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Rencontre avec Flora Berrefas Lattari, le parcours d’une fierté algérienne à Harvard

Flora Berrefas Lattari raconte à TSA son incroyable parcours de Tizi-Ouzou jusqu’à devenir la première chercheuse algérienne diplômée de Harvard aux États-Unis.

Rencontre avec Flora Berrefas Lattari, le parcours d’une fierté algérienne à Harvard
L'histoire de Flora Berrefas prend racine sur les bancs d'une université algérienne et s'affirme aujourd'hui à Boston / Source : DR pour TSA
Sonia Lyes
Durée de lecture 6 minutes de lecture
Icon Née à Tizi-Ouzou, Flora Berrefas Lattari fait ses études de médecine en Algérie et en France avant de partir aux États-Unis.
Icon Aux États-Unis, elle commence modestement comme assistante médicale, découvre le système de santé américain et se tourne vers la recherche clinique.
Icon Réussite scientifique : Participe à l’étude DERBY sur le traitement de la DMLA, contribuant à la mise sur le marché du médicament Syfovre.
Icon À la Harvard Medical School, elle devient la première femme algérienne diplômée du programme GCSRT, alliant science, rigueur et engagement.
Icon Flora Berrefas Lattari reste très attachée à ses racines kabyles et algériennes, et souhaite transmettre son savoir et inspirer la nouvelle génération de médecins algériens.
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Elle est devenue la première femme algérienne admise et diplômée du programme GCSRT (Global Clinical Scholars Research Training) de la Harvard Medical School aux États-Unis.

Originaire de Tizi-Ouzou, Flora Berrefas Lattari, réside à Washington et a brillé à Cambridge dans une superbe tenue aux couleurs de ses origines.

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Après des études en Algérie et en France, et un ultime diplôme aux États-Unis, elle incarne aujourd’hui une réussite façonnée par la rigueur scientifique, la mobilité académique et un attachement indéfectible à son pays d’origine.

Flora Berrefas Lattari : aux origines d’un parcours hors normes

L’histoire de Flora Berrefas prend racine sur les bancs d’une université algérienne et s’affirme aujourd’hui à Boston, au cœur de l’une des institutions universitaires les plus prestigieuses au monde.

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Originaire de Tizi-Ouzou, Flora Berrefas Lattari, réside à Washington et a brillé à Cambridge.

Pourtant, rien ne prédestinait cette jeune Kabyle de Tizi-Ouzou à Harvard, si ce n’est l’amour de la science et un sens profond du service aux patients.

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Dans un entretien exclusif à TSA Algérie, Dr Flora Berrefas revient sur son parcours dans la recherche clinique : « Il n’a jamais été question d’abandonner. J’ai seulement accepté que le destin m’avait placé sur un chemin où il fallait recommencer, affronter des obstacles pour lesquels je n’étais pas préparée ».

Ce chemin, elle l’a parcouru étape après étape, convaincue que « la science peut véritablement changer le destin des patients ». Désormais, elle souhaite rendre ce parcours utile au plus grand nombre.

Pour comprendre son histoire, il faut revenir au point de départ, Tizi-Ouzou, dans la grande Kabylie, où Flora a vécu une enfance équilibrée. À la fois dans le centre-ville et dans le village familial d’Aguemoun Ath Aïssi à Beni Douala, elle évoque son passé avec affection.

« J’adore Tizi-Ouzou, ma Kabylie, j’adore les montagnes, j’y ai même construit une maison ces dernières années, et c’est vraiment la maison face aux montagnes ! Je reste très attachée à ma terre, à la Kabylie, à l’Algérie », confie-t-elle.

Ces années fondatrices en Algérie

Flora est issue d’une famille modeste qui a toujours cru en son potentiel. Très tôt, sa mère décide de lui apprendre l’anglais, loin de se douter que cela allait lui servir dans sa réussite.

