Société

Retard dans la vaccination en Algérie : tous responsables ?

L’Algérie fait face à une explosion exponentielle du nombre de cas de contamination au covid-19. Le pays est au bord de la catastrophe du fait de la saturation des structures hospitalières et de l’insuffisance des moyens de prise en charge des malades.

Sans être l’unique facteur de la dégradation de la situation sanitaire, le faible taux de vaccination de la population a contribué à la propagation du virus.

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On parle de 2.5 millions de citoyens vaccinés, ce qui est loin de l’objectif annoncé avec assurance par les autorités il y a quelques mois qui est d’administrer le vaccin à 70 % de la population, estimée à 45 millions d’habitants.

Ce taux est réalisé dans de nombreux pays occidentaux qui sont en passe de retrouver une vie normale après plusieurs mois de cauchemar. En Algérie, c’est le scénario contraire qui s’est produit.

La situation était l’une des plus stables au monde pendant la première moitié de l’année 2021 avant de se dégrader gravement depuis quelques semaines. Le vaccin est l’un des facteurs qui ont fait la différence, c’est indéniable.

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L’Algérie paye aujourd’hui le prix de l’irrésolution, des erreurs de gestion et de la réticence d’une partie de la population à se faire vacciner. Pendant l’automne dernier, et alors que le président de la République était hospitalisé en Allemagne, on a trop parlé de la vaccination sans pour autant franchir le pas et opter pour l’un des vaccins mis sur le marché.

Le mot d’ordre était de temporiser et de faire montre de prudence pour opter pour le vaccin « le plus sûr et le plus efficace ». Les officiels qui s’étaient exprimés sur le sujet avaient expliqué que les autorités attendaient que les vaccins soient validés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Le 20 décembre, de sa chambre d’hôpital en Allemagne, le chef de l’Etat ordonne le début de la campagne de vaccination avant la fin du premier mois de la nouvelle année. Ce qui fut fait.

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Une campagne mal préparée ?

Les premières doses du vaccin russe Spoutnik-V arrivent à Alger le 29 janvier et la campagne démarre dès le lendemain. La deadline présidentielle a été respectée in-extrémis, mais beaucoup de temps avait été perdu.

La suite sera une vaccination « symbolique ». Jusqu’au mois de mai, les quantités acquises des trois vaccins (russe, chinois et britannique) n’ont même pas suffi à prendre en charge le corps médical, le plus exposé à la maladie, et les catégories vulnérables de la population.

Pendant toute cette période, le gouvernement s’est gardé de mener une campagne tapageuse en faveur de la vaccination, peut-être dans le souci d’éviter de submerger les structures dédiées à cet effet à cause de la faiblesse de l’offre. Il n’a pas donné toutes les raisons à l’origine du retard dans la campagne de vaccination anti-covid. Le gouvernement, qui n’a pas joué la transparence, pendant des mois, s’est contenté d’avancer l’argument de la tension mondiale sur les vaccins, mais ce dernier n’est pas le seul.

Mais même lorsque le vaccin commence à arriver en quantité en juin, on n’a pas assisté à la « vaccination de masse » promise. Beaucoup de citoyens ont montré une certaine réticence à se faire vacciner.

Ce qui se colportait sur les réseaux sociaux a fait son effet, notamment les effets secondaires graves qu’on a prêtés aux différents vaccins. A cette catégorie s’ajoutent les habituels sceptiques, qui ne croient même pas à l’existence du covid. Cette inconscience, en plus de celle de ne pas observer les mesures de protection, fait aujourd’hui frôler la catastrophe au pays.

La récente dégradation de la situation sanitaire a, semble-t-il, frappé les esprits. Les centres de vaccination sont pris d’assaut, mais un autre problème s’est posé.

La campagne est loin d’être bien préparée. En tout cas, au vu de ce qui s’y passe quotidiennement, les structures dédiées à l’opération ne donnent pas l’impression d’être outillées du point de vue matériel, humain et organisationnel, pour gérer un flux important de patients.

Le résultat est que des scènes d’anarchie et de longues files d’attente sont quotidiennement partagées quotidiennement sur les réseaux sociaux. La plateforme numérique mise en place par le ministère de la Santé pour prendre RDV pour se faire vacciner ne fonctionne pas. Des citoyens s’y sont inscrits, mais ils n’ont obtenu aucun RDV.

Et ce sont ces mêmes réseaux sociaux qui tentent de suppléer les pouvoirs publics dans une autre de leurs missions qu’ils n’assurent curieusement pas, celle d’orienter, à travers les médias lourds, les citoyens vers les structures où ils peuvent se faire vacciner.

On a beaucoup entendu ces derniers mois un discours rassurant sur la capacité de l’Algérie à relever le défi grâce à sa longue tradition dans la vaccination et la disponibilité des structures et d’un personnel formé. Ce qui n’est pas faux, sauf qu’on a perdu de vue qu’il s’agit cette fois de vacciner presque toute la population d’un trait.

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