
Ce qui relevait de l’utopie il y a quelques décennies, voire quelques années, devient une réalité tangible. Le train du désert siffle à Tindouf, à 2.000 kilomètres au sud-ouest d’Alger. Bientôt, il le fera à Adrar et Tamanrasset, et jusqu’aux frontières du Niger et du Mali.
L’Algérie a entrepris de mailler son territoire, notamment le vaste sud désertique, en chemins de fer. Le projet avance à une cadence que même les plus optimistes n’ont pas vu venir.
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Plus de 20 milliards de dollars d’investissements
L’investissement consenti est colossal : plus de 20 milliards de dollars pour l’ensemble des lignes programmées, selon le président de la République, Abdelmadjid Tebboune.
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Il s’agit de porter la longueur du réseau ferroviaire national de 4.000 à 10.000 kilomètres d’ici 2030, puis à 15.000 kilomètres à terme. Le gros des ouvrages est implanté dans le sud du pays.
À partir des années 2000, l’Algérie a considérablement renforcé son réseau routier, avec notamment la réalisation de l’autoroute Est-Ouest, une veine de 1200 kilomètres qui irrigue tout le nord du pays de la frontière tunisienne à celle avec le Maroc.
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Cet axe forme une croix avec l’autoroute Nord-Sud qui s’enfonce vers l’intérieur du pays, formant une grande partie de la route transsaharienne reliant l’Algérie à ses voisins du Sahel.
Après les autoroutes, place au rail. Le projet est une priorité du président Abdelmadjid Tebboune qui y voit un moyen d’exploiter les ressources minières du pays, de développer l’agriculture dans ces vastes régions et de désenclaver les régions reculées du grand Sud.
La première grande ligne du programme vient d’être livrée et mise en exploitation en un temps record. La ligne Gara Djebilet-Tindouf-Béchar, qui forme la ligne minière ouest avec le tronçon déjà existant Oran-Béchar, a été inaugurée dimanche 1er février par le président Tebboune.
Les 950 kilomètres entre Béchar et le gisement de fer de Gara Djebilet ont été réalisés en à peine 20 mois. Un record dans un pays qui a pris la mauvaise habitude de réaliser ses projets d’infrastructures dans des délais plus longs.
Sur place, le président a salué une performance “digne du Guinness des records” et une “réalisation nationale historique” qui a toujours été perçue comme “un rêve inaccessible”.
La ligne permet en effet de concrétiser le vieux rêve d’exploiter le gisement de fer de Gara Djebilet, considéré comme l’un des plus importants au monde avec ses 3,5 milliards de tonnes de réserves.
Le minerai est désormais acheminé jusqu’aux usines Tosyali à Oran, à 1600 kilomètres plus au nord. La nouvelle ligne, réalisée avec le concours de l’expertise chinoise, a coûté environ 3,5 milliards de dollars.
Son importance va au-delà de l’aspect économique et de l’exploitation de la mine de fer. Il s’agit surtout d’une veine qui apportera le développement à la région reculée de Tindouf et tout le sud-ouest du pays, désormais reliée à la Méditerranée.
Le double objectif derrière les projets ferroviaires de l’Algérie
La concrétisation de ce rail est “une des batailles menées par les grands hommes de ce pays”, s’est encore enthousiasmé le président de la République, assurant que ce n’est que “le début d’un projet national”.
À l’autre bout du pays, à l’extrême-est, un autre défi est en passe d’être relevé. La ligne qui devra acheminer le phosphate du gisement de Bled El Hadba (Tébessa) jusqu’au port d’Annaba sera livrée courant 2026 après 30 mois de travaux. La ligne est longue de 422 kilomètres. Le coût du projet intégré, avec un quai minéralier à Annaba, est estimé à 7 milliards de dollars.
Les projets programmés dans le grand Sud sont encore plus gigantesques. La ligne Alger-Tamanrasset, ou la Transsaharienne ferroviaire, devrait avoir une longueur totale de 2039 kilomètres. Il s’agit de poursuivre la ligne existante qui s’arrête à Laghouat.
La première tranche, Laghouat-Ghardaïa-El Meniaa, longue de 495 kilomètres et dont les travaux ont été entamés en 2025, devrait coûter 2,6 milliards de dollars.
Un financement de 747 millions d’euros a été dégagé en décembre dernier par la Banque africaine de développement (BAD). Alors que l’Algérie est très réticente à recourir à l’endettement extérieur pour les autres dépenses, elle fait une exception pour ces projets ferroviaires d’envergure.
Un prêt de 3 milliards de dollars de la BAD
Samedi 8 février, le président Tebboune a révélé que l’Algérie a bénéficié d’un total de 3 milliards de dollars de la BAD pour le financement de la même ligne ferroviaire « avec possibilité de remboursement adapté s’étalant sur 13 ans ».
Le coût total de la ligne jusqu’à Tamanrasset puis vers la frontière avec le Niger, est estimé à plus de 10 milliards de dollars. Le projet devrait être livré en 2028.
Toujours vers le grand Sud, une nouvelle ligne ferroviaire devra relier El Menea à Adrar et ira à terme jusqu’à la frontière avec le Mali. Le train arrivera à Adrar en 2027. Bien qu’aucune estimation n’ait été avancée, ce projet de 1.500 kilomètres de rails en milieu désertique devrait coûter lui aussi plusieurs milliards de dollars.