
Et si la mort d’Alex Pretti n’était pas qu’une simple bavure policière ? Abattu à Minneapolis par des agents de la police anti-immigration ICE, cet infirmier de 37 ans est devenu en l’espace de quelques jours le symbole d’une politique américaine qui, sous couvert de lutte contre l’immigration irrégulière, s’apparente de plus en plus à une véritable chasse aux migrants.
Une dérive assumée par l’administration Trump et dont les effets dépassent désormais les frontières des États-Unis.
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Depuis le retour de Donald Trump au pouvoir en janvier 2025, la politique migratoire américaine a pris en effet une nouvelle tournure : opérations massives, contrôles musclés, arrestations spectaculaires, usage de la force, suspension des visas pour 75 pays dont l’Algérie, mise en place de fortes cautions pour certains types de visa et gel même de la « loterie » pour l’obtention de la « Green card ».
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Et tout se fait de manière bruyante et ostentatoire, comme pour punir et dissuader les potentiels candidats à l’immigration.
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La mort d’Alex Pretti s’inscrit dans ce contexte. Les images de l’intervention, diffusées massivement sur les réseaux sociaux, montrent une scène de chaos : un citoyen tentant d’aider une manifestante, gazé, plaqué au sol, puis abattu.
« C’est terrifiant »
Histoire de couvrir la « bavure », la version officielle a accusé la victime de « terrorisme », accusation commode de nos jours, mais qui s’est vite heurtée à une défiance immédiate grâce à de nombreuses vidéos d’internautes qui ont inondé les réseaux.
Sidérée par le drame, la population locale n’a pas manqué d’exprimer sa colère et son indignité. Des milliers de manifestants sont ainsi sortis dans les rues pour dénoncer une police fédérale devenue, selon eux, une force de répression incontrôlée. « C’est terrifiant de voir ceux qui sont censés protéger tuer sous nos yeux », résume une manifestante citée par les médias.
Des anciens présidents des États-Unis alertent
Face à l’onde de choc, les réactions politiques ont été immédiates. L’ex-président américain, Barack Obama a parlé de « tragédie déchirante » et appelé à un « sursaut » contre les attaques visant les valeurs fondamentales des États-Unis.
Bill Clinton, de son côté, a dénoncé des « scènes horribles » et accusé l’administration Trump de mentir sur les circonstances des morts liées aux interventions fédérales. Fidèle à sa réputation et à sa stratégie, Donald Trump a retourné l’accusation en imputant le « chaos » aux démocrates.
Une rhétorique dont il est familier consistant à justifier la violence par l’existence d’un ennemi intérieur-migrants, opposants politiques, médias-et à transformer chaque drame en argument électoral.
Mais au-delà du drame qui n’est pas, du reste, le premier au pays de l’Oncle Sam, ce qui se joue aux États-Unis ne manquera pas d’avoir des incidences sous d’autres latitudes.
La politique migratoire trumpienne inspire en effet certains courants politiques en Europe et agit comme un modèle assumé pour une partie de l’extrême droite.
En France, les propos tenus sur CNews de l’avocat pro-israélien et membre du Conseil d’Etat Arno Klarsfeld évoquant des « grandes rafles » contre les étrangers sous OQTF dont de nombreux ressortissants algériens, inspirées de l’exemple américain sont à ce titre édifiants.
Même s’ils suscitent déjà une polémique, ces propos traduisent une réalité plus profonde : l’idée que la méthode Trump serait non seulement efficace, mais souhaitable.
Dans un contexte marqué par la montée de la xénophobie, de l’ « algérophobie » et par une focalisation croissante sur les musulmans et autres étrangers en situation irrégulière, la référence a de quoi inquiéter, notamment avec la proximité de la présidentielle française prévue l’année prochaine.
Quelles conséquences pour la France ?
Comme on l’a vu récemment avec l’ex-ministre de l’intérieur Bruno Retailleau, les migrants sont de plus en plus présentés comme une menace globale, justifiant, à ses yeux, des mesures d’exception. Exit les droits de l’homme et les conventions internationales.
À un peu plus d’une année de la présidentielle, la France n’est pas à l’abri de l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite. Et comme aux États-Unis, le risque est grand de voir une prétendue lutte contre l’irrégularité se transformer, une fois ce courant arrive au pouvoir, en politique de la peur, de la stigmatisation, où la violence d’État se banalise et où les droits fondamentaux sont bafoués.
Une perspective désastreuse pour l’immigration et qui pourrait chambouler en profondeur les équilibres politiques futurs, autant au niveau interne qu’entre les États.