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Restauration de la Casbah, choix contesté de Jean Nouvel : le wali d’Alger nous dit tout

Restauration de la Casbah, choix contesté de Jean Nouvel : le wali d’Alger nous dit tout

Abdelkader Zoukh, wali d’Alger, revient dans cet entretien, sur la restauration de la Casbah, le choix contesté de Jean Nouvel pour revitaliser la Casbah, l’aménagement de la Baie d’Alger, la circulation automobile, etc.

La Wilaya d’Alger est en charge de la restauration et de la sauvegarde de la Casbah d’Alger. Comment évolue la situation sur le terrain ?

La Casbah d’Alger est un patrimoine mondial de l’Humanité (classée par l’Unesco en 1992). En 2016, le gouvernement a décidé de transférer le dossier de la restauration de la Casbah du ministère de la Culture à la wilaya d’Alger estimant qu’elle est plus proche du terrain. Une enveloppe financière importante a été dégagée par l’Etat. Elle est de l’ordre de 24 milliards de dinars. Nous avons ajouté de notre budget, deux milliards de dinars. Ce montant de 26 milliards de dinars est destiné à une première phase. Entre temps, nous avons nettoyé la Casbah. La Medina était un dépotoir, il y a quatre ou cinq ans. Nous avons même acheté les baudets pour réhabiliter une ancienne tradition. Nous avons également acheté un matériel spécifique pour le nettoyage, mis de l’ordre, crée des espaces de jeu pour les enfants. Nous avons associé 14 bureaux d’études algériens et 17 entreprises algériennes spécialisées dans la restauration et la réhabilitation. Plus de 1400 emplois ont été crées. Nous avons lancé les travaux à partir de 2016. Je n’ai rien à cacher. Je suis en train de restaurer la Casbah avec les deniers publics, les entreprises et les bureaux d’études algériens.

Quels sont les espaces et bâtisses qui ont été restaurés ?

Au niveau de la Citadelle, le quartier et la mosquée des Janissaires ainsi que le bain et les salles d’eau du Dey sont déjà restaurés. La mosquée du Dey est à 95 % de la restauration. Celle-ci est déjà entamée dans les palais du Dey et des beys, la poudrière, la mosquée El Barani, le palais Hassan Pacha, le palais Dar Essouf et Dar Essadak, le mausolée Sidi Abderrahmane, les maisons et les douirettes. Nous appliquons le plan élaboré par le ministère de la Culture. Nous n’avons pas démarré de zéro puisque le Plan Permanent de la sauvegarde de la Casbah existe (depuis 2003). La meilleure opération que nous avons fait et qu’on ne peut apercevoir est que nous avons rénové tout le réseau souterrain d’assainissement et des eaux pluviales. Les travaux, qui étaient pénibles, ont été menés par une entreprise algérienne.

Les eaux souterraines posaient un vrai problème à la Casbah…

Le problème est réglé. Les travaux touchent à leur fin. Il faut savoir que la restauration de la Casbah s’intègre au plan stratégique d’Alger, 2015-2035. La réhabilitation du vieux bâti, les espaces verts, l’éclairage public et l’éradication des bidonvilles font partie de ce plan. N’avez-vous pas constaté qu’Alger est en train de changer? Savez vous que depuis juin 2014 et jusqu’à aujourd’hui, plus de 100.000 familles ont été relogées. Nous avons récupéré 350 hectares que nous avons injecté comme des projets. Oued El Harrach, la baie d’Alger, la Mosquée d’Alger, c’est cela le plan stratégique.

Il n’y a donc pas que la restauration de la Casbah d’Alger..

La restauration de la Casbah fait partie d’un tout. Elle est intégrée à un plan stratégique. L’architecte français Jean Nouvel va nous donner des idées sur la manière de revitaliser la Casbah. Nous voulons un retour de l’artisanat, des commerces et des restaurants à la Casbah. Nous voulons que la vie retourne à la Casbah. Actuellement, des touristes visitent le quartier. Nous voulons que la Casbah devienne un véritable endroit touristique à l’instar du Jardin d’Essai d’El Hama qui a enregistré plus de 1, 8 million de visiteurs cette année. Nous aspirons à ce que cet engouement soit identique, sinon plus, à la Casbah. Et, pour se faire, il faut préparer les conditions.

