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Truffes du désert contre du blé, un deal gagnant pour l’Algérie ?

La saison des truffes commence bientôt dans le désert algérien. Ce champignon souterrain se vend au prix d’or. Peut-on le « troquer » avec du blé ?

Truffes du désert contre du blé, un deal gagnant pour l’Algérie ?
Plus au Nord du pays, en zone de montagne, la truffe noire pourrait être cultivée comme cela est le cas en Europe / Source : capture d'écran YouTube pour TSA
Djamel Belaid
Durée de lecture 3 minutes de lecture
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Dans le Sud algérien, la récolte des premières truffes blanches a débuté. Si certains les cherchent dans le désert, d’autres les cultivent. Les truffes s’exportent bien, les consommateurs du Golfe en raffolent. De quoi faire rentrer des devises et couvrir une partie des importations de blé de l’Algérie.

À Hassi Fehal, dans la wilaya de Naâma, un jeune agriculteur à genoux sur la terre meuble gratte le sol au pied d’un buisson. Délicatement de la main, il dégage la terre sablonneuse et alors apparaît un tubercule de la taille d’une grosse pomme de terre.

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Tout en continuant à gratter le sol, l’agriculteur s’exclame : « Voilà une truffe. Louanges à Dieu ». Puis, il se tourne vers un autre buisson et gratte la terre pour à nouveau faire apparaître une truffe ou « Tarfass ». Satisfait d’avoir montré cette production, il repousse la terre sur la truffe pour la laisser grossir.

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Les racines de ce type de buisson s’associent aux fins filaments mycéliens des truffes. En botanique, la truffe est classée comme champignon.

À proximité des buissons de « reguig », un tuyau noir sur le sol. Il s’agit de l’installation d’un système d’irrigation localisée. Cet habitant du Sud est passé de la recherche de truffes dans le désert à leur culture comme cela se fait dans les pays du Golfe.

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Un show-room pour les truffes en Arabie Saoudite

En février dernier, dans un hall d’exposition saoudien, un importateur présentait des dizaines de caissettes remplies de truffes. Elles viennent de Syrie, d’Iran, du Maroc et d’Algérie.

Certaines empilées les unes sur les autres ou posées à même la moquette à raison de 10 rangées, chacune d’une douzaine de caisses. Entre les acheteurs et la précieuse marchandise, une limite matérialisée par des cordons en fibres de coton.

À proximité des caisses, des employés aux mains gantées s’activent tandis que tout autour, des acheteurs soupèsent du regard la marchandise convoitée.

En 2022, en Arabie Saoudite, le kilo de truffes pouvait atteindre jusqu’à 1.200 riyals saoudiens (264 €). À l’époque, la tonne de blé était de 322 € à la suite de l’éclatement de la guerre en Ukraine contre 190 € aujourd’hui.

La truffe blanche d’Algérie y est très appréciée, et même à ce prix, les gourmets saoudiens ou qataris n’hésitent pas à en acheter.

Aujourd’hui, la truffe d’Algérie s’exporte bien, d’autant plus que les exportateurs algériens bénéficient d’une aide à l’export correspondant à 50 % des frais de transport.

En 2023, les prix étaient de 15.000 à 25.000 DA le kilo pour la truffe rouge. Quant à la truffe blanche, c’est la plus recherchée.

Culture des truffes sous pivots

Le plus souvent, les truffes poussent du « reguig » une plante ligneuse. Les amateurs parcourent le désert à la recherche des petits monticules boursouflés qui signalent sa présence. Une recherche fructueuse quand la lumière du soleil est rasante.

Lors de ses voyages dans les pays du Golfe, l’investisseur Djelloul Chaïche de Menéa a pu observer la culture de truffes sous pivots en Arabie Saoudite et au Qatar par goutte à goutte.

Il a vu des agriculteurs saupoudrer le sol d’un mélange de truffes séchées et de sable. En 2023, il confiait à Ennahar TV qu’il en cultivait à la place du blé sous un pivot : « l’irrigation démarre en août et permet de récolter les premières truffes au bout de 5 mois. » Un moyen de s’affranchir des pluies irrégulières de la région.

Il témoigne : « Au début, les gens ne m’ont pas cru. Mais après avoir goûté des truffes cultivées, ils se sont rendu compte qu’il n’y avait pas de différence avec celles qui poussent naturellement grâce à la pluie. »

D’un air satisfait, il poursuit : « Maintenant, mes voisins sont convaincus et ils en cultivent. »

Un produit dont le prix au kilo sur le marché local atteint 15.000 DA et peut aller jusqu’à 25.000 DA. Des truffes que collectent des commerçants spécialisés dans l’exportation vers l’Arabie Saoudite.

Plus au Nord du pays, en zone de montagne, la truffe noire pourrait être cultivée comme cela est le cas en Europe, mais il s’agit d’importer des plants de jeunes « chênes truffiers », dont les racines ont été imprégnées de spores de truffe.

Des dattes et des truffes contre du blé

En 2017, les chercheurs en hydraulique agricole Réda Delli et Brahim Mouhouche de l’ENSA d’El Harrach ont calculé que dans les conditions du Sud algérien, il faut un minimum de 2.500 litres d’eau pour produire un kilo de dattes et 1.500 litres pour un kilo de blé.

Ils font remarquer qu’à poids égal sur le marché international, la valeur des dattes est 50 fois supérieure à celle du blé. Cependant, il faut compter avec une demande importante en eau pour irriguer les palmiers.

Selon le professeur Mouhouche, il est possible d’améliorer « l’efficience d’utilisation de l’eau d’irrigation en phoeniciculture », car explique cet expert, « elle semble être très basse dans la majorité des wilayas du Sud algérien ». Aussi, faisait-il remarquer que l’exportation d’une tonne de dattes pouvait permettre de couvrir l’importation de 50 tonnes de blé.

Reste pour ces spécialistes à calculer le besoin en eau sous le climat de Ménéa pour irriguer des champs de truffes.

À raison de 264 € le kilo de truffes en Arabie Saoudite, et de 190 € les 1.000 kilo de blé en Europe, l’exportation semble intéressante pour ce produit de niche.

« 50 euros en Algérie, 900 euros en France »

En octobre dernier, l’entrepreneur franco-algérien, Marc Mauco, a comparé l’écart entre le prix du kilogramme de la truffe blanche en Algérie et en France.

« Achetée 50 euros en Algérie et revendue presque 900 euros en France » où ce champignon souterrain est très recherché, a-t-il dit dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux.

En février 2025, la revue du monde gastronomique Food and Sens s’est enthousiasmée pour les truffes d’Algérie et a souligné que : « L’Algérie semble assise sur une manne mycologique insoupçonnée. »

Lien permanent : https://tsadz.co/bgk6i

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