
Marseille, jeudi 13 novembre. Il est 14h30. Mehdi Kessaci, 20 ans, vient de se garer. Une fois hors de son véhicule, un commando à moto passe et le crible de balles. Le jeune homme, d’origine algérienne, touché en plein thorax, s’effondre et rend son dernier souffle.
Le meurtre du jeune homme dont les parents sont Algériens a mis en émoi la ville de Marseille et toute la France, notamment la communauté algérienne. Car au-delà de son côté tragique, ce crime revêt une dimension politique.
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Coupable d’avoir un frère qui s’appelle Amine Kessaci
Mehdi est le frère d’Amine Kessaci, un militant anti-narcotrafic et candidat aux législatives 2024. Effondré, il se confie en larmes à France Info : « Mon frère est aujourd’hui dans son cercueil, à ma place… c’est quelque chose que je n’arrive pas à supporter ».
Amine n’en est pas à son premier deuil. En 2020, son autre frère, Brahim, est retrouvé mort carbonisé dans une voiture à Marseille. « Vous voulez j’aie peur de quoi ? On m’a brûlé mon premier frère et on vient de tuer le deuxième », lâche désespérément le jeune militant de 22 ans.
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Mais qui en veut à Amine Kessaci et s’en prend à lui à travers sa famille ? Par la nature de son combat, qui vise à éradiquer le narcotrafic qui empoisonne la deuxième plus grande Marseille de France où vit une importante communauté algérienne, le suspect est tout désigné : la DZ Mafia.
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Amine et la DZ Mafia : un combat politique et sanglant
Si Mehdi avait un casier vierge et était « totalement inconnu des services de police et de justice », Amine quant à lui était dans le collimateur des narcotrafiquants.
D’ailleurs, au moment du meurtre de son frère, Amine était exfiltré de Marseille et déjà sous protection policière… mais pas sa famille.
Si Mehdi voulait devenir policier et était en train de repasser le concours de gardien de la paix, il serait seulement coupable, aux yeux de ses assassins, d’être le frère d’Amine Kessaci, estime ce dernier, une piste que les enquêteurs privilégient.
En effet, le principal suspect dans cette affaire semble être un dénommé Mamine, Jalisco ou encore Nemesio. Il s’agit d’Amine O., 31 ans, un haut cadre de la DZ Mafia. Placé en détention provisoire depuis 2021, il aurait « placé un contrat d’assassinat sur la tête du militant écologiste », indique Le Parisien.
Les tueurs ont-ils confondu Amine avec son frère ou était-ce seulement un crime d’avertissement ? Pour Amine peu importe : « On me parle de crime d’avertissement. Mais un crime n’est jamais un avertissement ».
Le père du défunt adresse un message à Macron
Le militant, rempli de courage, continue de fustiger les narcotrafiquants : « ils tentent d’annihiler toute résistance, de briser toute volonté, de tuer dans l’œuf tout embryon de révolte pour étendre leur pouvoir sur nos vies ».
Ainsi, le meurtre du jeune homme d’origine algérienne pointe l’absence de l’Etat dans certains quartiers de Marseille. C’est ce que souligne d’ailleurs le père du défunt, qui a adressé un message poignant à la classe politique française et au président Emmanuel Macron en particulier.
« Monsieur le président, on en a marre de ça ! Il faut travailler ensemble… Arrêtez de parler pour rien à l’Assemblée nationale ! Mon fils de 20 ans est mort pour rien, j’espère qu’il sera le dernier, il faut parler de ça à l’Assemblée, pas de gauche ni de droite », déclare-t-il en pleurant.
🕊️ Dans une douleur et un chagrin immense, le père de Mehdi Kessaci lance un appel à Emmanuel Macron. (M6) pic.twitter.com/XxYKpcp9gr
— Cpasdeslol (@cpasdeslol_X) November 18, 2025
En plus des habitants de la ville de Marseille, l’indignation a gagné toute la France à la suite de l’assassinat du jeune Mehdi. Plusieurs responsables et figures politiques se sont exprimés sur le sujet. Un appel à une marche blanche est lancé. Elle se tiendra ce samedi 22 novembre 2025.
Ce meurtre doit être un « électrochoc politique ».
Le député François Ruffin, estime « qu’ils ont abattu le frère d’Amine pour qu’il se taise, lui qui depuis des années se bat, avec courage, avec les habitants, contre la puissance du narcotrafic, de l’argent et des armes ».
Même son de cloche chez Clémentine Autain, députée également, qui « exprime toute sa tristesse et son empathie à Amine, dont elle admire les mots et le courage, et à sa famille ». La parlementaire ne rate cependant pas l’occasion de s’attaquer au laxisme des autorités.
Cette affaire, selon elle, devrait constituer un « électrochoc politique ». Elle appelle ainsi les pouvoirs publics à « investir dans nos quartiers populaires » et « offrir une perspective aux jeunes qui y habitent ».
Laurent Nuñez, le ministre de l’Intérieur, lors de son déplacement à Marseille, a déclaré quant à lui que le meurtre du jeune Mehdi « est un crime qui vise l’Etat ».
🔴🗣️Narcotrafic : « Un crime qui vise l’État »
Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur, prend la parole en déplacement à Marseille, accompagné du ministre de la Justice, Gérald Darmanin, quelques jours après le meurtre de Mehdi Kessaci, petit frère d’Amine Kessaci, militant engagé… pic.twitter.com/nqRT2jQXYH
— franceinfo (@franceinfo) November 20, 2025
Il a également assuré qu’un dispositif de lutte contre le narcotrafic a été mis en place et qu’il est le même que celui dédié à la lutte anti-terroriste. Mais « pour mettre fin aux trafics, la seule réponse répressive est une impasse », a cependant rappelé la députée Clémentine Autain.