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Soudan : troisième jour de « désobéissance civile », purge au sein de l’armée

Le Soudan vit ce mardi son troisième jour d’une campagne de « désobéissance civile » afin de demander le départ du Conseil militaire de transition qui a pris le pouvoir au pays depuis la destitution du président Omar el-Bechir, alors que le chef du Conseil militaire de transition a annoncé la mise en retraite forcée d’une centaine d’officiers de l’armée, laissant penser à l’émergence de divisions au sein de l’appareil militaire.

Une crise politique majeure frappe le Soudan depuis le mois de décembre, lorsqu’un vaste mouvement de contestation populaire s’est formé contre le règne du président soudanais Omar el-Bechir, en poste depuis 1989. La violente répression du mouvement a fait des dizaines de morts et des centaines de blessés parmi les manifestants, ainsi que des centaines d’emprisonnements. L’armée a fini par destituer le président el-Bechir le 11 avril dernier.

Incarcéré depuis le 16 avril, le désormais ex-président a été remplacé à la tête de l’État soudanais par un Conseil militaire de transition présidé par Abdel Fattah al-Burhan. Un état de fait rejeté par la population soudanaise qui a continué de protester pour demander un transfert immédiat du pouvoir à une autorité civile.

La campagne de désobéissance civile a été lancée en réaction à la répression sanglante effectuée par l’armée soudanaise contre les manifestants qui organisaient depuis plusieurs semaines un sit-in depuis le QG de l’armée à Khartoum, capitale du pays. Cette répression a fait près de 120 morts depuis le 3 juin et plus de 500 blessés.

Commerces et entreprises sont ainsi restés encore fermés ce mardi à Khartoum, rapporte Euronews. Si des autobus des transports publics étaient visibles avec des passagers à bord dans certains secteurs de la capitale, les principaux quartiers d’affaires de la ville étaient fermés et la circulation réduite.

En parallèle, Abdel Fatah al-Burhan a annoncé dimanche la mise en retraite d’office d’une centaine d’officiers, la plupart étant des hauts gradés dans le domaine de la sécurité et des renseignements, rapporte RFI. Cette décision intervient dans un contexte où des informations circulent et font état de divisions dans les rangs de l’armée et des services de renseignement et qui se sont accrues après la sanglante répression de la semaine dernière à Khartoum.

En outre, l’agence de presse soudanaise Suna a annoncé ce lundi que trois figures de l’opposition, qui avaient récemment été arrêtées après la répression du mouvement, ont été libérées ce lundi. Cependant, ces derniers affirment avoir été expulsés à Juba, capitale du Soudan du Sud, un acte qu’ils dénoncent comme illégal. « Nous étions détenus dans des prisons de haute sécurité. Ce lundi matin, ils sont venus nous informer de notre libération. Ils nous ont alors bandés les yeux et installés dans une voiture. Ils nous ont menottés les mains avant de nous faire monter à bord d’un avion militaire. Nous dénonçons cette extradition », a dénoncé Mubarak Ardol, figure de l’opposition, cité par RFI.

L’arrestation de deux de ces trois responsables s’est déroulée au lendemain de leur rencontre avec le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed qui tente une médiation visant à reprendre les négociations, entre les généraux et les dirigeants des manifestations.

Dans ce contexte, le secrétaire d’État adjoint américain chargé de l’Afrique Tibor Nagy a prévu de se rendre cette semaine au Soudan afin d’appeler l’armée au pouvoir « à la fin des attaques contre les civiles » et à la « reprise » du dialogue avec les représentants de la contestation, rapporte Reuters.

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