
Avec la demande d’autorisation de forage, les revendications des agriculteurs en Algérie concernent aussi les chambres froides. Face à l’abondance des récoltes agricoles et des marges captées par les intermédiaires, le stockage représente une solution pour un bon nombre d’agriculteurs. Avec l’octroi prochain de prêts, les pouvoirs publics frappent un grand coup et s’attaquent à l’un des maillons faibles de l’agriculture algérienne.
La disponibilité en nombre suffisant de chambres froids permet de capter le surplus de production pour le stocker afin d’éviter des pertes massives aux agricultures quand il y a une surproduction, mais aussi pour le déstocker, d’une façon progressif afin de réguler le marché.
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Selon l’agence APS, le ministre de l’Agriculture du Développement rural et de la Pêche, Youcef Cherfa, a annoncé lundi dernier à M’sila, la signature « avant fin juillet » d’une convention avec les banques en vue de l’octroi de prêts aux jeunes agriculteurs souhaitant réaliser des chambres froides qui jouent un rôle clé dans la régulation du marché et la stabilisation des prix des produits agricoles.
Le ministre a précisé les modalités de cette mesure : Une convention sera conclue entre le ministère de l’Agriculture et l’ensemble des banques sous l’égide du ministère des Finances et de l’Association des banques et établissements financiers (Abef) pour entamer « cette opération », et ce en « application de la décision du président Abdelmadjid Tebboune, visant à ouvrir des financements bancaires pour la construction de chambres froides pour le stockage de la production agricole. »
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L’urgence du stockage en chambre froide
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Actuellement, les céréales et les pommes de terre figurent parmi les produits les plus consommés en Algérie. Si les premiers peuvent être stockés dans de simples silos ventilés, les seconds ne peuvent l’être qu’à des températures de 5 à 6°C.
C’est le cas également des oignons et de l’ail. Faute de quoi la qualité de ces produits se dégrade irrémédiablement. Aussi, un réseau de chambres froides a été mis en place par des organismes publics et des investisseurs privés. Cependant, ces capacités de stockage restent insuffisantes pour absorber l’ensemble de la production. Par ailleurs, certains intermédiaires utilisent ces structures pour des opérations spéculatives.
La décision de permettre aux producteurs d’investir dans ce genre d’installations est donc double : éviter la dégradation des produits périssables et contribuer à une meilleure rémunération des agriculteurs tout en préservant le pouvoir d’achat des consommateurs.
Les conditions offertes par les pouvoirs publics sont particulièrement intéressantes. Selon la même source, le ministre a indiqué que ces prêts qui pourront atteindre 150 millions de dinars seront « sans intérêts » et seront remboursables sur une période de 10 ans. Une clause prévoit que les agriculteurs bénéficieront d’une exonération du remboursement durant les cinq premières années.
Ces prêts devraient permettre de réaliser des chambres froides d’une superficie allant de 300 à 5.000 m2 selon des critères définis par les chambres de wilayas de l’agriculture, précise l’APS.
Investissement agricole en Algérie : le cas d’une famille de Mascara
Jusqu’à présent, l’acquisition de chambres froides se faisait après une longue période d’accumulation qui exclut les agriculteurs disposant de peu de moyens.
En 2017, une équipe d’universitaires a retracé la trajectoire de familles d’agriculteurs ayant accédé à des chambres froides. C’est le cas de 4 frères exploitant 7 hectares (ha) à Mascara et qui en possèdent aujourd’hui 45. Au bout d’une douzaine d’années, ils ont réussi à acquérir plusieurs chambres froides. En 1989, cette famille décide de louer pour 3 ans 5 ha de terre à Rechaïga (Tiaret), une région réputée pour sa disponibilité en eau. Le loyer fixé à 3.000 DA/ha/an tient compte du forage qui sera réalisé par la famille. Il est décidé l’achat d’un tracteur, d’un camion et de matériel d’irrigation
La superficie travaillée atteint 15 hectares en 1993 et nécessite des journaliers pour la récolte. En 1994, la famille se recentre sur Mascara en prenant en location des terres auprès d’exploitations de type EAC et EAI issues de la restructuration de fermes d’État. À l’époque, l’apparition de la technique de forages profonds leur permet de faire face à la crise de l’eau qui touche la région.
En parallèle, à partir de 2000, ils se lancent dans la location ou l’acquisition de terres : 30 ha achetés de manière informelle à des attributaires d’EAC-EAI, 8 ha achetés à un propriétaire privé. En 2005 location de terres à Aflou et de 15 ha dans la wilaya de Saïda puis en 2015 location de 15 ha à Sidi Bel Abbès.
Dès 2013, la superficie atteint 60 hectares principalement cultivée en pomme de terre et oignon.
Un tournant est pris au début des années 2000 lorsque la famille se lance dans le commerce des produits agricoles et utilise 6 chambres froides totalisant 60.000 m3.
Il s’agit de l’achat de récoltes en bout de champ ou sur pied. Lorsque les prix sont au plus bas, ils proposent à des producteurs d’assurer le stockage puis la vente de leur récolte « après redressement des prix ». Le partage de la plus-value nette se fait à parts égales entre les deux parties. Les chambres froides peuvent également être louées à de grands agriculteurs.
Pour les auteurs de l’étude : « Cette phase correspond à un niveau avancé d’accumulation de capital par l’entrepreneur qui, dans un souci de fructification du capital accumulé et de gestion du risque, diversifie les investissements agricoles et non agricoles. » La récente mesure d’accorder des prêts aux agriculteurs devrait leur permettre l’acquisition plus rapide de chambres froides.