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Visite de Messahel à Moscou : le Sahara occidental au menu

Abdelkader Messahel entame, ce dimanche 18 février 2018, une visite officielle de deux jours à Moscou. Le ministre des Affaires étrangères aura des entretiens avec son homologue Serguei Lavrov, avec le secrétaire du Conseil de sécurité Nikolaï Patrushev et le vice-président du Conseil de la Fédération de Russie (chambre haute du Parlement) Ilias Oumakhanov.

« Cette visite est une opportunité nouvelle pour consolider les relations de partenariat stratégique entre les deux pays qui ont atteint un niveau de maturité appréciable, comme en témoignent les multiples visites de haut niveau échangées entre les deux pays au cours des deux dernières années », précise le ministère des Affaires étrangères, dans un communiqué.

Sahara occidental

Les entretiens entre Messahel et son homologue russe Sergei Lavrov seront également l’occasion pour les deux parties d’”aborder l’ensemble des questions régionales et internationales d’intérêt commun, en particulier la question du Sahara occidental, le conflit syrien, la question palestinienne et la lutte contre le terrorisme et la radicalisation”, selon la même source.

Le département de Messahel indique que le partenariat algéro-russe est passé à « une étape concrète » après la signature de plusieurs accords dans les domaines économiques, scientifiques et techniques.

“L’Algérie est l’un de nos principaux partenaires en Afrique et dans le monde musulman”, a déclaré la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères Maria Zakharova, le 15 février, lors de l’annonce de la visite de Messahel à Moscou. “Nos positions sont proches en ce qui concerne la Libye et la Syrie et nous avons des relations économiques mutuellement bénéfiques”, a-t-elle dit, en précisant que les échanges commerciaux entre les deux pays dépassent les trois milliards de dollars. “Nous plaidons pour le renforcement du rôle de l’ONU et la protection des droits des peuples, dont le droit à l’autodétermination”, a-t-elle ajouté.

 

Jeudi, Messahel, a rencontré à Berlin l’envoyé spécial du SG de l’ONU Horst Kohler.

 

Depuis avril 2001, l’Algérie et la Russie sont liées par un partenariat stratégique signé à Moscou. C’est le premier partenariat de ce type signé par la Russie avec un pays arabe et africain.  Ce Partenariat a été élargi lors de la visite du président Vladmir Poutine en Algérie en 2006. Poutine avait décidé, à cette date, l’effacement de la dette militaire de l’Algérie, estimée à 4,7 milliards de dollars.

Coopération dans la lutte antiterroriste

Le 10 octobre dernier, en visite à Alger, le premier ministre russe Dmitry Medvedev a qualifié les relations entre la Russie et l’Algérie de prometteuses.

« Nous avons constaté que les relations entre l’Algérie et la Russie sont en train de se développer de façon significative. Nous allons vers de nouveaux investissements dans les secteurs de l’énergie et les technologies de pointe ainsi que dans d’autres volets de coopération où nous avons un potentiel vraiment énorme à développer ensemble », a-t-il déclaré à la presse.

Medvedev, qui a déjà visité l’Algérie en tant que président en 2010, a évoqué « les bonnes bases » sur lesquelles ont été fondées les relations diplomatiques entre les deux États, depuis 1960 (avec la reconnaissance du GPRA par l’Union soviétique).

Fin janvier, le Secrétaire du Conseil de sécurité de la Fédération de Russie, Nikolaï Patrushev était à Alger, accompagné de Mikhaïl Bogdanov, représentant spécial du président russe pour le Moyen-Orient et l’Afrique, pour co-présider avec Abdelkader Messahel la 3e session du dialogue stratégique algéro-russe.

La situation en Syrie, en Libye, au Mali et au Sahel était à l’ordre du jour de ce dialogue qui a également abordé la question de la coopération dans le domaine de lutte contre le terrorisme, le crime transfrontalier et la radicalisation.

Alger et Moscou souhaitent mieux collaborer pour « endiguer » le retour des combattants étrangers, notamment vers le Sahel et le Maghreb, après la défaite de Daech en Syrie et en Irak, en densifiant le flux d’informations et de renseignements.

« Soutien à la souveraineté nationale des États »

Ces questions seront abordées par Abdelkader Messahel avec les responsables russes. Alger et Moscou partagent les mêmes points de vue sur la manière de traiter les conflits internationaux.

« Il est aujourd’hui admis que les deux pays sont en position de force : l’Algérie sur la scène régionale et continentale, la Russie sur la scène mondiale. Les soutiens à la souveraineté nationale des États et au concept multipolaire de la gestion du monde sont également des aspects qui rapprochent considérablement Alger et Moscou », souligne Mikhail Gamandiy-Egorov dans Sputnik, plate-forme médiatique russe.

Il a rappelé le refus d’Alger de soutenir l’action de l’OTAN en Libye contre le régime de Mouamar El Kadhafi (en 2011) ou de classer le Hezbollah libanais parmi les organisations terroristes.

« Tout comme le refus de se positionner contre l’Iran, sous pression de Riyad. Enfin, sur la Syrie, les autorités algériennes se sont également positionnées dès le départ de la guerre en faveur du respect de la souveraineté syrienne. Et, selon plusieurs sources, ont même tenté de réconcilier Damas et Ankara », ajoute-t-il.

L’Algérie, gros acheteur d’armement russe

En Afrique et en Méditerranée, l’Algérie est le principal partenaire de la Russie dans le domaine militaire.  Après l’Inde et la Chine, l’Algérie est le troisième gros acheteur mondial d’armement russe.

