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Rencontre avec Ghezala Cherifi : le combat de la mémoire algérienne en Belgique

Fondatrice de l'association LABA (Les Amitiés Belgo-Algériennes), ancienne élue locale et militante active de longue date, Ghezala Cherifi travaille depuis des années sur les relations entre l'Algérie et la Belgique.

Rencontre avec Ghezala Cherifi : le combat de la mémoire algérienne en Belgique
Recontre avec Ghezala Cherifi, figure engagée de la diaspora algérienne en Belgique. | Source : Facebook Ghezala Cherifi
Sonia Lyes
Durée de lecture 4 minutes de lecture
Clock 4 minutes de lecture

Figure engagée de la diaspora algérienne en Belgique, Ghezala Cherifi œuvre depuis des décennies autour des questions de mémoire, de transmission et de dialogue interculturel.

Fondatrice de l’association LABA (Les Amitiés Belgo-Algériennes), ancienne élue locale et militante active de longue date, elle travaille depuis des années sur les relations entre l’Algérie et la Belgique.

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Elle a récemment réagi dans une tribune à l’entrée de l’écrivain Boualem Sansal à l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique (ARLLFB), après son passage par l’Académie française. Une nomination qui, selon elle, dépasse largement le cadre littéraire.

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Dans un entretien à TSA, elle évoque son combat, la polémique autour de Boualem Sansal, la perception de l’Algérie en Belgique et la place de la diaspora algérienne et le sens de son engagement.

Vous avez récemment critiqué la nomination de Boualem Sansal à l’ARLLFB. Qu’est-ce qui vous a dérangé dans cette décision ?

Je suis quelqu’un qui soutient toute liberté d’expression, chacun a son point de vue, il faut le respecter. Je n’avais pas à critiquer ce qu’il dit. Mais à partir du moment où on commence à donner de fausses informations et à dire des contre-vérités, ça devient problématique.

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J’ai trouvé ça dommage qu’un intellectuel comme lui se soit prêté à ce jeu et se soit laissé instrumentaliser. Quand on est une personnalité publique, on doit assumer ses paroles et veiller à apporter un minimum de justesse, il ne l’a pas fait en affirmant qu’une partie de l’ouest algérien n’appartient pas au pays.

C’est ma région natale, mon père est né à Nedroma, ma mère à Mascara, et moi à Oran. Nos martyrs, nos parents et nos grands-parents se sont battus et sont morts pour cette terre, lui en vient pourtant à nier l’existence même de notre pays.

L’Algérie est ce qu’elle est, mais c’est un peuple qui est debout, qui s’est battu, et on ne peut pas remettre cela en question. Le fait de dénigrer le pays et de dire « l’Algérie, ce petit truc » ou « l’Algérie n’est pas un pays », c’est m’insulter, moi ; c’est une insulte envers nos parents et toute une nation.

C’est une question de respect. Avoir une attitude méprisante envers toute une histoire et de toute une mémoire, c’est quelque chose que je n’ai pas accepté.

Je n’ai rien dit quand ça se passait en France. Il a choisi d’aller en France, de jouer le jeu de l’extrême droite française et des Français nostalgiques de l’Algérie française. Ce choix relevait d’intérêts personnels, il savait bien ce qu’il pouvait gagner à entretenir ce discours.

Et le voilà qui vient en Belgique parce que « déçu » par les Français. Certains ont réalisé, d’une certaine manière, sa « traîtrise », d’autres l’ont qualifié de « harki »…

On peut critiquer un système, chacun a son point de vue, mais répéter des mensonges et des non-vérités, ça, ce n’est pas acceptable.

À travers cette polémique, avez-vous le sentiment que l’Algérie est encore mal comprise en Belgique ?

L’Algérie est très mal comprise, mais elle est un peu responsable, parce qu’elle n’a pas assez bien communiqué. D’ailleurs, la nouvelle génération de représentants, consul général actuel et ambassadeur en Belgique, n’ont pas fait un bon travail de représentation.

