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Soufiane Djillali : « Bouteflika a détruit l’État algérien »

Soufiane Djillali : « Bouteflika a détruit l’État algérien »

Soufiane Djillali a estimé ce dimanche 5 avril que le président déchu, Abdelaziz Bouteflika, écarté il y a une année du pouvoir, a « détruit l’État algérien ». « Bouteflika a détruit l’État algérien, et je m’opposerai à tous ceux qui veulent faire de même, intentionnellement ou non », a affirmé le président de Jil Jadid, dans un entretien accordé au quotidien El Khabar.

Au nom du « réalisme », le président de Jil Jadid qui revendique toujours son statut « d’opposant » défend l’idée du « dialogue » avec le pouvoir et prédit que « certains regretteront » de ne l’avoir pas engagé du temps où le mouvement populaire était « fort ».

« Après les élections présidentielles, nous avons analysé la situation et avons conclu que nous avons trois options possibles : poursuivre le rejet radical de tout dialogue et essayer de faire chuter le pouvoir par la rue, accepter de dialoguer tant que le mouvement reste fort afin d’obtenir des concessions significatives pour aller à l’état de droit, ou abandonner et rentrer à la maison, à la situation d’avant. Beaucoup d’Algériens ont quitté le mouvement, et d’autres ont voulu entrer dans une désobéissance civile, tandis que Jil Jadid comme une grande partie du mouvement a choisi le dialogue. Le mouvement est apparu dans l’objectif d’édifier des fondements de la démocratie. Certains ont voulu s’en accaparer, le monopoliser et parler en son nom, puis exclure tous ceux qui ne partageaient pas la même pensée », a-t-il critiqué.

« Quant à moi, j’ai toujours été et je demeure un opposant depuis 1989 ! Nous devons maintenant nous mettre d’accord sur le sens de l’opposition. Il y a une différence entre le système politique et l’État. Bouteflika a détruit l’État algérien, et je m’opposerai à tous ceux qui veulent faire de même, intentionnellement ou non. Ma mission est de pousser l’autorité à faire les changements nécessaires à la construction de l’État. C’est notre objectif stratégique : aider le système à partir ! », s’est-il défendu.

Recrudescence des arrestations : « Possibilité de divergences au sein du pouvoir »

Interrogé sur le retour des arrestations qui ciblent des activistes et le contraste existant entre le discours des autorités et la réalité du terrain, Soufiane Djillali n’a pas exclu l’existence de « divergences au sommet de l’État ». « De toute évidence, il y a beaucoup de pression sur les personnalités politiques et certains militants. Personnellement, j’en suis vraiment désolé. S’il y a des abus de la part d’une quelconque partie, ils doivent être traités avec souplesse et flexibilité. Le pouvoir a perdu, il y a longtemps, la confiance des gens. Naturellement, le citoyen le plus agité refuse de conforter l’autorité, la jugeant illégale. Beaucoup de répression, de mensonges et beaucoup de corruption ont mis les Algériens en colère contre les dirigeants. En plus de tout cela, il n’est pas exclu l’existence de divergences dans la façon de gérer cette révolution populaire. Encore une fois, je ne connais pas la vérité, mais il ne faut pas exclure l’hypothèse qu’il n’y ait pas de cohérence dans les centres de décision », dit-il.

Sofiane Djilali s’interroge également s’il n’existe pas de « pressions étrangères sur le pays ». « Je ne connais pas les intentions du pouvoir, ni sa stratégie. Tout le monde sait que la situation est compliquée et que l’autorité, après la chute du régime de Bouteflika, ne s’est pas encore stabilisée. Y a-t-il des tentatives de pressions sur l’autorité de la part de parties étrangères ? Je n’ai aucune information à ce sujet. Ce que je sais, c’est que cette « main étrangère » était une justification qui a été utilisée exagérément par tous les gouvernements successifs », affirme-t-il.

Aussi refuse-t-il de croire à la « théorie du complot » concernant de prétendues infiltrations du mouvement populaire, même s’il assure qu’il n’est pas « naif ».

Par ailleurs, au regard de la crise sanitaire que traverse le pays et les enjeux qui se posent au pays, le président de Jil Jadid, pour qui le confinement « doit être strictement appliquée », plaide en faveur de la construction d’un consensus.

« Jil Jadid a clairement fait savoir qu’en ce moment sensible de l’histoire, les Algériens doivent rester unis. Cela n’a rien à voir avec une quelconque initiative politique et est loin d’être lié à une volonté d’accaparement du pouvoir, comme l’ont suggéré certains partis. À ce titre, je rappelle que Jil jadid a clairement fait savoir, depuis le 17 décembre, qu’il ne fera partie d’aucun gouvernement ni d’aucune structure de pouvoir avant des élections justes et transparentes au Parlement, ce dernier étant véritablement démocratique. L’unité des Algériens doit se faire autour d’une approche politique », a-t-il dit.

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