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Mohamed Larbi Merhoum, un architecte « hors normes » en Algérie

Mohamed Larbi Merhoum, un architecte « hors normes » en Algérie

Facebook - Md Larbi Merhoum
Mohamed Larbi Merhoumi, architecte.

Mohamed Larbi Merhoum vient de poser sa signature sur un projet touristique d’envergure : le village Rusica Park à Skikda que son crayon a façonné pour en faire un projet différent en Algérie.

Dans un pays où l’architecture est reléguée au second plan, Mohamed Larbi Merhoumi a réussi à imposer sa vision, lui qui porte un regard très critique sur l’architecture et l’urbanisme en Algérie. C’est un architecte qui fait ou veut faire des projets « hors normes ».

Il raconte sa rencontre improbable avec l’architecture et propose des solutions pour améliorer la qualité de l’urbanisme en Algérie, afin de sortir du piège du logement moins cher.

Né en 1964 à Alger, Mohamed Larbi Merhoum intègre très tôt l’école grâce à son père qui travaillait dans le secteur de l’éducation nationale. « J’étais en avance de deux ans par rapport à ma génération. À quatre ans, j’étais à l’école. J’étais assez brillant », raconte-t-il à TSA avec une certaine fierté mais sans prétention.

Titulaire d’un bac en maths techniques, c’est un peu « par élimination » qu’il choisit l’architecture, « un métier qu’on connaissait pas trop à l’époque » au début des années 80.

Mohamed Larbi Merhoum ne voulait pas faire carrière dans l’administration. C’est donc vers une profession libérale qu’il s’oriente après l’obtention de son bac. Pas très intéressé par la médecine, ni par le métier d’avocat, il se tourne vers l’architecture un peu contre l’avis de son père.

Architecte « croyant et pratiquant »

« J’ai débarqué à l’Epau (École polytechnique d’architecture et d’urbanisme) pour faire carrière dans une profession libérale. Même le vieux (terme qu’il utilise, affectueusement, pour parler de son père, ndlr) ne comprenait pas trop ce que je faisais en architecture. Il voulait que je fasse médecine car j’avais la moyenne qui me permettait de le faire », raconte Mohamed Larbi Merhoum.

L’architecte se définit comme un profil « beaucoup plus littéraire ». Il aurait volontiers choisi une branche littéraire s’il y avait eu des débouchés intéressants mais ce n’était pas le cas à l’époque.

Son choix de faire de l’architecture par défaut s’avère être le bon. Il cite un de ses professeurs, un certain M. Hammouche, qui enseignait l’histoire critique de l’architecture à l’Epau qui par « trois, quatre mots clés » a su le convaincre qu’il a fait le bon choix.

Il confie avoir beaucoup appris auprès de l’architecte et urbaniste suisse Jean-Jacques Deluz également. C’est avec de l’émotion qu’il évoque ces rencontres qui ont fait qu’il est devenu « architecte croyant et pratiquant ».

Mohamed Larbi Merhoum aime dire qu’il fait partie d’une génération particulière, celle « d’octobre 88, celle de l’ouverture politique, de la liberté de la presse, du passage de l’économie administrée à celle du marché, etc. ».

En Algérie, cette vague d’ouverture politique et économique a également touché l’architecture. « L’architecte libéral est né suite à ces bouleversements économiques. Pendant longtemps, l’architecture relevait presque exclusivement du domaine public. La notion d’architecte libéral est essentiellement due aux restructurations économiques des années 90. On peut dire merci au FMI », relate Mohamed Larbi Merhoum.

Dans les années 90, le FMI avait imposé un sévère plan de restructuration économique à l’Algérie qui faisait face à une grave crise économique.

Après avoir passé le service civil et militaire, Mohamed Larbi Merhoum s’installe à son compte comme architecte en 1993 une année avant la signature de la loi sur la création de l’ordre des architectes par le premier ministre de l’époque Réda Malek.

C’est dans ce contexte qu’il lance son agence d’architecture faisant partie des premiers à avoir intégré l’ordre des architectes dont il a présidé le bureau d’Alger entre 1995 et 1999.

« Notre génération a constitué le premier corps de l’ordre. On avait la responsabilité de fabriquer en quelque sorte l’architecte privé qui signe des projets », poursuit-il.

Avec le recul des années, le statut assumé de faire partie d’une génération de « pionniers », Mohamed Larbi Merhoum questionne la place de l’architecte en Algérie. Pour lui, l’architecte peine à atteindre la légitimité bien qu’il soit reconnu d’un point de vue légal. La naissance du métier d’architecte libéral a résulté d’un « accident de l’histoire » et n’était « pas prévue », remarque-t-il.

Tout en reconnaissant que l’architecte lui-même n’a pas fait « les efforts » pour se faire aimer et pour être reconnu en Algérie, les politiques publiques « ne font pas de la qualité architecturale une exigence ».

Architecture en Algérie : les critiques de Mohamed Larbi Merhoum

« Quand on voit les cahiers de charges, quand on voit la manière de faire de l’urbanisme, la manière qu’on a de décrire le projet d’architecture, l’idée de qualité architecturale n’est pas reconnue. On ne sait pas l’identifier. On est dans des procédures, une espèce de check point par point », critique Mohamed Larbi Merhoum.

