Politique

Quand l’opposition ajoute la division à sa faiblesse

Il ne reste que l’avis de Louisa Hanoune à connaître, même s’il ne sauvera pas l’initiative de sortie de crise de Abderrazak Makri, ni ne la tuera davantage. Histoire juste de compléter le puzzle maintenant que la quasi-totalité des grosses cylindrées de la classe politique a fait savoir le fond de sa pensée.

Quoi qu’il en soit, la construction d’un consensus national sous l’égide de l’armée est déjà un projet mort-né. Pour ceux qui doutaient encore après le niet « poli » du FLN et la ferme réplique du chef d’état-major de l’ANP, le parti d’Ahmed Ouyahia vient de rappeler que les différentes composantes du pouvoir ont leur consensus à elles. C’est-à-dire que les décisions qui engagent l’avenir du pays -et du système- se prennent loin de toute interférence de l’opposition, radicale ou modérée. C’est une constante sur laquelle pas une once de concession n’est envisageable, quand bien même la question du cinquième mandat soit problématique vu l’âge et l’état de santé du chef de l’Etat.

L’option n’est sans doute pas définitivement retenue et il est légitime de le penser tant que le président sortant n’aura pas fait part officiellement de ses intentions. Mais quelle que sera le schéma adopté pour la prochaine présidentielle, il sera décidé par ceux qui ont l’habitude de le faire. L’opposition est en mal d’idées, trop divisée pour prétendre peser sur un débat d’une telle importance et les péripéties de la dernière initiative du MSP viennent nous en apporter une preuve supplémentaire.

Il est tout de même curieux qu’une proposition de sortie de crise qui, quoi que l’on pense, a au moins le mérite d’exister dans un été presque amorphe sur le plan politique, soit acceptée en partie, dans son volet économique, par les partis proches du pouvoir et ne trouve pas grâce aux yeux des formations de l’opposition dont certaines l’ont désapprouvée sans même prendre connaissance de sa teneur. Ennahda et le RCD ont rejeté le texte, tandis que le FFS a subitement déterré son projet similaire de « construction d’un consensus national ». Ali Benflis n’a pas encore réagi et Louisa Hanoune se mure dans le silence.

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Sans préjuger de la position de la secrétaire générale du Parti des travailleurs – si bien sûr son avis est sollicité- on sait déjà qu’elle a plus de raisons de tordre le coup au projet du MSP qu’elle n’en a de l’adouber, ne serait-ce que pour les rapports exécrables qu’elle entretient avec M. Makri depuis les attaques peu élégantes de ce dernier à son égard lors de la campagne pour la présidentielle de 2014.

L’opposition algérienne ne manque pas de tares ni de péchés : susceptibilités, égos des chefs et entêtement à n’accepter que le rôle de locomotive. Et ça fait deux ou trois décennies que cela dure. Comme si sa faiblesse et son incapacité à mobiliser ne suffisaient pas, elle y ajoute la division.

On aurait bien consenti à mettre cette méfiance unanime à l’égard du projet du MSP sur le compte de l’intention qu’on lui prête d’impliquer l’armée, si l’histoire récente du pays n’était pas pavée d’épisodes similaires. L’appel du FFS, en 2014, pour la construction d’un consensus national fut ignoré par le pouvoir et l’opposition sans qu’il ait contenu quelque référence au rôle de l’armée.

Quelques mois auparavant, le même parti avait inexplicablement tourné le dos à la conférence de Mazafran qui avait pourtant réuni toutes les autres formations de l’opposition et suscité de réels espoirs d’une action commune salvatrice.

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L’autre tare des partis de l’opposition et que vient de mettre au grand jour l’initiative du MSP, c’est leur incapacité à produire des idées, d’engager, même en interne, des réflexions sur la situation du pays et de faire des propositions sérieuses. Le projet de Abderrazak Makri ressemble à une « feuille blanche ». Pas une seule proposition concrète concernant la prochaine présidentielle et la question du cinquième mandat. Pas même sur la période de transition qui constitue pourtant la substance de l’initiative.

Un peu comme celle qui a valu il y a quatre ans au FFS d’être ignoré et même raillé par ses pairs. Pendant ce temps, le rapport de forces en faveur du pouvoir est parti pour durer. Aussi longtemps que l’opposition continuera à se chamailler pou des feuilles blanches…

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