
Dans un récent rapport, le département américain de l’agriculture (USDA) passe à la loupe la filière algérienne du lait. Il note les progrès et le défi de la réduction des importations de poudre de lait. L’USDA se désole de l’absence de vaches américaines en Algérie et mise sur la fourniture de génétique de haut niveau.
Le rapport note qu’avec 1,8 million de bovins, le secteur laitier algérien « reste une priorité pour le gouvernement ». Un cheptel où les races prédominantes sont toutes importées d’Europe, « car le marché n’est pas ouvert aux bovins américains ».
A lire aussi : Air Algérie casse les prix avec une nouvelle promotion
L’USDA note cependant que « des opportunités existent […] dans le domaine de la génétique des animaux laitiers, d’autant plus que les autorités vétérinaires américaines et algériennes ont récemment conclu un accord sur le certificat sanitaire permettant l’exportation d’embryons et de semences bovines américains vers l’Algérie. »
Après la rencontre de spécialistes des deux pays en 2023, puis en juin 2024, le Centre national d’insémination artificielle et d’amélioration génétique a « reçu la première livraison de semences bovine américaine (conventionnel et sexé) », puis à M’sila est né le premier veau à haut potentiel.
A lire aussi : Algérie : la galère des importateurs de véhicules
En septembre 2024, des acheteurs algériens se sont rendus au World Dairy Expo et « l’USDA négocie actuellement des certificats sanitaires bilatéraux pour l’exportation de bovins de boucherie et de reproducteurs américains » vers l’Algérie.
Enfin, le rapport mentionne des « opportunités dans les secteurs du fourrage et de l’alimentation animale », ainsi que dans « les domaines des technologies agricoles de pointe et des semences nécessaires à la création et à l’exploitation de fermes de production intégrées. »
A lire aussi : La France s’intéresse à la pomme de terre algérienne
L’allusion concerne le projet algéro-qatari Baladna pour lequel l’entreprise américaine Valmont devrait fournir des pivots d’irrigation.
50 % des besoins en lait couverts
L’USDA note qu’en 2022, la production algérienne de lait était estimée à « 2,5 milliards L/an, soit 2,5 millions de tonnes, tandis que les besoins du marché intérieur en lait frais étaient estimés à 4,5 millions L/an. »
Quant à la production, elle a diminué de 2019 à 2021, mais elle bénéficie d’un soutien public de « plus de 18 milliards DA, soit 129 millions $ d’aide annuelle ».
Il est rappelé la facilitation des « procédures pour les investisseurs (locaux et étrangers) dans leurs projets utilisant les nouvelles technologies et des outils innovants. »
À propos de la ferme géante algéro-qatarie Baladna, l’USDA ne manque pas de rappeler qu’il est prévu « l’importation d’environ 50.000 génisses laitières en 2025 et 2026 ».
Du lait en poudre pour confectionner du camembert
L’USDA rappelle que « la majeure partie du lait est collectée par des transformateurs qui l’intègrent dans les chaînes de transformation avec le lait en poudre ou l’utilisent pour la production de camembert et d’autres produits laitiers. »
Il est fait mention de la mesure de mai 2024 : « un nouveau système de production de lait cru pasteurisé partiellement écrémé par le groupe public de production de lait et de dérivés, Giplait. »
Selon le montage financier réalisé : « le transformateur achète le lait frais à l’agriculteur au prix de 65 DA. Il vend ensuite le lait frais transformé au magasin au prix de 22 DA et obtient la différence (43 DA) du gouvernement sous forme de subvention, tandis que les magasins vendent le lait frais au prix de 25 DA ».
L’USDA s’arrête longuement sur les importations algériennes de poudre de lait : « En raison des prix fixes bas du lait liquide pasteurisé, le secteur privé a généralement joué un rôle majeur dans la production de produits laitiers transformés : yaourts, fromages, beurre, l’ben (lait caillé) et desserts lactés. »
Une situation qui a entraîné « la diversification de la production laitière » et une « augmentation de la consommation de produits laitiers en Algérie […]. Cela a fait de l’Algérie l’un des plus grands importateurs de lait en poudre au monde. »
Il est remarqué que : « Les transformateurs locaux produisent du lait frais pasteurisé avec une durée de conservation de 24 heures dans des sacs en plastique d’un litre, en plus du lait frais UHT en brique Tetra Pak. »
Avec 800 millions $ par an, les produits laitiers restent en deuxième position dans la liste des importations alimentaires de l’Algérie, derrière les céréales.
L’USDA qui estime un rythme annuel des importations « avoisinant les 388.000 tonnes », salue la pertinence des acheteurs algériens de l’ONIL qui « ont tendance à augmenter leurs achats lorsque les prix sont bas » et signale que ce produit ne fait pas l’objet de droits de douanes supplémentaires.
Le département US de l’agriculture s’intéresse en particulier aux importations de lait entier en poudre (WMP) et à celles de lait en poudre écrémé et note qu’en général, « les importations algériennes de WMP représentent environ 60 % des importations totales de lait en poudre. Le WMP est principalement importé par des importateurs et des transformateurs du secteur privé. »
Il est utilisé pour « produire du lait reconstitué en briques Tetra Pak vendu au prix du marché, ainsi que divers produits laitiers tels que des yaourts et des fromages à tartiner » avec au début des années 2020 des importations d’environ 250.000 t/an.
En 2021, le prix s’est établi à 2.797 € /t contre 4.566 € en mars 2023, année où la Nouvelle-Zélande contrôlait 68 % des importations algériennes. Quant à la part des États-Unis, elle a « diminué de 46 % par rapport à 2021. »
L’USDA estime que « si le volume global de WMP est resté relativement stable, le changement d’origine de l’approvisionnement est probablement dû aux prix et aux taux de change », mais averti que « les relations entre fournisseurs et importateurs sont très importantes sur le marché algérien ».
En matière de lait en poudre écrémé (NFDM), l’USDA note au début de 2024 des importations de 127.439 tonnes en hausse de plus de 20 % sur la moyenne des cinq dernières années, avec une provenance à plus de 85 % de l’UE.
D’où vient le lait en poudre consommé en Algérie ?
Les États-Unis ont vu leurs exportations vers l’Algérie diminuer considérablement en 2023 par rapport à 2021, mais « se sont hissées à la cinquième place des fournisseurs en 2023. » La Nouvelle-Zélande est devenue « le deuxième fournisseur de l’Algérie en 2022. »
Les importations de beurre et de fromage sont « en baisse depuis cinq ans ». La raison évoquée concerne « les mesures mises en œuvre pour contrôler les importations de produits alimentaires et de la tendance à la hausse des prix internationaux. »
Depuis 2019, le beurre et le fromage sont soumis à des droits additionnels provisoires de sauvegarde (DAPS) de 70 %.
L’USDA constate que « la consommation de fromage par la population algérienne a augmenté au fil du temps avec l’expansion de l’industrie de transformation des produits laitiers », mais que l’Algérie a continué à restreindre les importations afin « de maintenir le contrôle des réserves de change et de stimuler la production nationale. »
Cependant, les exportations des USA ont continué à progresser en doublant par rapport à 2023, année où le pays a fourni du fromage à l’Algérie pour la première fois en cinq ans. Un rapport instructif et qui met en relief les « opportunités » pour les exportateurs américains vers l’Algérie.