« Ma mère m’a inscrite dans une école privée où j’ai pu apprendre cette langue étrangère. Durant mes quatre années de collège, je consacrais 6 heures par semaine à l’apprentissage de l’anglais, et ça m’a bien servi », se souvient-elle.

En 2010, elle décroche son baccalauréat scientifique et intègre la faculté de médecine de l’Université Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou. Flora va y passer 7 années fondatrices dont elle se souvient encore.

« C’est là que j’ai appris ce que signifie exercer la médecine : observer, écouter, s’adapter, rester fidèle à la dignité du patient même quand les moyens sont limités. C’était le grand point de départ », dit-elle.

Flora en garde une maîtrise solide des fondamentaux et un sens du devoir, une qualité humaine essentielle en médecine. En 2017, elle décroche son diplôme en médecine, fière et prête à passer à l’étape suivante.

Une entrée réussie dans le monde des essais cliniques

L’étape suivante du parcours se trouve de l’autre côté de la Méditerranée, en France. Elle rejoint l’UFR de Santé Médecine et Biologie Humaine de Bobigny, rattachée à l’Université Paris 13, dans le cadre d’un processus d’équivalence.

Là, la future chercheuse va redécouvrir les fondements scientifiques : la pharmacocinétique, la biostatistique et la méthodologie, entre autres.

Elle passe brillamment les examens et est classée parmi les 400 premiers sur 1.200 candidats, mais un changement radical se profile dans sa vie personnelle. Il s’agit du départ aux États-Unis avec son mari, en 2019.

« On a eu l’opportunité de partir aux États-Unis. C’est la vie qui m’a menée vers ce nouveau départ », explique-t-elle. Un départ qui ne se fait pas sans appréhension : « J’avais le sentiment que c’était une année perdue en France. J’étais venue avec une certaine amertume, en me demandant ce que les USA me réservent », poursuit Flora.

L’étape suivante de parcours se trouve de l’autre côté de la Méditerranée, en France.

Malgré une arrivée empreinte d’incertitudes, Flora Berrefas Lattari ne baisse pas les bras. Elle élabore un plan : travailler, comprendre le système de santé américain, puis passer les USMLE Steps (United States Medical Licensing Examination) pour exercer comme clinicienne.

Ses débuts aux États-Unis sont humbles. Elle va d’abord officier comme assistante médicale dans un cabinet de cardiologie et de médecine générale : « Je faisais de tout, l’interrogatoire des patients, la préparation des examens, l’assistance auprès des médecins… ».

Dans ce cabinet, la jeune médecin algérienne découvre un système sanitaire diamétralement différent de ce qu’elle a connu en Algérie ou en France, notamment en ce qui concerne « la documentation, la traçabilité, la maîtrise de l’outil informatique, ce qu’on n’a pas forcément en Algérie ».

Participation à la création d’un médicament révolutionnaire

Son regard clinique se double alors d’une exigence méthodologique. Tout doit être prouvé, enregistré, vérifiable, la leçon lui restera. Et c’est à ce moment-là que tout bascule : son potentiel est repéré, et elle intègre une clinique ophtalmologique où sont menées des études cliniques.

Aux côtés d’un groupe de plus de trente-quatre spécialistes opérant sur deux sites, Flora s’occupe des patients participant aux essais, de la qualité des données et de la conformité aux protocoles.

« Au début, je me concentrais sur la partie opérationnelle. J’étais très pointilleuse, rigoureuse. Chaque détail compte », nous apprend-elle. Puis, elle trouve sa voie : « J’ai découvert un univers où la science rencontre la vie des médecins et des patients au quotidien, une dimension qu’on ne perçoit pas toujours lorsqu’on exerce uniquement comme clinicien ».

À partir de là, la chercheuse algérienne prend le pas sur la clinicienne. Un sentiment qui se confirme lorsqu’une étude débouche sur un traitement qui change des vies.

