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Maroc : un roi et une économie malades

Le roi du Maroc Mohamed VI n’a finalement pas assisté au Sommet arabe d’Alger (1er et 2 novembre), alors que sa venue n’était pas exclue jusqu’à la veille de la rencontre. Derrière la façade royale, la situation du pays n’est pas reluisante, avec un roi et une économie malades.

Il est difficile de dire si oui ou non son intention initiale était de se rendre en Algérie dans une conjoncture de fortes tensions entre les deux pays.

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L’Algérie et le Maroc n’entretiennent plus de relations diplomatiques depuis août 2021 et ce sommet arabe, placé sous le signe du « rassemblement », pouvait constituer une opportunité pour amorcer un début de dégel.

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Des médias étrangers ont annoncé la présence de Mohamed VI au sommet d’Alger et la diplomatie marocaine ne les a pas démentis pendant plusieurs semaines, jusqu’à ce que le ministre des Affaires étrangères du royaume donne une sorte de prétexte à l’annulation du déplacement royal, si toutefois il était programmé.

Nasser Bourita s’est plaint de l’accueil qui lui a été réservé à Alger et de l’utilisation par une chaîne de télévision publique algérienne d’une carte du monde arabe incluant le Sahara occidental comme un Etat indépendant.

Au deuxième jour du sommet, qui s’est donc tenu sans Mohamed VI et les principaux souverains du Golfe, le roi du Maroc a invité officiellement le président algérien Abdelmadjid Tebboune à se rendre à Rabat pour amorcer un dialogue en vue d’aboutir à une sortie de crise entre les deux pays.

Pourquoi une telle invitation, qui a des chances nulles d’avoir une suite favorable à cause de l’état des relations entre les deux pays et le « boycott » du Sommet d’Alger, alors qu’il suffisait au roi de faire le déplacement qui aurait constitué déjà un pas vers l’apaisement ?

D’autant plus que Nasser Bourita a expliqué que le roi a fait l’impasse sur le sommet pour des considérations « bilatérales et régionales », donc politiques, et non pour des raisons de santé, ce qui n’aurait même pas fait l’objet de suspicion vu ses soucis de santé que tout le monde connaît.

Stratégie de la tension permanente

Une telle attitude a de quoi dérouter. Et ce n’est pas la première fois que l’on assiste à une telle dualité dans le langage et les faits du souverain marocain, au moins depuis le début de la crise qui a mené à la rupture des relations diplomatiques en août 2021.

Dans différents discours, Mohamed VI a tendu la main à l’Algérie pour régler les différends, tourner la page et relancer le processus de l’édification maghrébine. Le souci de s’octroyer le beau rôle aux yeux des dirigeants arabes et de la communauté internationale est évident, celui de faire diversion en interne aussi.

La conjoncture sociale et économique du Maroc est décrite comme étant encore plus compliquée que la problématique des relations avec l’Algérie. Alors que se tenait le sommet arabe d’Alger sans le roi du Maroc, un journal israélien publiait une analyse sans équivoque sur le royaume, décrivant un pays qui fait face à des crispations sociales et à des difficultés économiques.

Retombées de la crise sanitaire, forte sécheresse, inflation, flambée des prix de l’énergie dont le pays importe 90 % de ses besoins, très faible taux de croissance prévisionnel (1,5 % selon le FMI)…

Le secteur du tourisme, l’une des principales locomotives du royaume, peine à reprendre sa vitesse de croisière, avec des revenus de 2,7 milliards d’euros au premier semestre et un taux d’occupation des hôtels de 50 %.

Durement touchée par la sécheresse qui frappe le pays depuis des années, l’agriculture marocaine s’enfonce dans la crise. Le modèle agricole marocain tourné vers l’exportation mais basé sur des cultures qui consomment beaucoup d’eau, est même remis en cause.

Le tout sur fond de la maladie de Mohamed VI qui le contraint à régner la plupart du temps à distance, à partir de Paris. Tel est le constat que fait de la situation du Maroc le journal Haaretz qui conclut que « le Maroc n’est pas en meilleure santé que son souverain ».

L’avis est d’un journal d’un pays nouvellement allié du Maroc. Les accords de normalisation avec Israël signés en décembre 2020 sous l’égide de Donald Trump étaient justement annoncés comme prometteurs pour le Maroc, mais deux ans après ils ne lui ont servi qu’à s’armer davantage dans la logique de sa stratégie de la tension permanente avec l’Algérie.

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