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Quand Boumediene faisait espionner Bouteflika

Quand Boumediene faisait espionner Bouteflika

Beaucoup pensaient qu’entre l’ancien président Houari Boumediene et son ministre des Affaires étrangères il n’y avait pas l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette. C’était une entente parfaite scellée au sein de l’ALN, devenue osmose quand les deux ministres de Ben Bella s’étaient unis pour obtenir le « redressement révolutionnaire du 19 juin 1965 ».

A en croire des archives des services secrets français déclassifiées et révélées, mardi 26 février, par le magazine L’Obs, la défiance a fini pourtant par s’installer, amenant Boumediene à demander à ses services de surveiller son dauphin.

L’Obs n’est pas allé jusqu’à révéler les résultats de cette filature d’un flamboyant chef de la diplomatie, « sensible à la déférence et aux égards » et « très susceptible ». L’hebdomadaire en dit plus sur la haine que le ministre vouait à l’épouse du président qui a commencé à le couvrir d’ombre alors qu’il avait toujours capté la lumière. Bouteflika aurait particulièrement mal vécu un voyage à Cuba où Anissa lui aurait volé la vedette pendant que le ministre était perdu dans la foule.

Tant que le président était célibataire, son ministre avait porte ouverte chez lui. Son mariage bouleversait en quelque sorte la hiérarchie des rapports. Et le ministre aurait menacé de jeter une sombre tâche sur la réputation de la première dame, en divulguant les factures de bijoux achetés à Paris. Face au scandale qui menace, Madame avait dû s’éclipser, selon ces révélations.

Là où la complicité n’a pas souffert, c’est face au président Ben Bella qui voulait limoger le jeune ministre des Affaires étrangères présenté par les services français comme quelqu’un se voulant « de gauche », un « esprit subtil et plein d’entregent, un négociateur retors, un grand manipulateur épris de pouvoir ». C’est le « vrai instigateur » du coup d’Etat contre le premier président de l’Algérie indépendant, qui conclut un an de « lutte entre les clans ».

En mai 1964, le Sdece (ancêtre de la DGSE) annonce l’arrestation de Abdelatif Rahal, directeur de cabinet de Bouteflika et préjuge que le ministre devrait le suivre prochainement. Le 3 juin, un autre message de ce service révèle que Ben Bella a demandé à son ministre de quitter son poste. « Menacé d’être écarté de ses fonctions par Ahmed Ben Bella, M. Bouteflika parvient à entraîner Boumediene dans un mouvement qui aboutira au régime actuel ».

Ben Bella déposé, Bouteflika convoque à son ministère Louis Dauge, ministre délégué à l’ambassade de France. Il est clair que le ministre fait son affaire du coup d’Etat », écrit celui-ci. Des explications fournies, le diplomate retient le ton de passion mal contenue de son interlocuteur et sa violence contre Ben Bella qu’il n’a pas nommé une seule fois, le désignant comme +cet homme+ ou tout simplement +il+ ». Bouteflika apparaissait assuré du succès de l’opération et se disait que le peuple entier se rangerait derrière l’ANP contre le « tyran ».

En France, il est alors perçu comme le second personnage du régime. Dans une note du Sdece du 25 septembre 1965, il est dépeint ainsi : « Le jeune farfelu d’autrefois a fait place à un homme politique qui croit vraiment en la coopération entre son pays et la France ». A Paris, on est d’autant plus enclin à le croire que Bouteflka a changé son point de vue sur Fidel Catstro. Il le voit désormais comme un « fou furieux » et non comme « l’exemple à suivre ».

Un télégramme du Sdece révèle que l’assassinat de Krim Belkacem a été préparé par l’attaché militaire de l’ambassade d’Algérie à Paris. Mais les services secrets ne mettent pas en cause directement M. Bouteflika dont l’étoile commencera à pâlir en ne parvenant pas à succéder à Boumediene en 1979.

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