
À Aïn Defla, l’une des plus importantes régions agricoles en Algérie, les agriculteurs et notamment les producteurs de pommes de terre se félicitent du retour des pluies.
Les barrages sont à nouveau pleins et les nappes souterraines réapprovisionnées en eau. Les plus lucides ont la hantise du retour de la sécheresse, aussi préconisent-ils des aménagements spécifiques.
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Ces derniers jours, Hadj Djalali confiait au média Patrie News sa satisfaction de voir le retour des pluies et notamment celles « de ces 4 derniers jours ».
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Une pluie bénéfique pour ce producteur de pommes de terre. Ce professionnel à la tête de la Chambre d’agriculture d’Aïn Defla depuis une quinzaine d’années est un habitué des réunions avec l’administration et des plateaux de télévision et se distingue par un franc-parler et une capacité à proposer des améliorations dans son secteur d’activité.
« Les forages nous ont sauvés »
Il retrace les difficultés des agriculteurs locaux : « Durant 5 années, nous avons connu des épisodes de sécheresse qui ont impacté les cultures de pomme de terre, de blé, d’arbres fruitiers, de tomate industrielle et de légumes. Des productions qui n’ont dû leur survie que grâce aux autorisations de forages accordées par les autorités de wilaya. »
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Hadj Djalali insiste sur le fait que la wilaya d’Aïn Defla s’est spécialisée dans la production de pommes de terre, puis de semences de ces tubercules, une production stratégique pour la filière. Le développement de ce type de cultures date des années 1970.
« Ce sont des fellahs d’El-Abadia, une localité de la commune de Mekhatria, qui, les premiers, ont tenté de planter de la pomme de terre. Au début, ils n’ont fait que copier les agriculteurs de Mascara, région longtemps considérée comme le berceau de la pomme de terre en Algérie », confiait-il en 2011.
Aujourd’hui, il se déclare satisfait que les barrages soient à nouveau remplis d’eau : « L’irrigation des pommes de terre, du blé et des légumes à partir de l’eau des barrages va pouvoir reprendre ».
« Les nappes ont souffert »
Il poursuit : « Ces pluies ont permis le remplissage des nappes souterraines qui ont souffert des prélèvements d’eau. La profondeur des forages a atteint 150 mètres pour trouver de l’eau et des agriculteurs ont même demandé des autorisations pour forer plus profond. »
Ce professionnel rappelle l’importance du fleuve Chlef qui parcourt 720 km sur 5 wilayas avant d’atteindre la mer.
Il se désole que toute l’eau se déverse en mer et pronostique qu’après 15 jours, un arrêt des pluies entraînerait une baisse de débit de l’oued. Aussi propose-t-il de réaliser des aménagements spécifiques sous forme d’obstacles en travers de l’oued. Selon ce professionnel, des digues permettraient de pomper de l’eau et de la stocker : « prélever de l’eau dans l’oued durant un ou deux mois permettrait de préserver l’eau des barrages ».
Une mesure demandée ces dernières années par des universitaires, dont Malek Abdesselam, à propos de l’oued Sebaou (Tizi-Ouzou) et finalisée en 2023 par l’entreprise Cosider. Aujourd’hui, de puissantes pompes peuvent prélever jusqu’à 270.000 mètres cubes/jour d’eau dans l’oued et l’envoyer à travers 4 canalisations de gros diamètre vers le barrage de Taksebt.
Le principe retenu est de prélever cette eau douce se déversant en mer, une opération à moindre coût comparée au dessalement de cette eau une fois arrivée en mer.
Sur les réseaux sociaux, avec photos à l’appui, cet expert souligne qu’entre « décembre 2024 au 23 janvier 2026, avec les pluies, la fonte de la neige et le pompage à partir du Sebaou, le niveau [dans le barrage] s’est élevé de 6 mètres ». Sans ce type d’apport du Sebaou, l’expert faisait remarquer que le barrage de Taksebt aurait été vide l’été dernier et que la ville de Tizi-Ouzou aurait pu souffrir du manque d’eau.
L’agriculteur Hadj Djalali indique avoir proposé de tels aménagements aux autorités de wilaya d’Aïn Defla et notamment aux services de l’hydraulique et « au ministre de l’Agriculture lors d’une assemblée générale ».
En professionnel averti, il ne manque pas de souligner qu’avec le retour des pluies les barrages de la région sont enfin remplis et que les besoins en adduction d’eau potable vont être assurés de même que les besoins des agriculteurs en eau d’irrigation.
En 2010, Boualem Remini*, de l’université de Blida, faisait remarquer dans une étude sur « La problématique de l’eau en Algérie du Nord » que « la réalimentation artificielle des nappes peut être une solution alternative aux milliards de m³ qui se déversent encore dans la mer et qui ne peuvent pas être mobilisés à travers la réalisation des barrages. »
Un autre avantage du stockage d’eau dans les nappes souterraines réside dans la réduction des pertes par évaporation, estimées en 2005 par cet universitaire à 250 millions de m³ pour 39 grands barrages étudiés en Algérie. Ce qui l’amenait à cette conclusion : « Les volumes d’eau perdus par évaporation dans les lacs de barrages sont beaucoup plus supérieurs à ceux perdus par l’envasement. »
Des études qui vont dans le sens de la demande des agriculteurs d’Aïn Defla d’anticiper les sécheresses à venir.