Je vois comment agissent les représentants des communautés en Belgique, ils ont une certaine approche avec les autorités belges. Il faut être présent lors de certains moments importants, notamment lors de commémorations. Le déficit de communication a été de la responsabilité de l’Algérie, mais je pense que cela est culturel : l’Algérien sait ce qu’il vaut et n’a pas besoin de s’en vanter.

On a pourtant un patrimoine culturel très riche et diversifié, chaque région a sa propre spécificité, que ce soit au niveau culinaire, vestimentaire, linguistique ou musical. Il y a autant de régions qu’il y a de spécificités culturelles. Mais on n’en parle pas assez, donc cela ouvre la porte aux appropriations des uns et des autres.

Aujourd’hui, l’Algérie est en train de se releveret elle en a les moyens : elle dispose de nombreuses recherches. Désormais, elle doit mieux travailler sa communication.

Aujourd’hui, comment décririez-vous la communauté algérienne en Belgique ?

Déjà, je trouve que c’est dommage qu’on ne fasse pas assez confiance à la diaspora qui a vécu toute sa vie en Belgique, qui connaît très bien les institutions, a fait ses études jusqu’à l’université, et qui a une expertise ainsi qu’une expérience de terrain.

En ce qui me concerne, je travaille dans une institution belge reconnue et appréciée, tout en étant active dans le secteur associatif. Je fais partie des gens qui peuvent créer des ponts, tisser du lien et servir d’interface dans les relations belgo-algériennes ; pourtant, notre engagement et notre utilité restent largement ignorés.

Durant cette mandature, certains d’entre nous, les anciens, ont été mis à l’écart, voire écartés, de toute représentation officielle et des fêtes nationales. Un consul général qui a encore plus divisé la communauté sans jamais se placer au-dessus de la mêlée et qui a colporté des rumeurs, voire proféré des menaces.

Fille de Moudjahid et de Moudjahida et petite-fille de Chahid (martyr), je n’ai pas été respectée.

Nous sommes aussi des ambassadeurs de notre pays.

Tant que nos autorités représentantes ne nous reconnaissent pas, comment voulez-vous que les autorités belges nous reconnaissent !

La diaspora existe depuis presque 80 ans, elle peut créer des ponts. Il y a des Algériens dans tous les secteurs en Belgique, ils ont des compétences à souhait. La communauté algérienne en Belgique se positionne bien, et n’est vraiment pas une communauté à problème.

Vous travaillez depuis des années autour de la mémoire et des relations belgo-algériennes. Qu’essayez-vous de transmettre avec votre association LABA ?

Mon association Les Amitiés Belgo-Algériennes (LABA) asbl est un projet porteur pour l’Algérie, pour l’image du pays et pour son histoire. Ça part d’un vécu personnel et d’un constat.

Comme je le disais, nous restons assez méconnus. Étant une minorité, nous ne sommes pas considérés comme un enjeu électoral majeur. Mais nous avons un lien historique et d’amitié hérité de la guerre de libération, ainsi qu’un parcours migratoire différent de celui des autres communautés étrangères en Belgique.

C’est par la culture qu’on fait passer des messages de vivre-ensemble, même si la dimension économique et commerciale est importante, qu’il est bien que l’on puisse exporter des produits, des matières premières, et un savoir-faire. 

J’insiste sur le fait que notre réalité doit être prise en considération. Les autorités algériennes qui viennent nous représenter doivent être à l’image et à la hauteur de ce qu’on a vécu. On a subi le racisme et les discriminations. Ce passif, eux, ne le connaissent pas. On sait ce que c’est de vivre en Belgique.

La nouvelle génération et ceux qui viennent d’arriver d’Algérie ignorent que s’ils ont une certaine qualité de vie aujourd’hui, c’est parce qu’on s’est battus pour avoir tout ça. Rien n’est acquis.

Pour plus d’informations, consultez www.laba.asbl.be

Courrier : [email protected]

Lien permanent : https://tsadz.co/u8m3o

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