search-form-close
Royaume-Uni : les conservateurs perdent leur majorité absolue

Royaume-Uni : les conservateurs perdent leur majorité absolue

REUTERS/Peter Nicholls
La Première ministre Theresa May quitte le quartier général de campagne des conservateurs, vendredi 9 juin.

Coup de tonnerre outre-Manche ! Confirmant des estimations publiées jeudi soir à la fermeture des bureaux de vote, les résultats définitifs – encore partiels – entérinent la perte de la majorité absolue conservatrice. Les travaillistes, eux, gagnent pour l’heure plus de 30 députés à la Chambre des communes, dans une élection anticipée censée donner un mandat clair à Theresa May pour négocier le Brexit.

Pour l’heure, les Tories enverraient 318 Members of Parliament à Westminster (la majorité absolue se situe à 326 sièges) contre 261 pour le Labour. (Crédits : Statista*)

 

[Article publié à 23h05 le 8 juin, mis à jour à 7h52 le 9 juin]

Theresa May a perdu son pari. Non seulement les conservateurs ne parviendront pas à amplifier leur majorité absolue (de 5 sièges actuellement), dans cette élection générale anticipée, mais ils perdent pour le moment 12 sièges, tandis que les travaillistes en gagneraient 31, selon les résultats définitifs de 646 circonscriptions sur 650.

Pour l’heure, les Tories enverraient 315 Members of Parliament à Westminster (la majorité absolue se situe à 326 sièges) contre 261 pour le Labour. Les nationalistes écossais perdent une vingtaine de sièges par rapport à 2015 et les libéraux-démocrates en gagneraient quatre (12 députés). Pas de majorité absolue donc, ce qui mène automatiquement à un Hung Parliament (parlement suspendu) et à des négociations pour former une coalition. Ou alors à la constitution d’un gouvernement de minorité conservateur.

Les estimations à la sortie des urnes, telles que présentées par la BBC et Sky News jeudi soir.

Theresa May en danger

Certes les conservateurs remportent une majorité relative de députés, avec près de 50 sièges d’avance sur les travaillistes, mais les résultats de cette élection viennent sanctionner une campagne ratée de la Première ministre Theresa May. Après un rétropédalage chaotique sur la réforme de la protection sociale et un mauvais bilan en tant que ministre de l’Intérieur mis en exergue, tragiquement, par les deux attentats terroristes de Manchester et du London Bridge, la Première ministre se retrouve ce vendredi en grande difficulté. En perdant une majorité absolue qu’elle comptait amplifier, la locataire du 10 Downing Street va se retrouver sous le feu des critiques, aujourd’hui, au sein de son propre parti. Difficile de l’imaginer, dans ces conditions, emmener un gouvernement conservateur après l’élection ou une coalition avec le DUP nord-irlandais.

| Pour plus d’informations sur le système électoral : Les Britanniques votent, mode d’emploi de ces élections cruciales

Autre enseignement à tirer de ces résultats provisoires, le pari plutôt réussi, au contraire, de Jeremy Corbyn. Malgré une cote de popularité en berne auprès de ses députés et des électeurs travaillistes et une ligne difficile à tenir en ce qui concerne le Brexit, le dirigeant du Labour a mené une bonne campagne, basée sur un programme de justice sociale (renationalisation du rail et de la poste, augmentation du salaire minimum et du budget de la sécurité sociale) qui a visiblement plu aux Britanniques. Pour les travaillistes, la berezina promise au début de la campagne (certains observateurs et sondages prévoyaient le pire résultat depuis 80 ans) est loin d’avoir eu lieu.

La livre sterling décroche

La victoire du soir revient aux sondeurs, qui paraissent avoir parfaitement identifié la remontée des travaillistes ces dernières semaines. YouGov, qui prévoyait mercredi 269 sièges pour les travaillistes et un peu plus de 300 sièges pour les Tories, a visiblement trouvé la bonne méthodologie pour anticiper les résultats d’un système uninominal à un tour très difficile à analyser (en 2015, l’institut s’était trompé de 7 points). Selon les deux premiers résultats officiels communiqués jeudi soir à Newcastle et à Sunderland (Nord-est), où les travaillistes ont amplifié leur avance sur les conservateurs, la participation est en hausse, justement ce que prévoyait YouGov.

A la suite de la publication des estimations à la sortie des urnes, la livre sterling a perdu plus de deux cents contre le dollar. Vers 21h20 GMT, la devise britannique se traitait en baisse de 1,7% à 1,2734 dollar après avoir reculé jusqu’à 1,2705, un plus bas depuis l’annonce de la convocation des élections anticipées le 18 avril, et elle décrochait également contre l’euro. En effet, au-delà de l’incertitude qui entoure la composition de la future majorité parlementaire et a fortiori le nom du prochain Premier ministre (ou de la prochaine Première ministre), ces résultats jettent le doute quant à la position du pays sur le Brexit. Entre le hard Brexit de Theresa May et le soft Brexit promu par Jeremy Corbyn, pour le moment, impossible d’y voir plus clair, à tout juste 10 jours du coup d’envoi des négociations.

Lire aussi : Royaume-Uni: Theresa May peut-elle perdre l’imperdable ?

 

 « Plus d’information sur l’économie et la finance sur latribune.fr »

  • Les derniers articles