Flora Berrefas Lattari participe à l’étude DERBY portant sur le « Pegcetacoplan », un médicament développé par Apellis Pharmaceuticals pour ralentir la progression de la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA sèche), une pathologie longtemps restée sans solution thérapeutique.

« Voir une molécule passer du stade des essais cliniques à l’approbation par la FDA fut un sentiment unique, une fierté scientifique et humaine à la fois », dit-elle en toute modestie.

Depuis, le médicament Syfovre est commercialisé. « C’est la preuve que la recherche peut véritablement changer le destin des patients. Pas seulement ceux que nous avons suivis, mais aussi de tous ceux qui, dans l’avenir, verront leur vie transformée grâce à ces progrès », souligne-t-elle.

Quand la carrière s’oriente définitivement vers la recherche

À partir de cette première réussite, l’idée de passer les examens américains se dissipe : Flora Berrefas Lattari reste dans la recherche clinique. Elle rejoint alors Ora Clinical, une CRO (Contract Research Organization) qui travaille sur des études internationales.

Son rôle évolue au fur et à mesure vers l’analyse de données, la détection de signaux de sécurité, la communication avec les investigateurs, la surveillance scientifique continue et l’assurance que « chaque patient participant est en sécurité et entre de bonnes mains ».

Flora Berrefas Lattari va aussi voir la recherche clinique d’un autre œil : « Ayant moi-même un parent atteint d’Alzheimer, j’ai compris que la recherche clinique n’est pas seulement un champ d’investigation, c’est aussi un acte de service rendu aux patients que nous ne connaîtrons peut-être jamais ».

Cette conviction la pousse à aller encore plus loin. En 2023, elle postule au programme GCSRT de la Harvard Medical School, une formation destinée aux professionnels de la santé engagés dans la recherche clinique et translationnelle.

À la Harvard Medical School, son projet portait sur un protocole comparatif en ophtalmologie.

Dans ce programme intensif d’une année, elle suit des cours assurés par le corps professoral de Harvard, des responsables de la prestigieuse revue New England Journal of Medicine, ainsi que des ateliers animés par des sommités, dont un ancien sénateur.

Pourtant, Flora, chercheuse clinicienne et mère de deux enfants, avait candidaté sans grande attente : « J’ai presque oublié que j’avais envoyé ma candidature, je n’avais pas vraiment un énorme espoir ». Elle sera néanmoins invitée à un entretien puis acceptée.

La consécration de la première femme algérienne à Harvard

« Quand j’ai reçu la lettre d’admission par mail, j’ai senti que j’avais enfin construit ce pont entre ma formation à Tizi-Ouzou et Harvard, une des plus grandes institutions de recherches au monde. J’ai ressenti un mélange de fierté, d’humilité, et aussi de responsabilité face au travail qui m’attendait », raconte-t-elle.

C’est ainsi qu’elle devient la première femme algérienne à intégrer et réussir ce programme depuis sa création en 2011 et après qu’un premier Algérien, Salim Bouguermouh, l’a intégré en 2013.

Cette dimension symbolique, Flora l’assume pleinement. « Il fallait qu’une femme aussi le fasse. Pour moi, cela n’a jamais été une compétition entre hommes et femmes, mais une question de visibilité et de légitimité. Les femmes doivent oser se placer là où on ne les attend pas, prendre la parole et occuper l’espace. Ce désir d’égalité sociale, intellectuelle et professionnelle, je l’avais en moi et je l’ai exécuté », expose-t-elle.

À la Harvard Medical School, son projet portait sur un protocole comparatif en ophtalmologie, en lien avec son expertise dans les maladies dégénératives de la rétine. Il est aujourd’hui en cours de discussion pour une mise en application dans un environnement clinique.

En 10 ans, Flora Berrefas Lattari est passée des amphithéâtres de Tizi-Ouzou à la Harvard Medical School.

