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Naissance d’Ibtykar, « un mouvement citoyen et politique »

Ibtykar / Facebook

Ibtykar (Innovation) est officiellement lancé. « Ensemble pour une Algérie meilleure » est son slogan. « Ibtykar est un mouvement citoyen et politique, intergénérationnel, collaboratif et qui prône l’égalité homme-femme », a annoncé, ce lundi 4 décembre, Sammy Oussedik, coordinateur du mouvement, lors d’une conférence de presse au siège d’Interface Médias à Alger.

Ibtykar, né en 2014, défend aussi l’État de droit, la pluralité politique et sociale, les libertés individuelles et collectives, l’alternance au pouvoir, le respect des minorités et la justice sociale. « Notre mouvement, qui veut être présent dans la réflexion et dans l’action, est ouvert aux personnes, aux associations et aux partis qui partagent l’objectif de contribuer à la mise en place d’une République algérienne démocratique, pluraliste, sociale, moderne, ouverte au monde. Nous nous inscrivons dans une démarche de soutien au rassemblement des forces démocratiques, quelles que soient leurs options politiques, dès lors qu’elles respectent nos valeurs », a-t-il détaillé.

Selon Samir Yahiaoui, membre du comité stratégique d’Ibtykar, le champ politique est verrouillé en Algérie. « Nous vivons une crise inédite. L’Algérie vit un tournant dans son histoire. Tous les voyants sociaux et économiques de l’Algérie sont au rouge. Les ressources financières du système, ou de la Matrice comme nous l’appelons, se raréfient. Ces ressources ont permis à ce système de se perpétuer d’une façon inefficace. Aujourd’hui, la société est devenue rentière. Autour de cette rente, elle a créé des clients au lieu de citoyens. On ne peut exercer sa citoyenneté. Celle-ci comprend des devoirs et des droits », a-t-il déploré. Les Algériens ont, selon lui, tourné le dos à la politique.

« La notion d’intérêt général a disparu »

Il a cité l’exemple de la forte abstention lors des élections législatives de mai 2017. « Les deux tiers des Algériens n’ont pas voté. Pourquoi ? Parce que l’offre politique actuelle ne correspond pas partiellement à la demande et aux préoccupations des Algériens. Les partis politiques sont entravés dans leurs actions et, il existe peu de mouvements citoyens. Ils sont réprimés. La liberté de la presse est de jour en jour menacée. Et, les forces démocratiques sont fragmentées parce qu’elles sont enfermées dans l’agenda du système », a analysé Samir Yahiaoui.

Il a parlé de la poussée démographique (1 million de naissances par an) qui impose de nouveaux défis. « Plus de 75% des Algériens ont moins de 35 ans. Mais, la jeunesse vit sans espoir, dépossédée de son horizon. Les jeunes veulent partir, d’autres versent dans l’informel. C’est malheureux pour un pays aussi jeune et aussi riche. La question qui se pose pour nous est le devenir de l’État et de la nation algérienne. Ne pas poser cette question aujourd’hui, c’est faire preuve de non-assistance à un pays en danger », a-t-il prévenu.

Selon Sammy Oussedik, la société est en perte de valeurs et de repères. « La notion d’intérêt général a disparu. Cette notion doit être remise au centre de notre réflexion. Même l’État n’agit plus en fonction de l’intérêt général. Notre capacité collective à appréhender l’avenir n’est plus là. Nous n’avons pas de visions d’avenir. Nous sommes sans voix, sans message. Nous ne parlons plus au monde. Nous nous sommes retirés du monde. Aujourd’hui, l’Algérie pèse moins que dans les années 1960 et 1970. Nous avons dilapidé tout le soft power qui a fait que l’Algérie avait toute sa place dans le concert des nations », a-t-il souligné, critiquant « la diplomatie discrète » et « le culte du secret ». Selon lui, l’Algérie n’est pas préparée aux défis du monde actuel, comme la globalisation, les changements climatiques et la transformation digitale.

Sortir du statut quo

« Nous ne pouvons plus rester dans ce statut quo. C’est pour cela que nous allons essayer de faire autre chose pour en sortir. Le système est aujourd’hui au minimum inefficace pour régler les problèmes quotidiens des Algériens et pour aborder l’avenir. Il détruit les richesses au lieu de les produire. Il fait fuir l’intelligence et les talents », a-t-il dit.

Il a illustré son propos par la récente bousculade d’étudiants à côté de l’Institut français d’Algérie (IFA) à Alger.

Ibtykar s’appuie sur trois piliers : avenir, jeunesse et innovation, selon lui. « Il est temps de parler aux citoyens de façon positive de l’avenir. La majorité des discours sont défaitistes. Nous voulons porter une autre voix, celle de l’espoir. Tant qu’elle croit à l’avenir, la jeunesse est une force. Ibtykar, qui n’est pas un think tank, est basé sur un socle de valeurs qui allie tradition et modernité », a noté Sammy Oussedik.

Selon Faiza Hammoutène, membre du comité stratégique d’Ibtykar, le nouveau mouvement défend les valeurs de solidarité, de générosité, du respect de l’autre et du partage. « Nous avons des idéaux démocratiques qui doivent permettre une gouvernance saine et juste. État et citoyens doivent respecter les lois de la République, votées par un Parlement élu démocratiquement. L’indépendance de la justice est indispensable. Chaque citoyen doit exercer librement ses droits. L’alternance au pouvoir, après des élections libres et démocratiques, renforce la légitimité de la Constitution et l’adhésion des citoyens. Tant qu’elle n’a pas produit d’alternances, la démocratie reste inachevée », a-t-elle estimé.

Ibtykar entend s’appuyer sur la communication digitale et participer aux activités citoyennes et politiques avec d’autres partis et mouvements. « Nous organisons une instance de concertation avec toutes les associations qui militent pour le changement démocratique. Nous allons proposer des initiatives de notre côté et adhérer à celles déjà existantes. Nous allons organiser des réunions publiques ouvertes aux citoyens sur l’éducation, l’énergie et la société solidaire. Notre objectif est de faire émerger les forces démocratiques. Il n’y a que de cette manière que le changement arrivera. Pour nous, le digital est un outil supplémentaire pour notre action sur le terrain. Nous voulons innover dans la manière de faire de la politique et le digital met la citoyenneté à portée de clic d’une jeunesse qui est déjà connectée », a souligné, pour sa part, Amina Afaf Chouaib, membre du comité stratégique d’Ibtykar.

Le digital permet, d’après elle, de contourner les contraintes liées à l’exercice des libertés, de donner de nouveaux outils « pour aboutir au changement » et accéder au plus grand nombre. Ibtykar est présent sur les réseaux sociaux. Son site est : www.ibtykar.org.

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