
Les trahisons du palais royal marocain ne sont pas nouvelles et ne concernent pas que l’Algérie. Régulièrement, des révélations retentissantes d’historiens ou d’acteurs des événements sont faites sur les agissements pas très loyaux de la monarchie, bien avant l’affaire Pégasus qui n’a pas épargné jusque les alliés les plus solides du Maroc.
De nouveaux témoignages sur les trahisons passées du palais royal sont faits simultanément ces jours-ci. En Algérie, l’ancien ministre de l’Intérieur Dahou Ould Kablia a rappelé les multiples trahisons venues du pays voisin à travers l’histoire.
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« La rupture algéro-marocaine est historique »
“La rupture algéro-marocaine est une rupture historique, c’est ce que les gens ne comprennent pas”, a d’abord clarifié sur la chaîne One TV l’ancien membre du MALG (service de renseignement pendant la révolution).
“La première grande trahison du Maroc a été contre l’Émir Abdelkader”, dit-il en racontant que l’Émir a “ressenti un tel ressentiment” qu’il a préféré se rendre plutôt que de se laisser détruire par le roi du Maroc sous la pression des Français qui ont bombardé Tanger en 1844.
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Après le bombardement, le roi Moulay Abderrahmane a signé le traité de Tanger qui engage l’annulation du soutien à l’Émir et la reconnaissance par le Maroc de la ”légitimité de l’Algérie française”.
“Il n’y a aucun problème de peuples, c’est un problème d’hommes d’État, c’est un problème de dirigeants. Le dirigeant qui a le plus essayé de nuire à l’Algérie, je le dis en toute franchise, c’est Hassan II. Les trahisons de Hassan II sont multiples, ne serait-ce que l’histoire de la fameuse réunion de la Ligue arabe où il a fourni les renseignements à Israël.
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Tout le monde sait maintenant que le Maroc avait des relations avec Israël de très longue date”, ajoute Ould Kablia, en allusion à l’affaire des micros placés par les services du roi dans la salle qui a abrité un sommet de la Ligue arabe au Maroc en 1965.
Tout ce qui a été dit par les dirigeants arabes a été fourni à Israël qui s’est servi de ces renseignements pour obtenir une victoire éclatante pendant la guerre des Six jours en 1967.
Évoquant le soutien du Maroc à l’Algérie pendant la guerre de Libération nationale, Ould Kablia a souligné que le leader du parti marocain El Istiklal, Allal El Fassi, avait conditionné ce soutien par la “restitution” par l’Algérie indépendante des régions de Béchar, Adrar et Tindouf, prétendant qu’elles étaient marocaines.
Comment Hassan Il a trahi tout le monde arabe
En France, un livre-enquête vient de paraître pour les 60 ans de l’enlèvement et de l’assassinat à Paris de l’opposant marocain Mehdi Ben Barka. “L’affaire Ben Barka, la fin des secrets”, des journalistes Stephen Smith et Ronen Bergman, est sorti le 29 octobre chez les éditions Grasset en France.
Sur la base de documents longtemps tenus secrets et qui ont été déclassifiés récemment, les deux journalistes apportent des éléments sur l’implication d’Israël et de la France dans cet assassinat.
Cité par France Info, Ronen Bergman explique que cette affaire n’appartient pas seulement au passé, puisque, aujourd’hui encore, deux juges d’instruction travaillent en parallèle sur des dossiers liés aux relations secrètes entre la France, le Maroc et Israël. L’ouvrage montre aussi comment l’affaire Ben Barka éclaire l’affaire Pegasus et permet de comprendre “les alliances, les surveillances et les dépendances d’aujourd’hui”.
S’agissant de l’assassinat de Ben Barka, les deux journalistes sont formels après leur enquête : il a été ordonné par le Palais royal.
“Le chef du service de renseignement marocain est arrivé en personne à Paris et a noyé Mehdi Ben Barka dans une baignoire”. Pour prouver l’exécution de la mission, il a photographié le corps.
Israël n’avait aucune hostilité envers Ben Barka mais cette aide à assassiner l’opposant avait permis au Mossad de “sonoriser les chambres des dirigeants arabes” lors du sommet de 1965. Selon de nombreux historiens, cette trahison marocaine a été déterminante dans la défaite des armées arabes en 1967.
Les auteurs du livre “L’affaire Ben Barka, la fin des secrets”, racontent une autre trahison du roi, moins connue. Lors de la guerre du Kippour en 1973, Hassan II a envoyé des soldats mais a demandé aux Israéliens de ne pas leur tirer dessus. Les Israéliens ont accepté, ce qui prouve l’existence déjà d’une “relation stratégique entre les deux pays”.