
En visite à Alger depuis lundi, Ségolène Royal s’est exprimée dans un entretien diffusé mercredi soir par Canal Algérie, en adressant une mise en garde à Paris.
La présidente de l’association France-Algérie (AFA) a détaillé sa vision pour mettre fin à la crise franco-algérienne, a souligné l’importance du rapprochement entre les deux pays et a fustigé les agissements et les calculs politiciens d’une partie de la classe politique française.
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À qui la faute ?
Mme Royal a été reçue mardi 27 janvier par le président de la République Abdelmadjid Tebboune. « Ça prouve d’abord que ce n’est pas lui qui a rompu le dialogue et que lorsque l’on vient avec respect et considération, ce dialogue peut se poursuivre », dit-elle d’emblée.
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Pour la nouvelle présidente de l’association France – Algérie, la responsabilité de la situation actuelle incombe à la France, en voulant pour preuve le fait que l’Algérie s’entend et monte des projets économiques avec l’Italie, l’Autriche, l’Allemagne, l’Espagne et pas avec la France. « Cela prouve bien que c’est de la responsabilité de la France », a-t-elle tranché.
Ce que l’ancienne puissance coloniale n’accepte pas, c’est que « l’Algérie assume sa souveraineté nationale, choisisse ses alliés internationaux, décide le non-alignement, choisisse les valeurs qu’elle veut défendre », a-t-elle assuré.
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Ségolène Royal a répété sa conviction que le retour à la normale entre l’Algérie et la France passe par le règlement du litige mémoriel. Une question que certains en France veulent « mettre sous le tapis » parce qu’ils ont besoin « de se trouver des adversaires pour pouvoir cristalliser des votes ».
« Il faut reconnaître les faits de l’histoire, partager ce socle commun autour du ‘plus jamais cela’ et qu’il faut s’excuser et réparer. La première des réparations, c’est la restitution des biens culturels et des archives », insiste-t-elle, affirmant que cela est « tellement simple qu’on se demande comment ça n’est pas encore fait ».
Encore une fois, d’autres pays, comme l’Italie, l’Allemagne, la Belgique, l’ont fait et pas la France.
« Il n’y a pas une hiérarchie des douleurs. La première douleur, c’est celle du peuple algérien qui s’est fait prendre son pays et qui s’est battu pour le libérer », a-t-elle assuré.
Sur l’économie, « ça risque d’être trop tard » pour la France
La présidente de l’AFA s’est beaucoup attardée sur le volet économique, elle qui est venue en Algérie à l’invitation de la Chambre algérienne de commerce et d’industrie (CACI). Les entreprises des deux pays se rendent compte que « la détérioration du climat politique entraîne la détérioration de la relation économique », souligne-t-elle.
Il faut d’abord « dire ce que l’Algérie est devenue », c’est-à-dire « un pays qui a énormément évolué », avec plus de 10 % de taux de croissance en trois ans.
Les deux pays ont beaucoup de choses à faire ensemble sur ce volet et c’est dans l’intérêt de la France, contrairement à ce que certains tentent de faire croire. À son retour à Paris, Mme Royal assure qu’elle fera comprendre qu’« un jour, ce sera trop tard » pour la France en Algérie.
« La diversification des investissements aura lieu, sans la France, et même avec un certain regret des entrepreneurs algériens qui ont envie de ce partenariat », dit-elle.
L’Algérie est « une porte ouverte sur l’Afrique » et, en ce moment, « on s’occupe beaucoup du Groenland, pourquoi pas, et on ne s’occupe pas de l’Algérie et du continent africain ». « Je pense qu’il faut revenir à de la sagesse », suggère-t-elle.
Bruno Retailleau a orienté le documentaire de France 2 pour discréditer les élus binationaux
Ségolène Royal est aussi revenue sur le documentaire controversé de France 2 sur l’Algérie. Elle a révélé avoir refusé de participer à ce reportage. « Quand j’ai vu le film, j’ai dit pas question que je vienne, et pas question que je vienne cautionner et (…) un sujet que je désapprouve totalement, qui est totalement injurieux pour l’Algérie », indique-t-elle.
« Imaginez qu’une télévision publique algérienne fasse un reportage comme ça sur Emmanuel Macron, imaginez ce que dirait la France. Comment est-ce que vous pouvez concevoir une chose pareille, où il n’y a pas un seul sujet positif ? », a-t-elle fait remarquer.
Pour Ségolène Royal, il aurait été plus judicieux de faire un reportage dans les hôpitaux français où des médecins algériens tiennent les services d’urgence, sur la coopération économique franco-algérienne ou sur les jeunes cadres algériens dans les entreprises françaises. « En bien non, ils n’ont fait que des reportages à charge et souvent mensongers en plus », regrette-t-elle.
Ségolène Royal n’y va pas par trente-six chemins pour désigner celui qu’elle croit être impliqué dans tout cela, soulignant que le reportage a été commencé lorsque Bruno Retailleau était ministre de l’Intérieur.
« Donc, ça ne m’étonne pas. Je pense qu’il a été orienté », dit-elle, ajoutant que l’objectif est de « disqualifier les binationaux ». « Le mécanisme qui consiste à disqualifier les élus binationaux, à injecter ce petit poison du soupçon d’ingérence, c’est signé. D’autre part, comme par hasard, c’est à deux mois des élections municipales, voilà la réalité », a fustigé la présidente de l’AFA.