Société

Vaccination anti-Covid : des spécialistes réclament de la transparence

Absence de communication, manque de transparence et de visibilité, promesses non tenues : La campagne de vaccination contre la Covid en Algérie est à la traîne et les professionnels de la santé le déplorent vivement.

Le chef du service d’oncologie au CPMC du CHU Mustapha, le Pr Kamel Bouzid est en colère. L’éminent oncologue soulève un problème de manque de communication en ce qui concerne le nombre des personnes vaccinées depuis le début de la campagne.

« C’est un chiffre qui manque », dénonce le Pr Bouzid, dans une déclaration à TSA. « Dans son bilan quotidien (évolution des chiffres des contaminations, décès, guérison…), le ministère de la Santé doit dire combien de personnes se sont fait vacciner », réclame le professeur.

« On connaît le nombre d’Anglais, de Français et de Marocains vaccinés, et nous, on ne le sait toujours pas », s’agace-t-il tout en exhortant les autorités sanitaires à plus de transparence.

C’est ce « manque de transparence » que pointe furieusement le chef du service des maladies infectieuses de l’EPH Boufarik, le Dr Mohamed Yousfi. « Depuis le début, ce qu’on reproche (aux autorités sanitaires) c’est moins le problème du manque de vaccins que la communication. Il n’est pas normal qu’on ne communique pas », fustige le Dr Yousfi.

« Il y a quinze jours on  annonçait un lot de 700.000 doses, mais qui ne sont jamais arrivées », s’étonne-t-il. « On en est resté à 300 000 doses composées de 50 000 du vaccin russe Spoutnik V, 50 000 d’AstraZeneca et le don chinois de 200 000 doses », rappelle-t-il.

« Les 300 000 doses devaient servir à vacciner 150 000 personnes, à raison de deux doses. Est-ce que toutes les doses ont toutes été utilisées ? Je n’ai pas de réponse », regrette le spécialiste qui estime que c’est au ministère de la Santé de communiquer sur ce point.

« Le citoyen qui s’inscrit sur la plateforme numérique (pour la prise de rendez-vous), comment saura-t-il quand il se fera vacciner, dans un, deux ou trois mois ? » se demande le praticien qui déplore une absence de toute visibilité.

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Où sont les vaccins promis ?

Le Pr Kamel Bouzid admet qu’il y a des difficultés, selon lui  prévisibles par rapport à l’approvisionnement et à la fourniture des vaccins. Des difficultés que connaissent pratiquement tous les pays. Ces difficultés d’approvisionnement en vaccins étaient prévisibles à l’échelle mondiale.

Et l’Algérie n’en est pas épargnée ayant trop longtemps compté sur la plateforme Covax de l’OMS, note le Pr Bouzid. Une erreur ? « Il a fallu l’intervention du président de la République, fin décembre 2020, pour qu’on ait le premier lot de Spoutnik V dès la fin janvier 2021. Les techniciens en charge (approvisionnements et achats des vaccins, ndlr) n’ont finalement pas été très réactifs », critique l’oncologue.

En plus des 50 000 doses du vaccin russe Spoutnik V et 50 000 autres du vaccin AstraZeneca et le don de 200 000 doses du chinois Sinopharm, les autorités algériennes n’ont plus annoncé de nouvelles arrivées de lots.

La mise en garde du Dr Yousfi

800.000 nouvelles doses dans la cadre du Covax avaient été annoncées pour le début du mois en cours et mars touche à sa fin, les autorités sanitaires n’ont rien communiqué sur le sujet. Le ministère de la Santé se mure dans un silence étrange, qui illustre ses difficultés à gérer ce dossier.

Le Dr Yousfi prévient que cette absence de communication risque d’emporter le peu de crédibilité en les institutions en charge de la santé et en l’acte vaccinal en lui-même.

Pour le Dr Yousfi, la situation épidémique confortable avec des contaminations quotidiennes sous la barre des 100 cas ne doit en aucun cas faire oublier que la vaccination reste le seul rempart contre l’épidémie de la Covid, au risque de subir un autre rebond.

L’Algérie a lancé sa campagne de vaccination anti-Covid le 30 janvier dernier, au lendemain de la réception de 50.000 doses du vaccin russe Spoutnik V, sur une commande d’un million d’unités. Durant le mois de janvier, le gouvernement a multiplié les annonces et les promesses d’acquisition de quantités suffisantes de vaccins pour vacciner 70 % des Algériens contre le Covid-19 en 2021. Trois mois après, les quantités promises ne sont toujours pas arrivées, sans aucune explication du gouvernement.

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