Politique

Trois semaines de crise à l’APN

Bureau de l’Assemblée Populaire Nationale a annoncé, ce mercredi, avoir constaté la « vacance » du poste de président de l’APN occupé par Saïd Bouhadja. La commission juridique de l’APN doit se réunir demain jeudi à 14 heures pour confirmer « la vacance » et une élection devrait avoir lieu la semaine prochaine pour désigner un nouveau président de l’APN.

Cet évènement représente l’énième rebondissement dans une crise inédite qui depuis trois semaines au sein de l’APN. Retour sur les évènements ayant mené à la situation actuelle.

La crise à l’APN débute le 26 septembre. Le secrétaire général du FLN Djamel Ould Abbas réunit ses députés au siège du parti à Hydra à Alger pour discuter du sort de Said Bouhadja. A la fin de la réunion, il jure qu’il n’est pas question de destitution, mais des messages sont adressés à cette personnalité devenue subitement encombrante et indésirable. « Il n’y aura pas de place au sein des institutions de l’État ni au FLN pour ceux qui n’appliquent pas les instructions du président», a déclaré Ould Abbas.

Le 27 septembre, une alliance contre Bouhadja est actée à la faveur d’une rencontre organisée à Alger entre des députés du RND, du FLN, du MPA et de TAJ. Le président de l’APN annonce son intention de démissionner, avant de se raviser.

« J’ai été contacté par une source à la présidence qui m’a demandé de partir, mais deux jours après le même intermédiaire m’a ordonné de rester », a justifié Bouhadja à ses proches, ajoutant avoir « reçu un appel d’une autorité sécuritaire lui suggérant de ne pas démissionner ».

Devant le refus du président de l’APN de démissionner, les présidents des cinq groupes parlementaires à l’APN appelant Bouhadja à démissionner annoncent le 30 septembre la décision de « geler toutes les activités des structures de l’APN jusqu’à satisfaction de leur revendication ».

Au total, 351 députés auraient signé une motion à l’adresse de Bouhadja comprenant « la décision de retrait de confiance au président de l’APN » et le gel des activités. Ils justifient leur décision par des « dépassements et violations » enregistrées au sein de l’institution législative, à savoir la « marginalisation éhontée, report intentionnel de l’adoption du règlement intérieur de l’APN, marginalisation des membres de la Commission des affaires juridiques, mauvaise gestion des affaires de l’APN, frais exagérées déboursées illicitement, recrutement douteux, … ».

Le 4 octobre, l’Organisation Nationale des Moujahidine (ONM) apporte son soutien à Said Bouhadja. Affirmant suivre de près les derniers développements sur la scène nationale et « particulièrement ceux qui touchent une des institutions constitutionnelles du pays qui est la chambre basse du Parlement (APN) », l’ONM a estimé que « le respect des Moudjahidine reste un devoir qu’imposent les consciences vives et les valeurs nobles ». Bouhadja est ancien moudjahid.

Le 6 octobre, c’est au Premier Ministre et secrétaire général du RND Ahmed Ouyahia d’intervenir en appelant Saïd Bouhadja à démissionner. « La Constitution ne prévoit pas le cas d’un conflit interne à l’APN. Il y a un blocage. Je ne pense pas que le président de l’APN va s’aventurer avec le blocage », a estimé Ouyahia.

Ahmed Ouyahia a précisé ne pas avoir objecté la signature par les députés de son parti de la motion de destitution de Bouhadja. « Mon souhait et que cette affaire se termine dans le calme et que le président de l’APN parte dignement », a expliqué le secrétaire général du RND.

Malgré cette sortie d’Ouyahia, la crise s’enlise, Bouhadja résiste et campe sur son refus de partir.

Le 15 octobre, le Bureau politique du FLN retire la « couverture politique » à Bouhadja. Le lendemain 16 octobre, des députés se rassemblent devant l’APN pour empêcher Bouhadja d’accéder à son bureau. L’entrée principale de l’APN est cadenassée par les députés opposés à Said Bouhadja, et les journalistes se voient empêchés d’accéder à l’intérieur du bâtiment. « Cette action ne me fait pas peur. Je vais venir à l’APN parce que je suis le président de cette institution », rétorque Bouhadja, qui ne fait toutefois pas d’apparition. Ce mercredi à 17 heures, il n’avait toujours pas réagi à l’annonce de sa destitution.

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