Société

Vaccination anti-Covid : entretien avec le Pr Mohamed Belhocine

Le Pr Mohamed Belhocine, éminent épidémiologiste, est membre du comité scientifique Covid-19 en Algérie. Dans cet entretien, il parle de la campagne de vaccination anti-Covid, des personnes à vacciner en priorité, de l’importance du vaccin dans le dispositif de lutte anti-Covid…

L’Algérie recevra le vaccin très prochainement. Est-ce important la vaccination ?

Bien sûr, c’est important d’avoir une arme supplémentaire dans la lutte contre cette pandémie.

Ce n’est probablement pas l’arme fatale parce qu’il faudra continuer à observer pendant un moment les mesures de distanciation sociale, le port du masque, l’hygiène de mains, etc., puisque la vaccination va commencer graduellement vu qu’il y a une demande internationale bien plus grande que l’offre, ce qui veut dire que les pays ne recevront que graduellement les quotas dont ils ont besoin pour vacciner les populations qui ont été identifiées comme étant éligibles à la vaccination.

Je pense que c’est la même chose qui s’appliquera à l’Algérie. Ce sera une campagne de vaccination graduelle qui commencera par les personnes de la ligne de front, ceux qui combattent contre la Covid-19 tous les jours, et graduellement ça s’étendra à d’autres catégories de la population en fonction des orientations données par le comité de vaccination nationale

Que dites-vous aux personnes qui hésitent à se faire vacciner ?

Il y a une expérience de l’humanité en matière de vaccination depuis des siècles. Les vaccins ont connu des évolutions dans le temps. Oui, il y a de nouvelles technologies qui ont été mises en branle cette fois-ci et qui permettent de produire rapidement des vaccins.

Ces nouvelles technologies, il est vrai que pour certaines d’entre elles on ne les avait pas utilisées auparavant, mais pour les vaccins qui ont été annoncés à arriver en Algérie, les technologies de ces vaccins ont déjà été utilisées.

Le vaccin à vecteur viral est un des vaccins utilisés pour lutter contre l’épidémie d’Ebola et c’est comme ça qu’on a pu casser l’épidémie d’Ebola en Guinée et c’est comme ça aussi qu’on a pu casser une grosse épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo. Donc il y a du recul puisque ce vaccin est utilisé au moins depuis 2015.

Il y a aussi d’autres vaccins qui sont produits par différents pays et laboratoires qui sont des vaccins tout à fait classiques, produits selon les mêmes technologies que les vaccins que nous avons utilisés pour nous-mêmes ou nos enfants par le passé. Bien évidemment, chaque individu est libre de se faire vacciner ou pas mais il en va des vaccins comme de tout produit médicamenteux.

Il est vrai que quand on prend un médicament, on ne sait pas comment notre organisme individuellement va réagir mais on sait à peu près les effets secondaires qu’un médicament peut donner. C’est la même chose pour les vaccins.

On connaît les quelques effets secondaires que peut donner un vaccin : un peu de fièvre, de la rougeur au point d’injection…

Et si on prend toutes les précautions indiquées par ceux qui ont produit le vaccin en termes de contre-indication (par exemple allergies ou autres), et bien il faudra être attentif à cela.

Allez-vous vous faire vacciner ?

Bien sûr, absolument. Je me ferai vacciner dès que mon tour arrivera dans la liste des catégories des personnes qui auront été désignées comme étant éligibles à la vaccination.

Le début de la campagne de vaccination signifiera-t-elle la fin de l’épidémie ?

Le virus est toujours là, il ne faut pas oublier la situation épidémiologique. Il ne faut pas penser que dès qu’on aura commencé la vaccination, on aura réglé le problème.

D’abord parce que comme je l’ai dit, ça se fera par étapes. C’est une campagne qui s’étalera sur quelques mois et pendant tout ce temps-là et probablement après.

Il y a encore beaucoup d’inconnues avec le virus Sars-Cov-2. Est-ce qu’on ne peut plus contaminer lorsqu’on est vacciné ? Ou est-ce qu’on peut être porteur du virus dans son nez et sa bouche tout en étant protégé par un vaccin et être capable de contaminer d’autres sans le savoir ?

Ce sont des questions auxquelles pour l’instant les réponses ne sont pas connues. Il faudra donc du temps. En attendant, il faudrait continuer à observer les mesures de distanciation, le port du masque, l’hygiène des mains et la distanciation physique.

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