
Même éloignées l’une de l’autre sur la carte, l’Algérie et la Belgique sont plus proches par leurs intérêts, leurs défis et leur “conviction commune que le dialogue prime toujours sur la force”, dans un monde où “les crises se multiplient et où les alliances se recomposent”.
Ces mots sont du ministre belge des Affaires étrangères Maxime Prévot lors de la réception, mardi 31 mars à Bruxelles, de son homologue algérien Ahmed Attaf, en visite officielle en Belgique.
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Le chef de la diplomatie belge a reconnu que les deux pays disposent d’un potentiel “considérable” en matière de coopération et de partenariat mais qu’ils ne font que l“effleurer”. D’où cet engagement réaffirmé avec solennité : “Rattraper le temps perdu”. “Ce que nous construisons aujourd’hui, c’est l’avenir”, a assuré Maxime Prévot.
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Deux accords bilatéraux ont été signés pendant cette visite, un en matière de réadmission et un autre concernant l’exemption de visa pour les titulaires algériens de passeports diplomatiques et de service.
“Ce n’est pas anodin. Quand deux pays signent de tels accords en si peu de temps, c’est la preuve que la confiance est là, que le dialogue est franc et productif”, a commenté le ministre belge, révélant que d’autres chantiers sont en préparation, notamment dans la coopération judiciaire et policière.
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« Plus de 30.000 Belges d’origine algérienne »
L’Algérie et la Belgique sont liées par l’histoire, “dans les heures les plus difficiles” du combat de l’Algérie pour l’indépendance, et par le présent.
M. Prévot a souligné que « plus de 30.000 Belges d’origine algérienne font vivre son pays : dans les entreprises, les hôpitaux, les universités, le monde culturel », et constituent de ce fait “un pont vivant” entre les deux nations.
En économie, le potentiel est aussi considérable. Les échanges commerciaux entre les deux pays représentent 1,7 milliard d’euros par an et la Belgique est le 5e partenaire européen de l’Algérie. “Des entreprises belges investissent, construisent et innovent en Algérie. Dans les matériaux de construction, le dragage portuaire, les véhicules lourds, la logistique aéroportuaire”, a salué le chef de la diplomatie belge.
L’énergie, “cœur battant” de la relation Algéro-belge
Dans la santé aussi, des « centaines de patients algériens sont soignés chaque année dans des hôpitaux belges grâce à des conventions de partenariat et des équipes médicales belges se rendent en Algérie pour former leurs collègues algériens », a-t-il rappelé.
La question de l’énergie est évidemment centrale et “stratégique”. “L’énergie est le cœur battant de notre relation”, a reconnu Maxime Prévot, rappelant que l’Algérie est “le quatrième fournisseur de gaz de l’Union européenne et le deuxième par gazoduc” et que c’est un partenariat entre Sonatrach et le Belge Fluxys qui est à l’origine de la construction du terminal GNL de Zeebrugge, “un des piliers de la sécurité énergétique belge et européenne”.
Après la Première ministre italienne et le chef de la diplomatie espagnole, l’Envoyé spécial Énergie de la Belgique est lui aussi attendu à Alger fin avril, à l’invitation des autorités algériennes. Sa mission est d’approfondir la coopération bilatérale dans le domaine de l’énergie, les énergies renouvelables et les ressources minières critiques, a annoncé Maxime Prévot.
Les deux parties ont aussi évoqué plusieurs dossiers de l’actualité internationale. “Si on peut ne pas être d’accord sur tout, et c’est normal, entre partenaires souverains, mais on se parle, on s’écoute, on avance”, a dit le ministre belge.
Sur la question palestinienne, Alger et Bruxelles “parlent le même langage, celui du droit international”. “La situation humanitaire à Gaza reste inacceptable. L’expansion des colonies en Cisjordanie est illégale et sape toute perspective de paix”, a affirmé M. Prévot, annonçant que son pays accueillera “bientôt” une conférence de l’Alliance globale pour la mise en œuvre de la solution à deux États.
“Chaque jour de guerre, ce sont des vies perdues »
S’agissant de la situation au Sahel, il a estimé que l’Algérie, avec ses milliers de kilomètres de frontières partagées avec les pays de cette zone, “est en première ligne” et constitue “un acteur incontournable pour la stabilité de cette région”.
Évoquant la guerre en cours en Iran, le chef de la diplomatie belge a soutenu que “la voie du dialogue doit prévaloir sur le bruit des armes” et prôné “un cessez-le-feu, une désescalade et un retour à la diplomatie”.
“Chaque jour de guerre, ce sont des vies perdues, des prix qui grimpent, de la nourriture qui n’arrive plus et des engrais bloqués. Ce conflit touche directement l’Europe et l’Afrique”, a-t-il déploré.