12 janvier le montre se promenant sur les Champs Élysées en compagnie de Fouad Ali el Himma, son principal conseiller. Le 20 janvier un trouble du rythme cardiaque lui a été diagnostiqué lors d’un examen médical à Paris.

Le roi du Maroc se promene sur les Champs Elysées le 12 janvier


Le roi Mohamed VI et l’actrice Mélodie Amar à Paris le 8 janvier.


Le souverain est finalement rentré au Maroc la veille du Conseil des ministres qu’il a présidé à Casablanca le 22 janvier. À cette réunion, ajournée à plusieurs reprises, ont pris part les remplaçants, à peine nommés par le roi, des ministres que Mohamed VI avait limogés en octobre. Ils ont été sanctionnés pour ne pas avoir répondu aux attentes de la population du Rif qui s’est révoltée. Le Maroc est ainsi resté pendant trois mois sans que personne n’occupe, par exemple, les portefeuilles de l’Éducation et de la Santé.

Fin janvier, après un bref passage par Agadir le 28, le monarque est à nouveau reparti, cette fois-ci pour Hong Kong, où il avait déjà passé, en famille, les vacances de fin d’année en 2015. Il a quitté la ville chinoise fin février pour se faire opérer à Paris.

Si les séjours fréquents et prolongés du souverain à l’étranger ne suscitent aucune réaction publique au Maroc, ni dans la classe politique ni dans la presse, ils provoquent une certaine inquiétude dans les capitales européennes qui suivent de près l’évolution du royaume.

Mohamed VI n’est pas un roi scandinave, dont le rôle est purement symbolique, mais, au contraire, il détient constitutionnellement le gros du pouvoir exécutif entre ses mains.

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