Politique

Mouloud Hamrouche, symbole de l’inquiétante résignation de « l’opposition »

Mouloud Hamrouche a encore parlé. Une semaine après sa longue contribution publiée dans El Watan, l’ancien chef de gouvernement récidive, cette fois par le biais d’une interview publiée par El Khabar ce mardi 22 janvier dans laquelle il a ressassé les mêmes abstractions sur ce que devraient être un Etat et son fonctionnement.

Point de proposition concrète en rapport avec l’échéance cruciale qui se rapproche, sinon le constat déjà établi que la solution ne viendra pas des élections.

M. Hamrouche ne dit pas d’où viendra le salut, du moins l’ésotérisme de ses interventions ne permet pas de saisir sa pensée avec exactitude. De messages codés en insinuations, sa sortie n’a fait qu’ajouter du flou à la situation, greffant sur les interrogations pertinentes qui taraudaient déjà l’opinion, comme la candidature ou non du président Bouteflika, des questions byzantines du genre : à qui s’adresse Mouloud Hamrouche, s’agit-il d’une offre de service aux « décideurs »…

En sa qualité de personnalité nationale jouissant d’une certaine aura et d’une expérience avérée, c’est sur des aspects plus concrets qu’était attendue l’intervention publique de M. Hamrouche.

L’heure est grave, comme il le souligne, et avant tout, l’opinion publique veut comprendre et la classe politique attend des idées d’initiatives, pas un cours magistral sur le modèle westphalien de l’Etat-nation ou les errements de l’Etat algérien du XVIe siècle.

M. Hamrouche a fait un constat d’échec, celui du système de gouvernance en vigueur depuis l’indépendance et souligné le danger qu’il fait encourir à l’Etat s’il vient à perdurer encore.

Le diagnostic est d’une inattaquable justesse et la mise en garde n’est pas moins pertinente, sauf que cela, les Algériens ne le savaient que trop. Ils en sont même à se demander si cette manière de faire de la politique n’a pas contribué grandement au maintien du système qui, faute d’alternative solide et déterminée, se présente comme incontournable.

Lorsque Hamrouche s’était exprimé dans El Watan il y a une semaine, il sortait en fait d’un long mutisme. La dernière où il s’était adressé aux décideurs, c’était à la veille de la présidentielle de 2014. Son appel avait été diversement interprété.

Depuis son retrait de l’élection présidentielle de 1999 en compagnie de cinq autres candidats, Hamrouche a fait comme s’il s’était retiré de la vie politique, se contentant d’apparitions sporadiques dans lesquelles il s’adresse plus aux tenants du pouvoir réel qu’au peuple souverain.

La forte mobilisation populaire qu’avait suscitée sa campagne électorale en 1999 et le capital sympathie engrangé suite à son retrait pour dénoncer la fraude qui s’annonçait, auraient pu être canalisés et fructifiés dans un cadre organisé qui aurait aujourd’hui, vingt ans après, mûri pour servir de force de proposition et de mobilisation, voire d’alternative.

Ali Benflis, l’autre chef de gouvernement qui s’est retrouvé de l’autre côté de la barrière, a eu presque la même trajectoire. Candidat malheureux à l’élection présidentielle de 2004, il a lui aussi commis l’erreur de s’éclipser totalement pendant dix ans avant de solliciter de nouveau les suffrages des électeurs en 2014, sans plus de succès.

Depuis, il semble avoir retenu la leçon, en fondant un parti, Talaie el Hourriyat, sans un excès d’activisme certes ni de solides propositions. Sa conception de la politique ne semble néanmoins pas avoir beaucoup évolué, cultivant le même fatalisme qui veut que l’accès au pouvoir relève avant tout du bon vouloir des « décideurs ».

Ultime signe de la faillite de « l’opposition » politique, l’unique candidature jugée sérieuse par les observateurs est venue de là où on ne l’attendait pas : des rangs de l’armée. Ali Ghediri, général-major à la retraite, a choisi de « relever le défi », comme il le dit dans sa déclaration de candidature, en empruntant l’unique voie qui puisse déboucher sur un véritable changement, celle de la mobilisation populaire.


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