
L’Algérie et l’informel, c’est une longue histoire. Ce secteur accapare une partie de l’économie nationale et brasse chaque année l’équivalent de dizaines de milliards de dollars qui échappent complètement au fisc.
Toutes les mesures prises jusque-là se sont avérées inefficaces pour réduire son ampleur. Au contraire, l’informel ne cesse de gagner du terrain.
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À Alger, des magasins, des hypermarchés et même de grandes entreprises privées refusent souvent de délivrer des factures à leurs clients.
Il est vrai qu’il est difficile de balayer du jour au lendemain des habitudes ancrées depuis plusieurs décennies, mais des solutions s’offrent à l’Algérie pour atténuer dans un premier temps ce phénomène et l’éradiquer à terme. Trois mesures pourraient constituer des armes fatales contre ce carburant de la corruption en Algérie.
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En septembre 2021, le président de la République Abdelmadjid Tebboune avait estimé à l’équivalent de 90 milliards de dollars les sommes qui circulent en dehors du circuit bancaire en Algérie et qui échappent au contrôle de l’État et du fisc.
C’est évidemment énorme pour un pays dont le PIB tournait autour de 160 milliards de dollars, avant d’augmenter d’une centaine de milliards environ ces deux dernières années, à la suite de la révision de sa méthode de calcul.
1-La Facturation
L’impact de l’informel n’est pas que sur les ressources de l’État. Ce secteur impose aussi une concurrence déloyale aux activités légales et constitue une source de dangers multiples, sanitaires et sécuritaires, en augmentant le risque de blanchiment d’argent et de financement du terrorisme et autres fléaux. C’est aussi un carburant de la corruption.
L’Algérie n’arrive pas à juguler le phénomène. Ce n’est pas faute d’avoir essayé, certes, mais le pays a encore une large marge de manœuvre en appliquant d’autres mesures possibles. La première n’a pas besoin d’un texte réglementaire puisque la loi l’impose déjà.
Il s’agit de la facturation de tous les biens et services, en théorie obligatoire, mais qui n’est pas appliquée avec fermeté.
Une telle mesure est de nature à diminuer l’ampleur de l’évasion fiscale imputable à des opérateurs “légaux” mais qui, par divers artifices, cachent une partie de leur chiffre d’affaires aux services des impôts.
2-Interdiction du cash
L’autre levier aux mains du gouvernement, c’est la généralisation de l’interdiction de l’usage du cash dans les transactions commerciales.
La mesure est appliquée, en vertu de la loi de finances pour 2025, pour plusieurs types d’opérations, dont les ventes de biens immobiliers par les promoteurs, celles des véhicules et de bateaux de plaisance effectuées par des concessionnaires et le règlement des polices d’assurance.
Il est vrai qu’il serait compliqué d’imposer subitement le chèque et le paiement électronique dans certaines activités, comme le marché de l’automobile d’occasion où des sommes colossales s’échangent à l’abri du fisc, des secteurs de la distribution, de l’agriculture. Le gouvernement peut toujours aller crescendo en procédant par seuils et secteur par secteur.
Une réforme fiscale et une réduction substantielle des impôts sont aussi de nature à attirer vers la sphère légale une partie des opérateurs informels, en plus d’être une incitation directe et efficace à l’investissement. Le manque à gagner sera largement compensé par l’élargissement de l’assiette fiscale.
L’Algérie figure parmi les pays qui taxe le plus travail. Pour une entreprise qui travaille au réel, plus de 70% de son activité est versée à l’Etat sous forme de taxes fiscales et parafiscales, ce qui énorme.
Une baisse des impôts pourrait inciter les opérateurs économiques à bancariser une partie de leur activité informelle, mais dans le même temps, l’Etat doit être intransigeant : une réduction des impôts et taxes doit être accompagnées de mesures strictes pour obliger les opérateurs à quitter l’informel.
3-Le changement de billets, l’arme fatale
Si l’application stricte de toutes ces mesures ne débouche pas sur les résultats escomptés, l’Algérie pourra opter en dernier recours à une mesure qui peut s’apparenter à une “arme fatale” contre l’informel et l’évasion fiscale. Il s’agit du changement de billets de banque.
Les expériences d’autres pays ont démontré qu’une telle mesure est d’une redoutable efficacité en ne laissant d’autre choix aux détenteurs de sommes colossales que de les remettre eux-mêmes aux banques, ou de les brûler.
Les services de sécurité saisissent régulièrement des sommes astronomiques en monnaie nationale thésaurisées par des barons de l’informel et réseaux du crime organisé. Pour certains économistes, une telle mesure pourrait être la panacée.
Le président de la République Abdelmadjid Tebboune a évoqué la question à plusieurs reprises ces dernières années.
En octobre 2021, il avait déclaré que “changer de monnaie n’est pas une solution idéale”, estimant que le problème de l’informel doit être réglé par le dialogue en incluant tous les secteurs concernés.
Un peu plus d’une année après, en janvier 2023, il a lancé une sorte de dernier avertissement aux détenteurs de fonds en noir. La question a été relancée en juin dernier par un député de l’Assemblée populaire nationale (APN) qui a interpellé le ministre des Finances.