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Sahara occidental : la position ambiguë de Washington

John Sullivan, secrétaire d’État américain adjoint, a choisi d’entamer une tournée maghrébine presque au même moment que l’allemand Horst Koehler, l’émissaire du SG de l’ONU pour le Sahara Occidental.

Simple coïncidence d’agendas? Jeudi 28 juin, à Alger, John Sullivan, qui a dirigé le département d’État pendant vingt-cinq jours en avril 2018 après le départ de Rex Tillerson, a co-présidé avec Abdelkader Messahel, ministre des Affaires étrangères, la 5ème session du dialogue sécuritaire entre l’Algérie et les États-Unis.

Le combat contre le terrorisme et le radicalisme et la lutte contre les flux migratoires clandestins et contre toutes les autres formes de crimes transfrontaliers étaient à l’ordre de ce dialogue stratégique. Idem pour la situation en Libye, au Mali et dans toute la région du Sahel.

Alger et Washington se réunissent et se concertent régulièrement aussi sur les questions militaires à travers un autre format de dialogue dont la dernière session en date s’est tenue à Alger en février 2018.

Selon Messahel, les relations entre l’Algérie et les États-Unis sont exceptionnelles. Pour entretenir ce bon sentiment, John Sullivan a évité d’aborder le dossier du Sahara occidental à Alger.

Mais, vendredi 29 juin à Rabat, il s’est clairement prononcé en faveur du plan d’autonomie marocain. « C’est un plan sérieux, réaliste et crédible, capable de satisfaire les aspirations de la population du Sahara Occidental », a déclaré J. Sullivan lors d’un point de presse conjoint avec le ministre marocain des Affaires Étrangères, Nasser Bourita, rapporte l’AFP.

Appui au plan de Rabat

Le numéro deux de la diplomatie américaine a, en fait, répété les mêmes expressions utilisées en avril 2017 par Michele Sison, représentante permanente adjointe des États-Unis à l’ONU, qui a précisé que le plan marocain est « une démarche potentielle en faveur de l’autodétermination du peuple du Sahara Occidental ».

En mars 2016, Kurtis Cooper, porte-parole de la mission américaine auprès de l’ONU, a également soutenu le plan marocain considéré comme « une approche potentielle qui pourrait satisfaire les aspirations du Sahara occidental ».

Donc, au fil des ans et malgré le changement de l’Administration à Washington, les États-Unis gardent la même position d’appui au plan de Rabat pour le Sahara Occidental.

Les États-Unis considèrent le Maroc comme un allié stratégique de premier plan après les membres de l’OTAN. Par conséquent, John Sullivan a choisi Rabat pour exprimer la position des États-Unis par rapport au dossier du Sahara Occidental alors qu’à Alger, il a préféré parler de sécurité et d’économie en mots soignés.

La position américaine peut paraître contradictoire. En témoignent, ces déclarations de J. Sullivan : « Nous soutenons le processus diplomatique de l’ONU et les efforts pour trouver une solution durable, politique et mutuellement acceptable au conflit qui apporte l’autodétermination au peuple du Sahara occidental ».

Les Nations Unies peinent à rassembler les représentants du Maroc et du Polisario pour relancer efficacement les négociations, entamées en juin 2007, dans ce qui est connu comme « le processus de Manhasset », du nom de l’endroit où se tiennent les réunions, dans la périphérie de New York.

Probable pression sur l’ONU

Des négociations qui font suite aux accords de Houston de 1997 établis entre le Maroc et le Polisario sous la direction de James Baker, alors émissaire de l’ONU pour le Sahara Occidental.

Le Polisario demande à ce que les négociations se fassent sans conditions alors que Rabat estime que la discussion doit se faire autour du plan appelé « Initiative marocaine pour la négociation d’un statut d’autonomie de la région du Sahara », détaillé en 35 points.

« Le plus important est notre dialogue avec le gouvernement marocain et notre soutien à ce que nous considérons comme un plan sérieux et réaliste », a estimé John Sullivan à Rabat.

Autrement dit, Washington est favorable aux négociations entre le Maroc et le Polisario mais sur la base du plan marocain, perçu comme « une option potentielle pour apporter une solution à la question du Sahara ».

À suivre les méthodes de Donald Trump, le président américain, il est fort possible que les États-Unis fassent des pressions sur les Nations Unies pour aller dans ce sens, même si la résolution du conflit du Sahara Occidental ne paraît pas être une priorité pour la diplomatie internationale, plus préoccupée par la question iranienne et la situation en Syrie, en Irak et au Yémen ainsi que le dossier des migrants clandestins.

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