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Enlèvement de Nicolás Maduro par les États-Unis : quelles leçons tirer ?

En attaquant le Venezuela et en enlevant son président Nicolas Maduro, les États-Unis ont plongé le monde dans une nouvelle ère.

Enlèvement de Nicolás Maduro par les États-Unis : quelles leçons tirer ?
Crédits : Thomas Rivera Schatz | Facebook
Karim Kebir
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Par bien des aspects, l’opération semble sortie tout droit de ces films hollywoodiens qui ont popularisé le mythe du Far West américain : le « bon » lançant la traque du « méchant », accusé d’avoir « dérobé le butin » et défié l’ordre établi.

La manière dont la première grande puissance de la planète a engagé l’opération militaire contre le Venezuela et l’exfiltration de son président Nicolás Maduro démontrent, une fois de plus, que les États-Unis d’Amérique se rendent justice eux-mêmes lorsque leurs intérêts stratégiques sont en jeu.

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Comme lors des agressions contre l’Iran ou du soutien inconditionnel à Israël dans sa guerre contre Gaza, Washington fait peu de cas du droit international dès lors que l’usage de la force sert ses priorités géopolitiques.

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Au terme de plusieurs semaines de menaces ouvertes, l’administration Trump a lancé, dans la nuit de vendredi à samedi, une action qui préfigure d’un changement majeur dans les relations internationales.

Arguments avancés par Washington pour justifier son intervention : « lutte contre le narcotrafic ».

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Selon le Département américain de la Justice, Nicolás Maduro, désormais incarcéré à New York, devrait répondre devant les tribunaux américains d’« accusations liées à la drogue et au terrorisme ». Des arguments rejetés d’un revers de main par Caracas qui dénonce une instrumentalisation politique et judiciaire destinée à légitimer un changement de régime par la force.

Une onde de choc diplomatique et des positions profondément divisées

Par son caractère spectaculaire, cette opération a provoqué une onde de choc immédiate sur la scène internationale. Mais, les réactions ont révélé de profondes fractures au sein de la communauté internationale.

Aux Nations unies, le secrétaire général, Antonio Guterres a rappelé les principes de la Charte, soulignant que le recours à la force sans mandat du Conseil de sécurité constitue une violation du droit international.

Une position partagée par la Chine et la Russie, qui ont dénoncé une atteinte flagrante à la souveraineté vénézuélienne et mis en garde contre une dangereuse banalisation des interventions unilatérales.

Pékin a insisté sur le respect du principe de non-ingérence, tandis que Moscou a accusé Washington d’ouvrir la voie à une « loi du plus fort ».

L’Iran a condamné, de son côté, une « agression impérialiste » et dénoncé un précédent qui menace l’ensemble des États refusant de se soumettre à l’ordre international dicté par Washington.

Dans le même registre, plusieurs pays du Sud global ont exprimé leur inquiétude face à un usage sélectif du droit international. À l’inverse, les réactions occidentales ont illustré une gêne manifeste.

En France, le Quai d’Orsay a rappelé, par la voix du ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, qu’« aucune solution politique durable ne saurait être imposée de l’extérieur » et que l’opération contrevenait « au principe de non-recours à la force ».

Mais, Paris a simultanément mis en cause la légitimité de Nicolás Maduro, soulignant ses atteintes aux libertés fondamentales, dans un exercice d’équilibrisme diplomatique révélateur des divisions occidentales.

Si le Royaume Uni, par la voix de son premier ministre, a rappelé que tous les pays devaient « respecter le droit international », le chancelier allemand Friedrich Merz a lui, en revanche, jugé que Nicolás Maduro avait « conduit son pays à la ruine », et « joué un rôle problématique dans la région », notamment en « impliquant le Venezuela dans le trafic de drogue ».

De son côté, la Première ministre italienne Giorgia Meloni a, dans un communiqué, estimé « légitime » l’opération américaine, la qualifiant « d’intervention défensive », tout en soulignant qu’une « action militaire extérieure n’est pas la manière de mettre fin aux régimes totalitaires ».