Pourquoi justement le choix de Jean Nouvel qui est plus connu comme un architecte concepteur que comme un architecte de patrimoine ?

Nous avons une Convention de coopération avec le Conseil d’Ile de France (région parisienne). Ils ont bien voulu nous aider. Nous avons désigné un architecte qu’eux même se chargent de payer. La wilaya d’Alger ne donnera aucun sou à Jean Nouvel. L’architecte va nous accompagner et nous conseiller pour le plan stratégique et la restauration de la Casbah. Il va se charger des études et de la réflexion. Les gens ne doivent pas se tromper, l’architecte ne fait pas de travaux. Jean Nouvel est un grand architecte. Quand, j’ai visité l’Institut du Monde Arabe (à Paris), j’ai appris beaucoup de choses sur l’islam et sur le monde arabe. L’œuvre de Jean Nouvel m’a parlé ! Donc, c’est une chance pour nous d’être accompagné par un architecte mondialement connu. Le Musée du Louvre de Abu Dhabi est sa dernière œuvre.

Des personnalités de plusieurs pays ont signé une lettre pour contester le choix de Jean Nouvel pour le projet de « revitalisation » de la Casbah d’Alger. Selon elles, le quartier est vivant par ses habitants. Qu’entendez vous par « revitalisation » ?

Les gens sont malintentionnées et font dans la philosophie. Pourquoi, ils s’occupent de nous? En quoi cela les regarde? Ils ne m’intéressent pas. La Casbah d’Alger n’est pas leur affaire. C’est notre affaire.

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Ils pensent que Jean Nouvel n’est pas qualifié pour restaurer la Casbah

La mission de Jean Nouvel n’est pas de restaurer la Casbah d’Alger, mais de donner des idées. Par exemple, il nous a conseillés que les futurs bâtiments de la baie d’Alger ne dépassent pas en hauteur le minaret de la Grande Mosquée. Il nous a conseillé aussi d’avoir beaucoup de fenêtres de verdure. Nous avons retenu Jean Nouvel dans une liste d’architectes. La commission chargée de cela a choisi le meilleur. Il va nous conseiller pendant deux ans. Il va installer une équipe pour réfléchir au projet et proposer une conception. Il faut qu’on nous laisse travailler, surtout qu’il s’agit d’une occasion qu’il ne faut pas rater. Jean Nouvel travaillera avec des architectes algériens. Il faut également savoir que 100 architectes algériens travaillent actuellement sur le plan stratégique d’Alger et sur la Casbah. Nous avons besoin des architectes pour la mise à niveau du plan de sauvegarde de la Casbah et pour suivre les évolutions. Une étude, qui est toujours un produit périssable, a besoin d’être revue.

Les personnalités qui ont signé la lettre pour demander à Jean Nouvel de se retirer ont rappelé que les français, à l’époque coloniale, ont détruit à trois reprises la Casbah d’Alger (d’une manière partielle)…

Pourquoi, ils n’évoquent pas Maurice Audin, un français assassiné par d’autres français parce qu’il a pris position pour l’indépendance de l’Algérie. J’ai beaucoup de respect pour lui et pour ce qu’il a fait.

La Casbah est un patrimoine vivant. Certains pensent qu’il faut déplacer la population pour réhabiliter le quartier. D’autres plaident pour le contraire. Quelle est votre vision ?

Si on parle de revitalisation, c’est justement pour ne pas déplacer la population. Nous voulons que les habitants restent, nous voulons sentir les odeurs et les parfums de la Casbah d’Alger, nous voulons voir les fontaines et les ruelles du quartier, nous voulons une Casbah à l’identique. On parle de restauration, pas de réhabilitation. Il n’y aura pas de casse.

Travaillez vous avec le mouvement associatif de la Casbah ?

