
En ce début mars, plusieurs publications mexicaines font état d’un possible achat par l’Algérie de pois chiches provenant du Mexique.
L’Algérie envisagerait d’importer 20.000 tonnes de pois chiche. Par rapport à l’Inde, le Mexique présente l’avantage de produire des pois chiches en grande quantité et de gros calibre. Un caractère que plébiscitent les consommateurs algériens.
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Des contacts lors du GulFood de Dubaï
Le 3 mars, concernant l’Algérie, le site Sectorprimario indiquait que « Le gouvernement de la région de Sinaloa et les producteurs proposent 20 000 tonnes au prix de référence de 1.000 dollars la tonne après une mission commerciale à Dubaï ».
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Le salon GulfFood de Dubaï est l’un des plus grands rendez-vous mondiaux de l’alimentation. GulfFood 2026 s’est tenu en janvier dernier et a réuni comme chaque année les principaux acteurs de l’agroalimentaire mondial.
Lors d’une conférence de presse, c’est le secrétaire à l’Agriculture et à l’élevage mexicain, Ismael Bello Esquivel, qui a confirmé l’intention de l’Algérie d’acheter des pois chiches suite à la participation du Mexique à l’Exposition Gulfood.
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Selon le site Sectorprimario « Bello Esquivel a indiqué que, suite à ces rapprochements, une lettre officielle a déjà été envoyée à l’ambassade d’Algérie pour participer à un appel d’offres public ». Les quantités concernées seraient de « 20 000 tonnes, ce qui permettrait de décharger les stocks mexicains]et de rassurer le marché » précise-t-il. La production locale est estimée à près de 70 000 tonnes.
Le Mexique tient à se positionner avant l’arrivée de la récolte de l’Inde, un pays qui produit annuellement jusqu’à 10 millions de tonnes.
Bello Esquivel a indiqué vouloir profiter d’un contexte particulier : « L’Algérie a modifié sa politique commerciale l’année dernière et effectue désormais des achats groupés par pays », a-t-il déclaré.
Le secrétaire d’Etat a poursuivi en soulignant que l’un des principaux facteurs qui différencient les pois chiches mexicains « est leur calibre supérieur, une caractéristique qui leur permet d’obtenir de meilleurs prix par rapport à des concurrents comme l’Inde. »
Le calibre, un critère apprécié des consommateurs. En Algérie, la wilaya d’Aïn Témouchent possède une solide tradition en matière de production de pois-chiche.
Mais certaines années, « des agriculteurs se sont plaints de ne pas pouvoir écouler leur production. La CCLS refusant leur produit au motif que le pois chiche est de petit calibre. »
En 2015, un agriculteur confiait au Courrier d’Algérie que « les consommateurs refusent de s’approvisionner et préfèrent le produit importé de gros calibre qui coûte deux fois plus que celui produit localement ». Le seul débouché restant alors leur utilisation sous forme de farine afin de produire de la garantita.
Selon Bello Esquivel : « Ce qui va nous différencie, c’est la question du calibre. Le calibre correspond à la taille du pois chiche : plus il est gros, plus il est bien payé. Certains pays, comme l’Inde, n’offrent pas le calibre proposé par le Mexique. Nous cherchons à positionner le Mexique comme le vendeur du calibre haut de gamme ».
Il a également fait remarquer que le « conflit au Moyen-Orient influence également la dynamique commerciale. ».
De son côté, le 4 mars, le site Oem.com a indiqué que l’acquisition potentielle de 20 000 tonnes de pois chiches par l’Algérie « fait actuellement l’objet d’un examen diplomatique » après que la partie mexicaine ait envoyé « une lettre officielle à l’ambassade de ce pays pour participer à un appel d’offres public pour l’achat groupé de céréales. »
Faiblesse de la production locale
Selon des données de l’Institut Technique des Grandes Cultures, la production locale de pois chiche était en moyenne de 290 000 quintaux contre des besoins de plus de 800 000 quintaux en 2015.