Versant dans une comparaison avec les étapes parcourues par l’architecture à l’étranger et sa relation avec l’histoire d’une société citant l’exemple de la France et les chamboulements provoqués par Mai 68, Mohamed Larbi Merhoum estime que la qualité architecturale ne se décrète pas.

Pour Mohamed Larbi Merhoum, la beauté architecturale « n’est pas une question de coût ». « Poser le même mur coûte le même prix. Le poser au bon endroit avec les bonnes proportions c’est justement le travail de l’architecte. Il faut payer l’architecte pour que ce mur soit posé au bon endroit avec la belle harmonie et la belle émotion », détaille-t-il.

Il s’agit beaucoup plus d’une vision « très techniciste » qui a prévalu pendant longtemps au ministère de l’Habitat qui « réduit l’architecture à cette idée de coût ».

La façon des pouvoirs publics de concevoir l’architecture impacte sur la politique du logement en Algérie, selon Mohamed Larbi Merhoum. « Il y a un prix pour tout », dit-il.

« Ce n’est pas sûr que le bon logement soit le moins cher. Depuis trente ans, on a construit les logements les moins chers et on a dégradé l’ensemble des prestations d’aménagements de territoire, d’urbanisme. Le logement est le moins cher peut-être mais les dégâts qu’il y a à côté sont considérables. On demande aux architectes de faire un travail banal. C’est rentré dans les gènes », poursuit Mohamed Larbi Merhoum qui précise que la qualité typologique du logement n’est pas forcément mauvaise.

Sortir du piège du logement moins cher

Le problème réside dans le fait que les logements sont dépourvus de vie sociale. Il s’agit de cités dortoirs parce qu’on « présuppose que la qualité coûte cher ».

Il faudrait repenser le logement à partir d’une logique globale, préconise Mohamed Larbi Merhoum. « C’est tout un système qu’il faut revoir », selon lui.

« Actuellement, nous sommes sur une gestion sectorielle. Il n’y a pas de coordination horizontale. Il n’y a pas un projet qui fait que l’ensemble des institutions regardent dans le même sens. Chacun a une Algérie dans sa tête. C’est ce qui fait que pour le ministère de l’Habitat il faut construire le maximum de logements moins chers », regrette-t-il.

Mohamed Larbi Merhoum remet en question cette politique en mettant en avant les retombées financières sur le long terme de la construction de logements à bas coûts.

Pour lui, il faudrait opter pour une nouvelle méthode de construction quitte à proposer un logement plus cher mais qui pourrait créer un dynamisme économique et des emplois par la suite.

Pour réconcilier le bâtiment avec les jeunes, Mohamed Larbi Merhoum préconise d’introduire de nouvelles techniques de construction comme les cloisons sèches au lieu des briques dont la réalisation nécessite du personnel qualifié en maçonnerie alors que les jeunes algériens ne s’y intéressent pas. C’est l’approche que recommande Mohamed Larbi Merhoum. Et ce n’est pas uniquement pour avoir de beaux quartiers et de belles résidences.

« Un logement qui coûte plus cher va créer un marché du travail. Cela évite de verser des allocations de chômage à des jeunes qui n’ont pas envie d’être dans le domaine du bâtiment. En intégrant de nouveaux matériaux, on pourrait les attirer vers ce domaine », développe-t-il.

Concernant la beauté des villes algériennes, Mohamed Larbi Merhoum évoque la nécessité de faire des études d’urbanisme sérieuses pointant le vide juridique dans la gestion des villes en Algérie.

« Les élus n’ont pas le pouvoir pour agir sur leurs territoires. L’administration centrale n’a pas la connaissance du territoire. La complexité se gère au niveau local. C’est le cas de l’architecture et de l’urbanisme. L’Algérien n’est pas à 100 % heureux dans ce qu’on lui propose comme logement. Je ne connais pas quelqu’un qui serait heureux d’aller vivre à Sidi Abdellah s’il avait un autre choix », selon l’architecte.

L’État doit s’occuper de la régulation et de définir les exigences de confort uniquement dans le domaine du logement public.

Pour ce qui est des constructions privées, Mohamed Larbi Merhoum pointe un manque de fermeté des autorités alors qu’il y avait des standards qui étaient exigés il y a une trentaine d’années.

Casbah d’Alger : un problème juridique avant tout

Concernant la réhabilitation de la Casbah d’Alger, Mohamed Larbi Merhoum est convaincu qu’il faut arrêter de penser la Casbah hors de son cadre de quartier de la ville d’Alger.

L’architecte estime qu’il est « impossible » de penser la Casbah sans Alger et « illusoire » de penser Alger sans la Casbah.

Pour Mohamed Larbi Merhoum, la Casbah d’Alger est surtout un problème d’ordre juridique plus que technique. « Il est difficile pour l’État de dépenser de l’argent pour de l’habitat privé. Les habitations n’appartiennent pas forcément à ceux qui les occupent dans leur majorité. La Casbah doit être remise sur le marché soit en faisant jouer les droits de préemption soit en activant les biens sans maîtres. La Casbah n’appartient à personne juridiquement. C’est un problème de carte grise qu’il faut régler », recommande-t-il.

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