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Toufik, Tartag, Saïd : la fin d’un mythe

Toufik, Tartag, Saïd : la fin d’un mythe

La télévision algérienne a diffusé, pour la deuxième fois, l’image du général de corps d’armée à la retraite Mohamed Mediene dit Toufik, ex-patron du Département de renseignement et de sécurité (DRS, ex-Sécurité militaire), ce dimanche 5 mai 2019, dans un bulletin spécial.

L’ancien homme fort du régime a toujours évité de se prendre en photo ou d’être filmé. Interdiction totale de diffuser ses images à la télévision était un mot d’ordre connu de tous les rédacteurs en chefs de l’ex-RTA et de l’agence officielle APS.

Dans les endroits publics, les lieutenants du général Toufik empêchaient à chaque fois les reporters-photographes de s’approcher de lui pour prendre des clichés.

Il cultivait jusqu’à la perfection l’image du secret man, l’homme secret. Et lorsqu’il apparait à l’écran de la télévision algérienne, il marche à l’intérieur du tribunal militaire de Blida, monte l’escalier la tête baissée alors que les algériens auraient voulu le voir accorder une interview sur sa riche carrière professionnelle à l’ex-DRS.

« Il y a à peine quelques années, il était impossible de prononcer le nom du général Toufik en public », rappelle un officier à la retraite. Ecarté par l’ex-président Abdelaziz Bouteflika, qui n’a jamais caché sa méfiance à son égard dans les espaces privés, le général Toufik, 80 ans, surnommé pour un temps « Rab Dzair » (le maître de l’Algérie), s’est installé dans la posture de l’observateur averti à distance, une fois mis à la retraite en 2015.

Il n’a jamais rompu avec son réseau, tissé en vingt-cinq ans à la tête du puissant et redoutable DRS, à partir d’une doctrine basée sur «la légitimité sécuritaire ». Il est revenu aux devants de la scène avec le début de la contestation populaire contre le régime de Bouteflika, à partir de février 2019, en pactisant avec Said Bouteflika, le frère et conseiller de l’ex-chef d’Etat.

Le général Toufik voulait rebondir sur la scène politique en s’appuyant sur Said Bouteflika avec l’objectif à peine voilé de prendre sa revanche sur le général de corps d’armées Ahmed Gaid Salah, chef d’état-major de l’armée et vice-ministre de la Défense. Il semble avoir échoué dans son entreprise. Le général Toufik n’a jamais accepté que le DRS, qu’il a construit sur le modèle de l’ex-KGB russe, soit démantelé par les Bouteflika à la faveur ce qu’a été appelé « la construction de l’Etat civil ». Un autre échec.

Athmane Tartag, l’homme silencieux

Chargé de la coordination des services de sécurité à la Présidence de la République, le général major Athmane Tartag, 69 ans, qui a fait ses armes dans les années 1990 lors de la lutte compliquée contre le terrorisme et la subversion, est apparu pour la première fois en public en 2015.

Il avait accepté de se prendre en photos habillé en civil, au niveau de l’Académie interarmes de Cherchell notamment, pour donner l’impression que quelque chose a « changé ». Mais, il n’a fait aucune déclaration à la presse et il n’a pas pris de parole en public. Il est de la même école russe que le général Toufik dont il était l’adjoint au DRS en tant que directeur de la sécurité intérieure (DGSI) à partir de 2011 et jusqu’à 2015. A la présidence où il était ministre-conseiller de sécurité du chef de l’Etat (depuis 2014), Tartag a eu le temps de se rapprocher de Said Bouteflika et de renforcer les liens avec lui.

Saïd Bouteflika, une chute humiliante

Comme les généraux Toufik et Tartag, Said Bouteflika cultivait le culte du secret. Depuis l’arrivée de son frère au pouvoir en 1999, le conseiller, devenu influent au fil des ans, ne s’adressait pas à la presse, cultivait la discrétion comme une arme à large spectre. Il laissait dire, réagissait après, brutalement le plus souvent, comme ce fut le cas en 2004, après le bras de fer avec Ali Benflis, lors de la présidentielle. Tous les cadres de l’Etat, les élus, les chefs d’entreprises et les universitaires qui avaient soutenu Ali Benflis, rival d’Abdelaziz Bouteflika lors de cette élection, avaient été sanctionnés, dégradés et écartés. Saïd Bouteflika était la faux qui a tout rasé durant une période où tout le monde ou presque gardait le silence, ne pouvait pas riposter par peur de représailles. Le frère-conseiller a pris de la puissance au moment où le chef d’Etat devenait faible et invisible à cause de la maladie.

D’alliances en réseaux, Said Bouteflika a construit un large cercle, à plusieurs niveaux, pour rester au centre de la décision et aux commandes de l’influence. A partir de 2006, dans les salons, les bureaux fermés et dans les chancelleries, on évoquait Said Bouteflika et sa présence au « cœur » du réacteur du pouvoir.

Publiquement, son nom était rarement cité. Certains voulaient s’approcher de lui pour « régler » les problèmes avec l’administration, les banques ou les services de sécurité, d’autres cherchaient ses couvertures pour « faire » des affaires à l’ombre de l’impunité sans susciter la curiosité du fisc ou des brigades économiques de la police et de la gendarmerie.

Les appels téléphoniques de Said Bouteflika, qui tirait profit de « la couverture » qu’il accordait, étaient des ordres. Qui pouvait savoir que l’ordre venait du conseiller, pas du président ? En laissant faire, Abdelaziz Bouteflika est responsable des actes de son frère dont il était très attaché. L’Histoire retiendra que la chute de Said Bouteflika fut brutale et humiliante.

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