
L’Algérie a réitéré, mardi soir, son plaidoyer en faveur du maintien de l’aide et de la protection des réfugiés sahraouis, conformément aux obligations et aux engagements consacrés par la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés.
Dans une allocution prononcée à l’occasion de la 77e session du Comité exécutif du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), à Genève, le représentant permanent de l’Algérie, Idris Latreche, s’adressant au Haut-Commissaire, a estimé que l’attention portée aux réfugiés sahraouis ne devait toutefois pas occulter le processus politique visant à s’attaquer aux causes profondes de leur situation.
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« Comme vous l’avez souligné à juste titre, les engagements consacrés par cette convention doivent rester en vigueur. Ils doivent le rester parce que l’aide et la protection internationales ne relèvent pas de la charité, mais constituent des droits fondamentaux et intrinsèques des réfugiés, tant que les causes profondes des déplacements forcés qui les ont contraints à chercher refuge n’ont pas été traitées », a affirmé le diplomate algérien.
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Situation des réfugiés sahraouis : l’Algérie appelle à traiter les « causes profondes »
« Cette analyse s’applique pleinement à la situation actuelle des réfugiés sahraouis. Si le regain d’intérêt pour leurs souffrances, à ce stade précis, est une évolution bienvenue, cette attention ne doit pas occulter le processus politique chargé de s’attaquer aux causes profondes de cette situation », a-t-il insisté.
En tant que pays d’accueil des réfugiés sahraouis depuis plus de cinq décennies et principal contributeur financier à l’amélioration de leurs conditions de vie, l’Algérie appelle la communauté internationale à maintenir et à renforcer son soutien à ces populations contraintes de fuir leur territoire et la colonisation marocaine.
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Réfugiés sahraouis : les trois vérités de l’Algérie
Toutefois, aux yeux d’Alger, toute initiative concernant cette question doit s’appuyer rigoureusement sur les « réalités » du terrain et, surtout, sur trois faits qu’elle considère comme incontestables. La première vérité concerne la spécificité de la situation des réfugiés sahraouis.
« Ceux-ci ne sont pas des réfugiés ayant fui la précarité économique, des conditions climatiques extrêmes ou des guerres civiles internes, mais des personnes déplacées d’un territoire non autonome appelé Sahara occidental. Leur droit inaliénable à l’autodétermination demeure au cœur même de leur détresse », a souligné le représentant de l’Algérie.
La deuxième vérité réside dans le fait que la volonté des réfugiés des camps sahraouis de Tindouf a toujours constitué, et constitue encore, le principe de référence auquel tous doivent se conformer, selon lui.
« Les camps sont ouverts et se caractérisent par leur transparence. Ils accueillent de manière permanente plus de cinq entités des Nations Unies et plus de vingt organisations internationales non gouvernementales. Ils reçoivent également des visites régulières de donateurs internationaux, d’observateurs internationaux et de différents mécanismes des Nations Unies », a-t-il affirmé.
Enfin, la troisième et dernière vérité assénée par le diplomate algérien concerne les principes fondamentaux de l’action humanitaire.
« Même si cela peut sembler relever de l’évidence, je suis fermement convaincu de la nécessité de le rappeler encore et encore : l’aide humanitaire ne doit pas être instrumentalisée à des fins politiques ni servir d’outil de pression politique. La souffrance des réfugiés sahraouis ne doit pas non plus devenir une monnaie d’échange permettant de marquer des points politiques ou de poursuivre des objectifs étroits et égoïstes », a insisté M. Latrèche.
On l’aura compris : il s’agit d’une réponse directe du représentant de l’Algérie à son homologue marocain, qui avait plutôt invité les bailleurs de fonds et les Nations Unies à réorienter l’aide humanitaire vers des solutions durables pour les populations des camps de Tindouf.
Le représentant marocain préconise rien de moins que le rapatriement librement consenti, l’intégration locale ou la réinstallation, afin de mettre fin à un statu quo de plus de cinquante ans.
« À la lumière de ces réalités fondamentales, cette délégation estime, avec une profonde conviction, qu’il faut éviter d’envoyer un message erroné au mauvais moment. Nous devons également éviter le risque de brouiller les distinctions entre les impératifs humanitaires et les réalités politiques », a estimé Idris Latrèche.
« Enfin, nous devons nous abstenir de susciter toute confusion susceptible d’aggraver davantage les souffrances des réfugiés sahraouis, au lieu de leur apporter l’aide à laquelle ils ont pleinement droit », a-t-il complété.
Réfugiés sahraouis : à Genève, Idris Latreche corrige la délégation marocaine
Le diplomate algérien n’a pas manqué de critiquer vertement la position marocaine, estimant que la partie qu’il tient pour responsable de la situation au Sahara occidental ne saurait prétendre donner des leçons sur les solutions durables.
« Il est profondément regrettable, voire surprenant, de voir la partie qui porte la responsabilité première et entière de cette situation tenter de donner des leçons à cet honorable comité sur les solutions durables. Passer du déni absolu à la prétention de détenir une autorité morale dont on se pose soi-même en garant… voilà ce que nous appelons de l’opportunisme dans sa pire expression. En réponse, je tiens à affirmer que la communauté internationale n’est pas aveugle aux faits et qu’elle n’ignore pas les racines de cette situation », a conclu Idris Latreche.