Suite à une décision du Conseil des ministres, en avril 2022 les prix du quintal de lentilles et de pois chiches ont été relevés respectivement de 3.000 DA et 2.000 DA atteignant aujourd’hui 10.000 DA. Une prime de soutien de 4.000 est en effet accordée aux producteurs.
Début 2023, lors d’un entretien sur Echorouk News TV, Miloud Terba, cadre au sein du ministère de l’Agriculture et du Développement rural, a indiqué que les stocks de légumes secs invendus au niveau des CCLS représentaient jusqu’à deux années de production du fait des importations anarchiques des opérateurs privés de l’époque.
Les prix des légumes secs ont flambé à l’été 2023. Cette année, le monopole d’importation des légumes secs a été confié à l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC).
En parallèle, en 2023 les pouvoirs publics ont décidé d’un plan de relance de la culture. Lors d’un entretien avec la presse, Nasreddine Messaoudi, le secrétaire général de l’OAIC a indiqué qu’il était prévu leur culture sur 150 000 hectares contre à peine 25 000 hectares en moyenne. A elles seules 34 fermes pilotes devaient se consacrer essentiellement à la production de semences sur 35 000 hectares.
En parallèle, un programme d’importations avait été mis en œuvre. Début novembre 2023 : près de 10 000 tonnes de pois chiches et 6.000 tonnes de lentilles sont alors déchargées au port d’Alger et 5 000 tonnes attendues au port de Mostaganem. Le ministère faisait savoir que ces importations devaient se poursuivre « jusqu’à la fin de l’année en cours pour constituer une réserve stratégique ».
Dès février 2024, les autorités de wilayas ont encouragé les initiatives. C’est le cas de Farid Mohammedi, le wali de Mascara présent lors des semis qui avait rappelé l’aide apportée aux agriculteurs par la CCLS, dont la « gratuité des semences » et un prix d’achat à la production du quintal de pois chiche rehaussé à 20.000 dinars algériens.
L’agriculteur Mohamed Tidjani avait confié à Ennahar TV : « Dans une wilaya agricole comme celle de Mascara, il est honteux pour nous, agriculteurs, de voir des pères de famille faire la chaîne deux heures durant pour acheter 2 kilos de pois chiche. »
Très motivé, il suggérait que chaque agriculteur cultive des légumes secs : « J’ai prévu d’en semer 5 hectares, que celui qui peut en sème 10 hectares ».
Cultiver pois chiche et lentilles reste à priori aisé dans la mesure où le matériel employé est le même que celui utilisé pour les céréales. Cependant l’une des difficultés réside dans la taille réduite de ce type de culture. La lutte contre les mauvaises herbes est donc impérative. A cela s’ajoute dans le cas des pois-chiche, sa sensibilité aux maladies en cas d’excès d’humidité.
Ce programme prévoit la culture de 150 000 hectares. A raison d’un rendement d’une vingtaine de quintaux, la demande nationale pourrait être satisfaite.
Les discussions sur d’éventuelles importations indiquent que le programme national de relance de la culture des légumes secs n’a pas encore porté tous ses fruits ou qu’il s’agit de constituer des stocks stratégiques. Pour l’enseignant chercheur Ali Daoudi qui s’exprimait ces dernières semaines sur les ondes de la Radio algérienne, « le pois chiche se situe en haut de la pyramide des produits stratégiques ».
Selon les nutritionnistes, associés aux céréales, les pois chiches et les lentilles couvrent l’ensemble des besoins en acides aminés essentiels de l’organisme. C’est ce qui explique que lors de la famine à Gaza, les associations humanitaires ont livré à la population de la farine et des lentilles.
A travers ce plan légumes secs, l’Algérie vise l’autosuffisance en lentilles et pois chiche, des produits ancrés dans ses traditions à l’image du plat national : le couscous aux pois chiche.