Plus de 80% des équipements de l’armée algérienne est d’origine russe. L’Algérie, qui a acheté à la Russie deux sous-marins (de classe Kilo) en 2013, entend acquérir des avions de chasse, des bombardiers, des systèmes de défense anti-aérienne et des véhicules de combat BMPT-72. Les négociations sont en cours. Lors de deux visites effectuées en Russie, en 2013 et en 2015, le général de corps d’armée, Ahmed Gaid Salah, vice-ministre de la Défense et chef d’état-major de l’armée, a discuté de la question de livraison d’équipements militaires à l’Algérie et de la coopération technique.

« Nous voulons diversifier et élargir cette coopération. Le bilan est nettement positif dès lors que nous enregistrons avec satisfaction que les programmes d’équipement, de modernisation et de maintenance de notre potentiel de combat conclus avec nos amis des firmes du complexe militaro-industriel russe s’exécutent avec une cadence régulière hormis quelques difficultés ponctuelles que nous avons pu dépasser grâce aux contacts réguliers avec les responsables du service fédéral pour la coopération militaire et technique dont je salue fortement la bonne volonté, la disponibilité et l’engagement », avait déclaré Ahmed Gaid Salah.

En décembre 2017, l’Algérie a célébré les 60 ans de la coopération avec la Russie dans le domaine de l’aviation militaire. À cette occasion, le général major Abdelkader Lounes, commandant des forces aériennes, a évoqué la formation technique des aviateurs et des agents de maintenances algériens en Russie.

En avril 2017, l’Algérie a participé pour la première fois, aux côtés de l’Iran et de l’Arménie, à la compétition « Clé du ciel » dans laquelle les systèmes de missiles anti aériens, S-400, S-300PM et S-300PS, ont été utilisés. L’Algérie possède deux types de ces systèmes, connus pour leur plus haute performance opérationnelle.

Accord nucléaire et coopération spatiale

L’Algérie, qui a signé un accord nucléaire avec la Russie en 2014, souhaite développer l’utilisation de l’énergie atomique à des fins pacifiques. L’agence russe Rosatom a annoncé que l’Algérie projette la construction d’une centrale nucléaire avec un réacteur VVER (réacteur à eau pressurisée) vers 2025. Le projet est toujours à l’étude.

La Russie, qui a appuyé l’Algérie pour le lancement de son premier satellite en 2002, se dit prête à soutenir l’Algérie dans la coopération spatiale à large spectre et à long terme.

Fin septembre 2017, lors du forum d’affaires algéro-russe, le Partenariat gagnant-gagnant a été évoqué. Plusieurs accords ont été signés à l’occasion surtout dans les secteurs de l’énergie, des mines, de l’industrie, du transport maritime, des ressources en eau, de la formation et de la santé.

« Nous voulons diversifier la relation avec la Russie dans un esprit gagnant-gagnant. Nous espérons que l’ensemble des opérateurs économiques répondent présents à cet esprit qui nous anime des deux côtés », a déclaré, lors du forum, Abderrahmane Raouia, ministre des Finances.

Moscou souhaite que les Algériens investissent en Russie

« Il y a plusieurs entreprises russes qui sont installées en Algérie, notamment dans le secteur de l’énergie. La Russie souhaite la diversification de notre partenariat stratégique. Le grand défi aujourd’hui est de créer des conditions propices pour les entreprises des deux pays pour qu’elles contribuent davantage à l’évolution du volume des échanges commerciaux et à la promotion des investissements dans les deux pays. Le climat des affaires en Algérie est adéquat », a déclaré, à Alger, Alexandre Novak, ministre russe de l’Énergie, qui a co-prosidé le forum d’affaire algéro-russe. Il a rappelé que l’Algérie et la Russie ont contribué à la stabilisation des prix du pétrole sur le marché (après l’accord de l’Opep) et a estimé que l’Algérie est un pays leader dans le monde arabe et en Afrique.

« J’appelle les opérateurs économiques algériens à investir en Russie. Nous sommes ouverts au dialogue et aux propositions pour transcender les difficultés administratives », a-t-il appuyé.

L’Algérie et la Russie, plus grands fournisseurs de gaz naturel à l’Europe, sont membres du Forum des pays exportateurs de gaz (FPEG) dont le siège est à Doha et qui contrôle 75% des réserves mondiales. Ils coordonnent à l’intérieur de cet espace leurs actions pour une meilleure maîtrise du marché du gaz.

Sur le plan bilatéral, les trois grandes sociétés d’hydrocarbures et d’industrie russes Lukoil, Power Machines et Gazprom sont présentes en Algérie.

La société Sodo Export veut, elle, s’investir dans les secteurs des chemins de fer et des infrastructures portuaires en ciblant le projet d’une ligne ferroviaire côtière.

« Les secteurs énergétique, minier, du nucléaire civil ou encore celui de l’agriculture : telles sont les autres domaines d’interaction des deux pays. Concernant d’ailleurs ce dernier, il est loin d’avoir atteint son apogée. Pourtant, si l’Algérie décidait de booster ledit domaine pour une plus grande part destinée à l’export, il n’y a pas de doute que le vaste marché russe lui sera grand ouvert. Ce qui est sûr c’est que le partenariat stratégique russo-algérien a de beaux jours devant lui », a souligné Mikhail Gamandiy-Egorov dans Sputnik.

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