Bien sûr. Je remercie Houria Bouhired (présidente de l’Association Sauvons la Casbah d’Alger ) d’avoir offert un tableau à Jean Nouvel et une tenue algéroise à Valérie Pécresse ( présidente du Conseil régional d’Île-de-France). C’est pour vous dire que les gens de la Casbah adhèrent pleinement à notre démarche. Nous faisons tout en concertation avec le mouvement associatif. Ses représentants ont été invités à un dîner avec Jean Nouvel à Alger.

Où en êtes vous dans les opérations de réhabilitation du vieux bâti d’Alger ?

520 entreprises et 120 bureaux d’études algériens sont engagés dans ces opérations. C’est un chantier-école qui a crée plus de 12.000 postes d’emploi. En 2019, on va injecter plus d’argent dans ces opérations. Jusque-là, nous avons retenu une enveloppe de 50 milliards de dinars. Le montant consacré à la Casbah n’en fait pas partie.

A la fin de l’application du plan stratégique d’Alger que va-t-il changer dans la capitale ?

Avez-vous vu la Place des Martyrs? Le Square Port Said? On veut redorer son blason d’or à la capitale. Alger la blanche, Alger la perle ! Alger est belle avec sa blancheur, la verdure, l’éclairage public, etc. Nous avons mis en lumière Maqam Echahid et Notre Dame d’Afrique et nous allons continuer de le faire pour tous les bâtiments emblématiques d’Alger. Nous voulons réguler la circulation motorisée à Alger. A cet effet, une entreprise mixte algéro-espagnole a été crée en 2016 (Mobial). L’entreprise va installer plus de 500 feux tricolore dans la capitale. Alger change, vous le constatez. Au lieu de venir nous donner des idées, les gens nous crée des problèmes pour des raisons que j’ignore.

Quels sont vos projets pour les Sablettes (façade maritime Est d’Alger) ?

La Promenade des Sablettes gardera cette vocation. Il n’y aura pas de bâtiments dans cet endroit

On a pourtant parlé d’un projet de construction de gratte-ciel dans cet endroit. Qu’en est-il ?

Des constructions sont prévues au niveau du terrain occupé par Naftal (au Caroubier, à l’Est d’Alger), pas aux Sablettes. On va déplacer le centre de Naftal. Nous avons demandé à Jean Nouvel de nous donner une idée. Peut être qu’on va construire des sièges d’entreprises, je n’en sais rien pour l’instant.

Vous insistez beaucoup sur la Baie d’Alger. Pourquoi ?

Nous avons le plus beau amphithéâtre méditerranéen. Et, on ne fait que tourner en rond !

Avez vous une date pour l’ouverture de la Grande Mosquée d’Alger ?

C’est le ministère de l’Habitat qui gère le projet.

Avez vous pensé à la circulation automobile dans cet endroit après l’ouverture de la Mosquée?

Au niveau de la Grande Mosquée, il existe un parking de 4000 places en sous-sol. Mobial va s’occuper de la régulation de la circulation à cet endroit et dans toute la capitale. Nous travaillons pour rendre la circulation, la plus fluide possible, à Alger. A cet effet, Mobial a fabriqué en Espagne du matériel exclusivement pour Alger.

Alger ne vit pas la nuit. Que faut-il faire pour que la ville ouvre le soir ?

Notre rôle c’est l’éclairage public, la sécurité, la prise en charge des SDF, les patrouilles de police…Nous ne pouvons pas obliger les gens à sortir de chez eux le soir.

Oui, mais, il n’y a rien le soir à Alger avec des cafés, des boutiques et des restaurants qui ferment à 18h

Notre mission est de créer les conditions. Le reste, c’est l’affaire de tous, pas uniquement celle des autorités. Le citoyen a aussi sa part de responsabilité. Les gérants des boutiques et des restaurants sont libres (d’ouvrir ou de fermer). Nous ne pouvons rien leur imposer. C’est à eux de prendre l’initiative d’ouvrir la nuit. C’est une question de mentalité. Nous avons fait beaucoup de sensibilisation auprès des maires pour cela, mais également pour enlever le linge et les antennes paraboliques individuelles des bâtiments. Nous avons réhabilité les terrasses et les espaces de la lessive (beit essaboun).

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