Pour sa part, l’Espagne a renvoyé dos-à-dos, les deux protagonistes : Autant, elle a dénoncé les Etats Unis pour le viol du droit international, autant elle a rappelé qu’elle ne reconnaissait pas la légitimité de Maduro.

En Amérique latine, région historiquement marquée par les interventions américaines, les réactions ont été beaucoup plus fermes.

Le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva a dénoncé « une atteinte extrêmement grave à la souveraineté du Venezuela » et mis en garde contre « un précédent extrêmement dangereux pour l’ensemble de la communauté internationale ».

Le Mexique, quant à lui, a explicitement invoqué l’article 2 de la Charte des Nations unies interdisant le recours à la force, tandis que Cuba a dénoncé une agression impérialiste et appelé à une réponse multilatérale ferme.

Le droit international relégué au second plan

Ces divisions tiennent largement à la fragilité de l’argumentaire avancé par Washington. Mais également au souci, pour certains pays, de ne pas s’aliéner les Etats-Unis, dans un monde en plein chamboulement géostratégique.

La lutte contre le narcotrafic, brandie comme justification centrale, apparaît peu crédible aux yeux de nombreux États. Pour beaucoup, le Venezuela est ciblé, non pas pour les dérives autoritaires du régime, mais pour ses richesses en hydrocarbures-premières réserves mondiales-et son refus de rompre avec des partenaires considérés comme adversaires de Washington, à savoir la Chine et la Russie.

Mais, au-delà des prises de position diplomatiques, l’opération américaine pose une question lancinante : celle de l’effacement désormais effectif, après le génocide à Gaza, les frappes contre le Liban et l’Iran, du droit international comme régulateur des relations entre États.

Pour Dominique de Villepin, ancien Premier ministre français, « l’opération militaire américaine en cours contre le Venezuela est un basculement géopolitique majeur ». Il estime que les États-Unis « se mettent volontairement et indiscutablement hors du droit international », ouvrant la voie à la légitimation des changements de régime par la force.

«C’est un acte lourd de conséquences pour l’ordre international issu de la Seconde Guerre mondiale. C’est la légitimation des changements de régime par la force. Aussi détestables soient les gouvernements renversés, les précédents montrent que les changements de régime ne mènent ni à la démocratie, ni à la paix, mais au chaos, à la guerre civile et à la dictature. Qu’on se réfère à la situation de l’Irak ou de la Libye », dit-il.

«Dès lors que les Etats-Unis s’affranchissent de la légalité, que dirons-nous à la Chine si elle renverse un régime qui lui déplait, en Corée, au Vietnam ou à plus forte raison à Taiwan ? Quels arguments aurons-nous à opposer à la Russie si elle renverse un gouvernement qui lui déplait en Moldavie, voire dans les Pays Baltes ? », s’interroge-t-il.

Selon lui, la France et l’Europe doivent clairement réaffirmer avec les pays du Sud Global leur attachement aux principes du droit international, et d’abord la souveraineté des Etats et la sécurité collective, et défendre l’ordre juridique des Etats-nations contre la collision brutale des empires.

Rahabi : « une application flagrante du deux poids, deux mesures »

Comme Dominique De Villepin, l’ancien ministre et diplomate algérien Abdelaziz Rahabi inscrit cette intervention dans une continuité historique de la politique américaine en Amérique latine.
« Conformément à sa politique traditionnelle d’intervention, amorcée dès 1954 au Guatemala, les États-Unis ont eu recours aux menaces et à l’usage de la force pour régler leurs différends avec le Venezuela. Cette grave violation de la souveraineté constitue une atteinte flagrante au droit international », souligne-t-il, dénonçant une nouvelle illustration du « deux poids, deux mesures » appliqué par l’Occident, comme ce fut récemment le cas à Gaza.

En assumant ouvertement une logique de puissance et de sphères d’influence, Washington accélère sans doute la fragmentation de l’ordre mondial issu de la Seconde Guerre mondiale. Dès lors la question est de savoir si nous n’assistons pas à une recomposition durable où les équilibres se joueront sur le terrain de rapports de force, par la force…des armes !

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