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Pourquoi l’Algérie est un terrain fertile pour la propagation des épidémies animales

Pourquoi l’Algérie est un terrain fertile pour la propagation des épidémies animales

C’est la première fois que la peste des petits ruminants est déclarée en Algérie. Les foyers détectés de cette maladie virale et hautement contagieuse pourraient n’être que la face visible de l’iceberg, car ils menacent de décimer des millions d’ovins et de caprins en se propageant.

Une grande question reste posée : quelle est la cause de l’apparition de ces épidémies animales et surtout comment faire pour éradiquer ces maladies aux lourdes conséquences socio-économiques ?

Cette maladie animale n’est certes pas dangereuse pour l’homme, mais l’impact économique peut être grave. Cette épizootie peut entraîner de graves pertes économiques, aggravées par l’imposition de mesures sanitaires de contrôle des mouvements et du commerce des animaux.

Les pertes économiques induites frappent au cœur des populations rurales vulnérables, en ruinant les productions animales. De pertes socio-économiques dévastatrices peuvent en découler avec comme corolaire des souffrances pour les millions de paysans pauvres, et qui dépendent des moutons et des chèvres pour leurs moyens de subsistance.

Le cheptel ovin est estimé à 22 millions de têtes, ce qui place l’Algérie au premier rang en Afrique du Nord. L’élevage ovin se pratique dans toutes les régions du pays, mais avec une prédominance dans les zones steppiques qui concentrent 70 % du cheptel.

« L’Algérie compte un riche patrimoine ovin constitué de plusieurs races à l’image de la célèbre Ouled Djellal, Srandi, Aït Ighil, Ifilen, Taadmit, berbère, D’man, Hamra ou Daghma, Sidaoun et Rembi. Ce riche patrimoine est menacé par l’émergence de ces épidémies qui peuvent être responsables de pertes économiques considérables, découlant directement de la mort d’animaux, mais également par de pertes en productions animales », explique un vétérinaire. « La situation zoo-sanitaire du pays est préoccupante. Non seulement ces maladies freinent considérablement le développement des productions animales, mais certaines représentent un danger pour la santé humaine.»
Prévient-il. L’apparition de la fièvre des petits ruminants survient après l’épidémie de la fièvre aphteuse qui a touché le pays l’été dernier.

 

État d’alerte

Le ministère de l’Agriculture a ordonné la mise en place de mesures d’urgence visant à endiguer la propagation de la peste des petits ruminants. La fermeture pendant un mois des marchés hebdomadaires de bétail et l’interdiction du transport des ovins sans autorisation des services de l’abattoir, ont été aussi décidés. Une campagne de vaccination du cheptel sera entamée dans les prochains jours.

Le contrôle des déplacements d’animaux, l’institution de mesures de quarantaine dans les exploitations touchées ou suspectes sont également parmi les mesures de prévention et de lutte prises par les autorités. Le dispositif de veille sanitaire et d’alerte des épizooties, (notamment la fièvre aphteuse et la peste des petits ruminants), a été renforcé, à titre préventif.

Ces mesures, sont-elles suffisantes ? « Les menaces liées à ces épidémies animales sont d’autant plus préoccupantes qu’elles surviennent au moment où nombre de services vétérinaires sont confrontés au manque de moyens », se plaint un vétérinaire exerçant dans la fonction publique. « Il faut renforcer la gouvernance du système de santé animale pour qu’ils soit en conformité avec les normes de qualité. Cela passe par des programmes d’évaluation, de chiffrage, de suivi, de modernisation », plaide ce vétérinaire.

« Les chiffres liés à ces épidémies animales sont généralement sous-estimés. Il y a une tendance chez les services agricoles à minimiser la situation pour faire systématiquement croire que tout va bien et que la situation est maîtrisée », critique ce vétérinaire qui estime que « les informations relatives à la prévalence de ces maladies constituent une aide pour décider d’une éventuelle lutte future ».

Autre problème soulevé par ce médecin des animaux : « Les élevages en Algérie sont loin de respecter les normes sanitaires ». Notre interlocuteur souligne « la nécessité de favoriser le transfert de savoir-faire pour orienter la modernisation de cette filière de l’élevage ».

Pour ce praticien, « la réorganisation des services vétérinaires est aussi indispensable. L’objectif est de mettre en place une stratégie plus efficace de lutte contre les grandes maladies animales qui continuent de sévir ».

« Il faut aussi relever que le contrôle des mouvements transfrontaliers d’animaux est difficile, surtout dans les régions du Sud où les pratiques nomades sont très répandues. En l’absence de contrôle effectif de la maladie, ces mouvements pourraient accélérer la diffusion des virus », met en garde un autre vétérinaire. Ce dernier estime également que « la mise en place d’un système de traçabilité du cheptel national est nécessaire pour éviter la propagation des maladies ».

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