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Sahara algérien : stockage et contrebande, deux enjeux de la filière céréales

Avec le développement de la production céréalière dans le sud algérien, les professionnels font face à un problème logistique

Sahara algérien : stockage et contrebande, deux enjeux de la filière céréales
Sahara algérien : les enjeux de la filière céréales. / DR
Djamel Belaid
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Dans le sud de l’Algérie, les parcelles d’orge sont à l’épiaison et déjà les services agricoles se préoccupent de l’organisation des prochaines moissons.

Une nouveauté, des investisseurs réclament la possibilité de stocker la récolte à leur niveau pour « gagner du temps » et être « plus efficace ».

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Cette demande n’est pas nouvelle, elle a déjà été formulée en 2025 par la profession. Dernièrement, c’est Abdelghani Benali, le secrétaire général du conseil interprofessionnel de la filière céréales (CNIFC) qui est revenu à la charge lors d’un entretien avec la presse nationale.

Stockage à la ferme

Interrogé à la suite d’une réunion ministérielle de préparation de la campagne de moissons, il a déclaré : « Nous avons proposé de stocker directement chez les grands agriculteurs pour diminuer la distance entre les moissonneuses-batteuses et les camions, gagner du temps et être plus efficaces ».

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Il a expliqué que dans de nombreux pays, les grains sont stockés à la ferme avant d’être transférés vers les centres de stockage. « En Algérie, ce système n’existe pas encore. Il faut commencer à y réfléchir surtout à cause de l’éloignement des zones de production », a-t-il plaidé.

Dans le sud, malgré la création de nouveaux centres de collecte, les distances entre les champs et ces centres sont grandes. Dans de nombreux cas, les camions semi-remorques lourdement chargés de grains doivent emprunter des pistes interminables.

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Chaque année, les CCLS préparent une logistique devant permettre à une noria de camions de faire des aller-retours entre les zones de moissons et celles de stockage.

En cas de retards des camions, les engins de récolte doivent s’arrêter ou vider leur trémie sur des bâches disposées à même le sol. Une solution qui implique des « ruptures de charges » coûteuses car il faut ensuite recharger les grains dans les camions lorsqu’ils sont de retour. Une tâche en partie manuelle lorsqu’il s’agit de pousser les grains vers la vis sans fin utilisée.

Or, avec des rendements moyens de 40 quintaux de blé et des « pic de 90 quintaux » à l’hectare selon Abdelghani Benali, les quantités de grains récoltées sont importantes et n’ont rien à voir avec celles récoltées au nord.

L’arrêt momentané des engins de récolte se traduit par un manque à gagner. Quant aux épis mûrs ils sont à la merci des moineaux et d’éventuelles tempêtes. « Tout retard d’approvisionnement ou de moisson impacte directement le rendement », affirme ce professionnel.

La stratégie de l’Office algérien des céréales (OAIC) est de faire rentrer au plus vite les récoltes dans ses silos régionaux ce qui permet d’évaluer le niveau de la production locale et donc de prévoir le niveau des importations nécessaires. Aussi, le fait que des lots de grains puissent être entreposés quelques jours ou quelques semaines hors des structures des CCLS serait nouveau. Une question délicate d’autant que des risques de détournements sont possibles.

Quintaux « harragas »

En 2013, une remarquable étude disponible en ligne réalisée dans le Touat (Adrar) par deux universitaires (1) dressait un constat troublant. En 2003, la collecte de la CCLS d’Adrar s’est établie à près de 67.000 quintaux, une quantité équivalente au rendement d’une cinquantaine de pivots.

Or, les images satellitaires utilisées par l’étude permettaient de recenser à la même date 80 pivots.

La quantité collectée par la CCLS locale « ne correspond qu’aux deux tiers du nombre de pivots recensés » faisait remarquer l’étude qui conclut qu’une part non négligeable de la production « échappe à la statistique et se trouve commercialisée directement sur le marché local et national, voire international (Mali) ».

Les auteurs faisaient remarquer que « des agriculteurs interviewés en mars 2008 commercialisent une part de leurs productions de blé et de fourrages vers le Mali de façon directe ou par des mandataires du commerce transsaharien. »

Aux quintaux de blé « harragas » (qui passent les frontières), il faut ajouter ceux qui sont frauduleusement utilisés pour engraisser les moutons. Un phénomène largement documenté par des études universitaires dont celle parue en 2016 par les époux Kanoun en zone steppique.

Pour le représentant du CNIFC, la question du stockage provisoire est donc posée. Plus généralement, il préconise la concertation : « Si l’agriculteur n’est pas impliqué, nous risquons de revenir en arrière et rencontrer des problèmes encore plus graves ».

En effet, le stockage provisoire à la ferme présente d’autres avantages que la fluidité de la logistique. Il permet d’avoir le temps nécessaire pour analyser le taux de protéines du grain et de constituer des lots de blé dur de qualité supérieure.

Des lots indispensables au secteur de la transformation pour la confection de pâtes alimentaires et de couscous dont le premier caractère est la tenue à la cuisson. Pour cela l’aspect du grain de blé dur doit être doré, faute de quoi à la place de semoule, il donne une forte proportion de farine.

Ce changement de paradigme de la filière céréalière algérienne pourrait être encouragé par l’implantation à Timimoun de l’italien Bonifiche Ferraresi (BF) qui vise la culture de 36.000 hectares de blé.

En Italie, cette entreprise surfe sur la vague des pâtes de marque Senatore Cappelli dont elle reçoit d’importantes royalties. Les consommateurs lui reconnaissent « un goût beaucoup plus prononcé que les autres types et se cuit très bien » selon la presse spécialisée.

Un résultat obtenu par l’utilisation d’une variété issue d’Afrique du Nord – au nom aujourd’hui italianisé – et par des apports conséquents d’engrais azotés ajustés au kilo près.

En Algérie, lors de la collecte, une grande partie des variétés sont mélangées dans les silos. Quant à la fertilisation azotée, bien que subventionnée par les pouvoirs publics, elle est uniforme sur tout le territoire quels que soient les terroirs ou les variétés. Parfois, elle est tout simplement inexistante.

Résultat, ce cri de désespoir, relevé dans la presse, de la part de l’épouse d’un agriculteur algérien : « on ne sait plus si c’est de la semoule ou de la farine » après qu’elle ait utilisé le blé produit par son mari pour confectionner de la galette.

La demande de stockage du représentant de la filière céréale pourrait ouvrir une ère nouvelle, celle de la qualité. Encore faudra-t-il trouver la parade pour éviter que des quintaux de blé « échappent à la statistique ».

Note : (1) Tayeb Otmane et Yaël Kouzmine. Bilan spatialisé de la mise en valeur agricole au Sahara algérien. Mythes, réalisations et impacts dans le Touat-Gourara-Tidikelt

Lien permanent : https://tsadz.co/csbk1

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