Lors de la cérémonie de la remise des diplômes, la chercheuse algérienne n’a pas hésité à porter une robe aux motifs berbères, une tenue pesant plus de 4 kg envoyée depuis l’Algérie par DHL.

« Je tenais à porter mes origines avec moi », dit-elle. Flora les portera effectivement sur elle. Car avec une autre tenue plus formelle, elle glisse une broche berbère sur sa veste, symbole des femmes kabyles. Elle représente une région, un pays et une génération de femmes combatives.

Washington découvre la culture kabyle

En parallèle, Flora Berrefas Lattari développe un rôle culturel à Washington. Elle a notamment été invitée par l’ambassade de France à un événement consacré à la poésie francophone, où elle a récité un poème de l’écrivain algérien Tahar Djaout.

Ambassadrice malgré elle, elle fait également rayonner la culture algérienne à Washington : « Je ramène toujours des petits cadeaux autour de moi, des bijoux kabyles, de l’huile d’olive… et ça plaît. Ces attentions suscitent beaucoup de curiosité et d’enthousiasme chez mes collègues américains ».

Aujourd’hui, Dr Flora Berrefas Lattari voit loin. Son avenir professionnel aux États-Unis, mais aussi un engagement clair envers l’Algérie : « Investir mon temps et mon savoir en Algérie est mon devoir, je le vois ainsi. J’ai deux ou trois projets en tête : créer des partenariats, animer des cours magistraux, contribuer à l’innovation thérapeutique, notamment pour les maladies rares ».

Et grâce à son profil multilingue, elle pourrait bientôt superviser des opérations cliniques dans les pays francophones en Europe.

« Chaque pas construit le professionnel que vous deviendrez »

Flora adresse aussi un message puissant aux jeunes médecins et étudiants en médecine algériens, celui de croire en la valeur de leur formation.

« En tant qu’Algériens, on a un côté humain qu’il ne faut pas sous-estimer. Nos universités forment des esprits brillants, et le monde occidental, comme je l’ai vu, a besoin de cette rigueur et de notre sensibilité », affirme-t-elle.

Flora Berrefas Lattari, encourage à persévérer et à voir grand : « Il ne faut pas laisser les gens vous faire croire que votre rêve est trop grand ou trop loin ». « Travaillez avec éthique, ce n’est pas qu’un métier, c’est un engagement envers la vie et la science. Chaque pas, chaque nuit de travail, chaque doute construit le professionnel que vous deviendrez », enchaîne-t-elle.

Forte de son expérience, elle refuse catégoriquement l’idée de l’abandon. Quand on lui demande si elle a déjà pensé à changer de voie, elle répond : « Jamais. Aujourd’hui, plus rien ne me décourage. Je ne me bats plus contre les difficultés, je marche avec elles dans ma vie professionnelle comme dans ma vie personnelle ».

Une praticienne de renommée internationale fidèle à ses pairs algériens

La chercheuse algérienne diplômée de Harvard garde aussi une profonde reconnaissance envers celles et ceux qui ont partagé ses années d’études en Algérie.

« Je reste très attachée à mes anciens amis, confrères et consœurs. Beaucoup exercent aujourd’hui en Algérie ou en France, avec beaucoup de courage et de professionnalisme ».

Elle salue ces professionnels qui « travaillent dans des régions reculées, d’autres qui se sont fait une belle place en France et ailleurs. Tous partagent la même volonté de soigner, d’avancer et de faire honneur à notre formation ».

En 10 ans, Flora Berrefas Lattari est passée des amphithéâtres de Tizi-Ouzou à la Harvard Medical School. Elle a recommencé humblement aux États-Unis et a trouvé sa place.

« Parfois, il faut prendre du recul pour réaliser la portée de ce qu’on fait. La recherche clinique, au-delà des chiffres et des protocoles, offre quelque chose d’immense à ceux qui n’ont plus rien. Elle apporte une forme d’accompagnement, d’attention et d’espoir, là où la médecine classique n’a plus de réponse », conclut-elle.

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