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Sahara occidental : vers une crise ouverte entre Rabat et Moscou ?

« Elles (les autorités marocaines) n’ont aucun problème à se fâcher avec tout le monde », disait le journaliste espagnol spécialiste du Maghreb Ignacio Cembrero, dans un entretien accordé en juin dernier à TSA, en pleine crise migratoire avec l’Espagne.

Cette fois, la monarchie semble s’être fâchée avec une puissance mondiale, membre du conseil de sécurité de l’ONU, la Russie en l’occurrence, à laquelle elle reprocherait ses positions dans le dossier du Sahara occidental.

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Bien qu’aucun officiel ne se soit exprimé de part et d’autre sur la question, plusieurs événements qui se sont succédé ces dernières semaines laissent deviner une crise latente entre les deux pays.

Le 5 octobre, le Maroc a décidé unilatéralement de suspendre toutes les liaisons aériennes avec la Russie. La raison invoquée officiellement est la dégradation de la situation sanitaire en Russie, qui connait une forte vague du variant Delta du Covid-19.

L’explication a tenu la route pendant quelques jours, jusqu’à ce que Moscou annonce le report du forum économique Russo-arabe prévu le 28 octobre en cours au Maroc.

L’annonce a été faite le 11 octobre par l’ambassade de Russie au Caire. Dans sa correspondance à la Ligue arabe, la représentation russe a motivé le report par le programme du ministre russe des Affaires étrangères, Serguei Lavrov, qui ne pourra pas être présent au Forum à cause d’un changement dans l’agenda du président Vladimir Poutine.

Les analystes y voient une réplique immédiate de Moscou à la décision de Rabat de suspendre les vols entre les deux pays, qui serait elle-même prise en réaction aux positions de la Russie sur la question sahraouie.

Ce que nie avec véhémence la presse du royaume. Le 360.ma, réputé proche du Palais royal, a soutenu dès le 13 octobre que la suspension des liaisons aériennes est motivée par seule la situation sanitaire en Russie et que le forum reporté se tiendra bel et bien au Maroc, en novembre ou décembre.

Une crise à la veille d’une résolution cruciale du Conseil de sécurité

Le journal a cité un haut responsable du ministère marocain des Affaires étrangères et là aussi, la dénégation est balayée par ce qui s’est passé mercredi 20 octobre : une délégation du Front Polisario est reçue à Moscou par un très haut responsable de la diplomatie russe.

La délégation sahraouie, composée de l’envoyé spécial du SG du Front Polisario, Abi Bouchraya Bachir, du coordinateur des relations avec la Minurso, Sidi Mohamed Omar et du représentant du Polisario à Moscou, Ali Salem Mohamed Fadhel, a été reçue par le représentant spécial du président russe pour le Moyen-Orient et l’Afrique, Mikhaël Bogdanov, également vice-ministre russe des Affaires étrangères.

Les responsables sahraouis ont « fait part de la situation ‘inadmissible’ qui prévaut dans les territoires occupés » et qui « exige une intervention rapide du Conseil de sécurité, censé déterminer la partie responsable dans la violation du cessez-le-feu et la condamner », lit-on dans un compte-rendu de l’agence officielle APS.

De son côté, « le responsable russe a exprimé le soutien de son pays aux efforts onusiens pour résoudre le conflit entre les deux parties conformément à la légalité et au droit internationaux », selon la même source.

Néanmoins, aucune déclaration officielle de Moscou ou de Rabat n’est venue étayer officiellement l’existence d’un froid entre les deux pays et même le départ de l’ambassadeur russe à Rabat (rapporté par plusieurs sources) n’est commenté par aucune partie.

Ce n’est peut-être qu’une question de jours. Le Conseil de sécurité de l’ONU tient des délibérations en vue d’adopter à la fin du mois une nouvelle résolution sur le Sahara occidental et le mandat de la Minurso. C’est à l’aune de l’attitude de son représentant que sera jugée la position de la Russie qui entretient des relations stratégiques avec l’Algérie, l’un des plus acheteurs d’armes russes. La crise latente avec Rabat pourrait éclater au grand jour.

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